REVISTA N° 7 | AÑO 2010 / 1

Tipos psicológicos en terapia de pareja


Tipos psicológicos en terapia de pareja

El texto discute la importancia de la comprensión de la  personalidad característica de la interacción subjetiva de la psicoterapia de la pareja. Siguiendo un ápice psicoanalítica, el criterio principal del artículo se centra en los tipos de personalidad N, P y EL, relativos a los tipos libidinais  -obsesivo, narcisismo y erótico, descritos por Freud y modificados por Bergeret y Hegenberg. Un ejemplo aclara la gestión  de la pareja y sus periodos de sesiones.

Palabras clave: Psicoterapia psicoanalitica, ansiedad de castración, psicoterapia de la pareja, tipos de personalidad, intersujetividad


Types psychologiques en thérapie du couple.

Selon les écrits de Freud, Bergeret et la typologie du couple d’Eiguer, je propose faire attention aux types psychologiques érotiques (ou anaclitique, ou EL), narcissique (ou psychotique, ou P) et obsessionnel (ou névrosé, ou N) de chaque membre du couple et leur influence sur le fonctionnement de l’intersubjectivité. Les types mixtes, érotiqueobsessionnel, érotique-narcissique, narcissique-obsessionel décrits par Freud, désormais mieux connu aujourd’hui sous les noms anaclitiquenévrotique, anaclitique-narcissique et narcissique-névrotique, ou avec des lettres EL/N, EL/P et P/N, compris dans la relation transférentielle avec l’analyste et dans la relation du couple, aide à comprendre le fonctionnement psychologique de l’autre, offre un plus grand accès à l’altérité et facilite l’interaction du couple. Tout au long des séances dans une thérapie en couple, avec d’autres interventions, élucider les difficultés communes et répétitives du couple basées sur des types psychologiques (théoriquement liés aux angoisses de castration, de morcellement et de perte d’objet) avec des exemples pris du quotidien offre une plus grande clarté concernant le comportement du conjoint, facilite l’acceptation de l’autre tel qu’il est, diminue les critiques et les demande mutuelles, réduisant les angoisses et les querelles du couple. Un exemple clarifie le traitement du couple dans les séances.

Mots clé: Thérapie psychanalytique, angoisse de castration, thérapie du couple, types de personnalité, intersubjectivité.


Psychological types in couples therapy  mauro hegenberg

This article makes reference to couples psychoanalytical psychotherapy based on the personalities’ types. In the transferential relationship process that comes up during the sessions, focus arises and can be demonstrated through anxieties – castration, fragmentation and anaclisis – and is elucidated through the relation between personality types – obssessive, narcisic and erotic – first described by Freud and later on modified by Bergeret and Hegenberg. An example clarifies the session´s handling.

Keywords: Psychoanalytic psychoterapy, castration anxiety, couple psychotherapy, personality type, interpersonal relationship.


ARTÍCULO

Types psychologiques en thérapie du couple. Mauro Hegenberg*

La relation d’un couple se produit dans l’espace potentiel créé par la dyade et se développe dans l’intersection de leurs réalités intérieures avec le jeu de projections et introjections qui se produit dans l’interaction de leurs subjectivités.  L’interaction entre les deux est influencée par la biographie et l’héritage transgénérationnel de chacun et par les différentes circonstances de l’histoire du couple, y compris le statut socio-économique.

Cet article souligne l’importance de la compréhension de l’interaction d’un couple en tenant compte des types psychologiques de chacun. La compréhension du fonctionnement des types psychologiques facilite l’élaboration du modèle d’échanges affectifs et cognitifs par le couple.

Types libidinaux

Dans son article Types libidinaux, Freud propose trois types psychologiques, classés selon la situation libidinale, basés sur l’observation et “confirmés par l’expérience” (Freud, 1931, p. 251). Les trois types sont appelés érotique, narcissique et obsessionnel.

Le type érotique est tourné vers l’amour. “Aimer, mais surtout être aimé”. Ce sont des personnes “dominées par la peur de la perte de l’amour et se trouvant donc particulièrement dépendantes de ceux qui peuvent le leur retirer”. Certaines “variations se produisent si ce type se trouve mélangé à un autre, et  proportionnellement à  la quantité d’agressivité qu’il présente” (Freud, 1931, p. 252).

Le type obsessionnel

Le type obsessionnel se distingue par la prédominance du surmoi. Ce sont des personnes dominées par la peur de leur conscience plutôt que par la peur de perdre l’amour. Ce type présente, pour ainsi dire, une dépendance interne plutôt qu’externe et a un degré élevé de confiance en soi (Freud, 1931, p. 252). Freud, dans “Le malaise dans la civilisation”, se reportant au même thème, considère le type obsessionnel comme une personne d’action, qui “jamais n’abandonnera le monde extérieur, où sa force peut être testée” (Freud, 1929, p. 103).

Le type narcissique

Le troisième type, appelé narcissique, est indépendant et n’est pas ouvert à l’intimidation.  Il n’y a pas de tension entre le moi et le surmoi et le principal intérêt de l’individu se dirige vers l’autopréservation. Son moi a une grande quantité  d’agressivité à sa disposition qui se traduit par une disponibilité pour l’activité. Aimer est préférable à être aimé. “Ils peuvent assumer le rôle de leaders sans se soucier de nuire à l’état de choses établi” (Freud, 1931, p. 252/3). Il tend à être auto-suffisant, et à chercher ses satisfactions principales dans ses processus mentaux internes (Freud, 1929, p. 103).

Types: P, N et EL

Basé sur les types présentés par Freud et sur le tableau proposé par Bergeret (1974, p. 141, figure 7), Hegenberg (2004) suggère le tableau suivant:

types     de personnali té instance dominante nature du conflit nature  de l’angoisse défenses principales relation  d’ objet
type N Surmoi Surmoi avec Ça de castration refoulement génitale
type P Ça Ça avec

réalité

de morcelleme Déni de la réalité fusionnelle
nt
type EL Idéal du Moi Idéal du Moi avec Ça

et réalité

de         perte d’objet clivage objets des anaclitique

Les types libidinaux obsessionnel, narcissique, et érotique de Freud, correspondent respectivement, sous réserves, aux types N, P et EL (Hegenberg, 2004). On peut également noter la contribution de Bergeret (1974) et de Gabbard (1994) dans la délimitation des types décrits ci-après.  Quand je mentionne les types, je me réfère à des personnes normales, qui ont un fonctionnement psychique semblable aux cas graves concernant chaque type, selon la proposition de Freud et de Bergeret.

Le type N a dans le surmoi son instance dominante, son angoisse principale est de castration, le conflit y est entre le surmoi et le ça, sa défense est le refoulement et sa relation d’objet est génitale ou oedipienne; il correspond au névrotique de Bergeret et à l’obsessionnel de Freud. Ce sont des personnes qui se distinguent par l’ambition et la compétitivité, avec un bon contrôle des impulsions, un surmoi sévère avec des défenses obsessionnelles, des relations d’objet triangulaires, un exhibitionnisme sexuel ou aussi plus liées à l’ordre et à la parcimonie, obstinées, malheureuses, individualistes, austères, rationnelles et logiques, têtues, soumises à un surmoi punitif. Ce sont des personnes qui poussent le thérapeute à vouloir rivaliser dans la relation transférentielle, ou à se sentir défié, incompétent, castré.

Les aspects névrotiques mènent à l’action, à la conquête, à la recherche du pouvoir, à la dispute. La personne peut être bavarde, parfois agressive, incisive, accusatrice et même sembler autoritaire. Sa façon d’agir dans le monde suggère un entrepreneur, agressif dans les affaires, apparemment intéressé au pouvoir, à l’argent. Lorsqu’il s’agit de la castration, le névrotique désire triompher phalliquement. La dispute devient impérative et rivaliser est donc plus intéressant qu’écouter ou partager, bien que la culpabilité pour la  conquête puisse déranger.

Dans le type P, le ça est l’instance dominante et l’angoisse principale est de morcellement. La relation d’objet y est fusionnelle, le conflit y est entre le ça et la réalité et ses défenses principales sont le déni de la réalité et le dédoublement du moi. Il correspond au narcissique de Freud et à la personnalité  psychotique de Bergeret.

Ce sont des personnes imprégnées par la question de l’organisation/désorganisation, profondes, plus proche du ça, centrées sur elles-mêmes, établissant des relations délicates avec un environnement qui peut les déstabiliser. Certaines sont confuses, parfois méfiantes, d’autres sont rigides de manière obsessionnelle pour éviter la désorganisation. En général elles ont un monde intérieur riche, elles sont créatives avec des idées propres, dû à ce que le ça est l’instance dominante. Pour se défendre d’une opinion potentiellement envahissante et perturbatrice elles peuvent sembler têtues. Puisque la relation d’objet est fusionnelle, elles se défendent d’une trop grande proximité qui peut être facteur de désorganisation interne. Le thérapeute, face à ces patients, tend à les organiser.

Dans le type EL l’idéal du moi est l’instance dominante et l’angoisse principale est la perte d’objet. La relation d’objet y est d’appui ou anaclitique, sa défense principale est le clivage des objets en bon et méchant et son conflit est entre l’idéal du moi, le ça et la réalité. Il y a l’acquis oedipien et du surmoi , mais ils ne sont pas les organisateurs de la personnalité. Chez ces personnes, la relation avec l’objet d’appui est de dépendance, résultat de l’idéal du moi qui prédomine. Le sujet se défend de la dépression, qui n’est pas mélancolique et qui apparaît lorsque l’objet anaclitique cesse son appui. Le conflit avec l’autre à partir de l’ambiguïté installée par l’équation dépendance/indépendance est une question fréquente. Dans la relation transférentielle le thérapeute tend à réconforter, à appuyer. Si pour Freud la question de la dépendance de l’objet est liée à  l’angoisse de castration, il faut noter que, selon le modèle ici adopté, l’organisation de la personnalité s’articule autour de l’angoisse de base qui est la perte de l’objet. Cela correspond au type érotique de Freud et à la personnalité état-limite de Bergeret.

Élaboration sur les types

Les types EL et P n’ont pas l’oedipe comme principal organisateur (Bergeret, 1974), ce qui ne veut pas dire qu’ils ne soient pas influencés par lui. La question de la castration est universelle et tous les êtres humains l’affrontent à degré plus ou moins élevé. La différence est que pour le type N, l’oedipe est central et la castration est l’angoisse de base de sa personnalité, tandis que pour les types EL et P, l’oedipe a une influence, mais les angoisses de base sont de la perte d’objet et de celle de morcellement, respectivement.

Selon Freud, les types se trouvent dans les limites de la normalité et ne doivent pas correspondre à des cas cliniques, bien qu’ils  “puissent se rapprocher des cas cliniques et contribuer à aider à rapprocher l’abîme qu’on suppose exister entre le normal et le pathologique” (Freud, 1931, p. 251). Bergeret (1974) admet qu’une personne normale passe par les mêmes voies structurelles que le patient psychotique ou névrotique. Il propose, dans son cadre des structures de personnalité, l’existence du névrotique et du psychotique normal ainsi que du névrotique et du psychotique pathologique; de l’un à l’autre, l’on passe de la normalité à la pathologie, avec des variations de degré.

Dans ce sens, quant aux trois types, on observe des différents niveaux de rigidité et de flexibilité en ce qui concerne leurs caractéristiques. Plus accentuées et rigides sont ces caractéristiques, plus les types libidinaux de Freud se rapprochent des troubles de personnalité de l’Axe II des classifications internationales du DSM, et du CID.

Même si le psychanalyste n’utilise pas les classifications internationales, certainement sujet de critique, il est intéressant de mettre en évidence les approches théoriques, afin de clarifier le lecteur habitué au CID et au DSM. De toute façon elles peuvent être éliminées sans problèmes.

Dans ce sens, les cas graves du type EL sont le trouble de personnalité borderline (limite), le trouble de personnalité antisociale et  le trouble de personnalité dépendante selon le DSM-IV. Les cas graves du type P sont les troubles de personnalité paranoïaque, schizoïde et schizotipique selon le DSM-IV. Les cas graves du type N sont désignés trouble de personnalité histrionique et trouble de personnalité obsessionnelle-compulsive au DSM-IV. On peut supposer que, entre le normal et le cas grave, plusieurs personnes présentent de nombreuses et différentes possibilités.

En bref, les troubles de personnalité paranoïaque, schizoïde et schizotipique sont en corrélation avec le type P, narcissique de Freud, ou à la structure psychotique de Bergeret.  Les troubles de personnalité borderline, dépendante et antisociale sont en corrélation avec le type EL, ou érotique de Freud, ou à l’organisation état-limite de Bergeret. Les troubles de personnalité hystérique et histrionique (Gabbard, 1994, p. 363) et obsessionnelle-compulsive sont en corrélation avec le type N, ou obsessive de Freud, ou à la structure névrotique de Bergeret.

Il n’y a pas un type de personnalité plus sain que l’autre; les trois types ont leurs avantages et leurs inconvénients, les trois se bénéficient et souffrent avec leur façon d’être.

Ces types de personnalité sont naturellement recherchés chez tous les patients, peu à peu, tout au long d’une psychothérapie sans durée déterminée. Dans une psychothérapie de couple, l’élucidation et l’élaboration concernant ces types de personnalité facilitent la compréhension du mode d’être de l’autre, réduisant les disputes  si communes au quotidien.

Bien que ces concepts soient destinés à faciliter l’approche clinique avec le patient, il faut éviter toute vision qui simplifie. Toutes les personnes sont créatives en différents degrés, toutes se défendent d’invasions, toutes doivent faire face à la castration, à l’angoisse de perte d’objet et de morcellement, toutes ont les caractéristiques soulignées dans chacun des trois types; il est perceptible, cependant, que certaines de ces caractéristiques prédominent chez l’un ou chez l’autre.

Types mixtes

Freud avertit, avec raison, que les types purs sont théoriques et que les types mixtes sont cliniquement observables, “à partir de l’expérience” (Freud, 1931, p. 253). Les types mixtes auraient des caractéristiques de plus que d’un des types décrits. Le type EL/P, par exemple, aurait des caractéristiques du type EL et du type P, composant un type psychologique à caractéristiques propres, singularisées par la biographie de chaque personne.

Dans la nomenclature ici proposée, la première lettre correspond au type de base, ou à la structure et la deuxième lettre correspond aux aspects de l’autre type, aux traits de caractère, selon Bergeret. Donc, le P/N a une structure du type P et des traits de N, c’est à dire, une personne qui face à l’angoisse de morcellement établit une relation névrotique avec le monde; c’est une personne d’action, comme  Peter de l’exemple  ci-dessous. Si l’on pense à une personne P/EL, elle serait plus dépendante, moins agressive avec le monde extérieur, d’où plus tournée sur elle-même; exigeante et avec manque d’affection, mais de manière moins turbulente. De même qu’une personne EL/P tend à se rapporter au monde d’une manière plus prudente et introvertie qu’un EL/N bien qu’elle ait comme base l’angoisse de perte d’objet.

Matériel clinique

L’épouse a téléphoné et a dit avoir besoin de thérapie de couple parce que son mari et elle traversaient un moment difficile. Elle a mentionné avoir reçu l’indication d’une amie. La consultation a été prévue pour la semaine suivante.

Les deux sont arrivés à l’heure convenue. Lui, 38 ans, grand et mince, habillé avec soin. Elle, 30 ans, belle femme, habillée comme une jeune fille, à la mode informelle mais sans exagération. Ils sont mariés depuis sept ans; ils ont deux filles de deux et quatre ans.

Le contact initial a été amical, sans être exagéré ni distant. Ils sont entrés dans le cabinet, l’ont scruté pendant quelques secondes et se sont vite accommodés dans les deux fauteuils bien en vue destinés au couple, différents du mien, situé derrière le divan. Avant de s’asseoir, elle a encore demandé si c’était ce fauteuil qu’elle devait occuper.

Ensuite, elle a dit qu’une amie, qui avait déjà suivi une thérapie de couple avec moi, avait recommandé mon nom, ce qu’elle avait d’ailleurs déjà mentionné au téléphone. Il y a eu  un petit silence. Peu après, elle s’est adressée au mari, en disant: “c’est toi qui a commencé cette histoire, donc raconte ce qui s’est passé».

Il est allé droit au but, racontant qu’il avait trahi sa femme cinq mois auparavant. Il a ajouté qu’il ne comprenait pas pourquoi il avait fait cela, qu’il s’en était repenti, qu’il était engagé à réaffirmer l’importance de la famille et qu’il ne voulait pas se séparer. Elle de son côté a avoué qu’elle n’avait pas encore assimilé le coup ne sachant pas si elle pourrait continuer mariée après le fait.

Tous deux ont beaucoup parlé, elle blessée et lui sur la défensive. Pendant qu’il parlait, elle me lançait des regards complices, voulant montrer qu’il ne la comprenait pas. Lui, il avait un regard d’appréhension, comme s’il me demandait où toute cette histoire terminerait. Pour les deux, c’était la première expérience en thérapie. Peter a fait des études d’Économie, puis un doctorat et actuellement il a une entreprise de construction. Il vient d’une famille aisée. Ils ne se touchent pas, sont formels. Sa mère est contre leur mariage parce que sa belle-fille est d’origine italienne et sans tradition. Elle ne participe pas à l’éducation de ses petits-enfants, n’aide pas financièrement et crée des problèmes quand elle peut. Il a raconté son infidélité conjugale à sa mère qui de son côté l’a racontée aux amis, aux parents, à des connaissances, amplifiant les difficultés de la situation. La famille d’Eliza est différente. Italiens, comme elle en est bien fière, ils sont gentils, aiment parler de tout, leurs relations sont ouvertes et chaleureuses. Ils manifestent l’affection physiquement, ils sont bruyants et s’aident mutuellement. Eliza a terminé le cours d’Art Plastique, mais n’a jamais travaillé dans son métier.

Occasionnellement elle s’occupe de l’organisation de quelques activités liées au thème. Elle a raconté avoir arrêté le travail pour se consacrer à la famille de façon à permettre à son mari sa tranquillité professionnelle.

Elle est la dernière de trois filles. Elle est née quinze ans après ses autres sœurs. Quand elle est née, ses parents étaient âgés et voyageaient beaucoup, parce qu’ils voulaient ‘profiter de la vie’. Elle raconte qu’elle a aussi été éduquée par ses sœurs.

Pendant les séances, il a été plus direct, objectif, il voulait comprendre ce qui se passait pour sauver le mariage. Elle, plus méticuleuse, voulait comprendre les raisons de la trahison. Parfois, l’un coupait la parole à l’autre; dans ces circonstances il était incisif, il insistait qu’elle le laissât finir de parler, augmentait le ton de sa voix, levait sa main, et elle se recueillait. Ce qui a attiré l’attention c’est qu’Eliza, bien que bavarde et même parfois agressive, incisive, accusatrice, menaçant la séparation, se taisait quand le mari devenait agressif.

Au début ils se sont limités à des plaintes mutuelles: il ne s’occupe pas des enfants, il est toujours très inquiet avec le travail, il parle peu, il est plutôt introverti et “renfermé”; elle est insatisfaite, exigeante, veut toujours plus.

Il reconnaît qu’elle s’occupe bien des enfants et de la maison, apprécie le fait qu’Eliza soit jolie, intelligente, intéressante et loquace. Elle de son côté, reconnaît qu’il lutte pour maintenir la maison, qu’il est bien physiquement, un sujet capable et non violent. Il n’a pas d’amis et rencontre occasionnellement sa famille d’origine. Elle est entourée d’amis et de parents, toujours impliquée dans les drames familiaux. Elle s’est plaint qu’il rentre tard et repart faire du jogging et que le temps consacré à la famille est limité. Il s’est défendu en disant qu’il ne travaille que pour la famille, que tout ce qu’il fait est pour eux et qu’il a besoin du sport pour se détendre et tenir le coup pour le lendemain.

Relations entre les types de personnalité

À la première séance de ce couple, qui a duré deux heures et demie, je me suis consacré à leur montrer le style du rapport du couple, à partir de la compréhension des types de personnalité. Eliza se plaint parce que Peter est renfermé sur lui-même et lui donne peu d’attention. Elle interprète tel comportement comme un manque de considération et met cela en discussion, exigeant plus d´attention. Après leur avoir exposé les caractéristiques de type P de Peter et EL d’Eliza, ils ont pu s’approprier d’une nouvelle manière d’observer la situation.

Le type P de personnalité a besoin de préserver son espace personnel, pour ne pas être envahi. Les stimulus de l’environnement sont potentiellement agressifs et ennuyeux. Comme l’angoisse du type P est de morcellement et la relation d’objet est fusionnelle, il se défend d’invasions potentiellement désorganisatrices; le type P maintient une distance émotionnelle des autres pour ne pas se désorganiser. Peter doit toute la journée faire face aux gens et a appris à structurer ses relations de manière satisfaisante au niveau professionnel. Dans les affaires il peut maintenir les relations à une distance qui ne le gêne pas. Pourtant, tout ce travail pour rester psychiquement intégré est fatigant. En rentrant chez lui, il veut se reposer. Et se reposer implique être seul, en paix, sans trop de stimulation. Pour lui, faire des exercices seul est synonyme de recharger ses batterie. Une des plaintes de sa femme est que Peter aime se placer à côté d’elle et regarder la télévision en silence; si pour elle cela signifie un manque d’interaction, pour lui cela implique le calme. Un dîner à deux presque sans parole est pour lui un moment de plaisir et de paix, alors que pour elle c’est un grand ennui. La nécessité de Peter de garder le silence est maintenant mieux comprise par Eliza. Le fait qu’il rentre de son travail fatigué de tant d’interaction dans sa journée et qu’il ait plus besoin de repos que de stimulation, peut être compris non comme une indifférence, mais comme un besoin.

Exposer les raisons pour lesquelles l’un et l’autre se comportent différemment permet au couple obtenir une nouvelle approche sur les vieilles divergences. Les types de personnalité du point de vue théorique ne sont pas discriminés, ni la nomenclature est mentionnée. Mais, par le biais d’exemples fournis par le couple, il est possible de leur montrer leur comportement, associé à une explication psychologique.

Je m’explique: pour Eliza mieux comprendre son partenaire, il est intéressant qu’elle sache qu’il s’efforce psychologiquement à ne pas se désorganiser. Cela peut sembler trop théorique, mais quand je parle sur la motivation de Peter à être incisif ou même grossier au moment où il est interrompu, c’est à dire, quand il veut conclure pour “ne pas se perdre”, pour ne pas déranger son raisonnement, les deux comprennent ce que je veux dire par désorganisation. En citant telle situation, Eliza a confirmé mon impression et a ajouté qu’elle avait déjà remarqué cela et se taisait justement pour cette raison. Peter a également compris ce que j’ai dit, confirmant mon évaluation.

Types mixtes

Lui, il semble autoritaire, incisif, même agressif à certaines occasions. Sa façon d’agir dans le monde suggère un type N, réalisateur, agressif dans les affaires, apparemment intéressé au pouvoir et à l’argent. Bien qu’il se communique phalliquement, sa préoccupation réside dans la défense de son organisation interne de façon à ne pas être envahi par le monde extérieur. Son style N de se communiquer est dû à ses rapports avec une famille hostile et agressive. Tel comportement est explicité dans la thérapie, et considère la relation avec la biographie. Dans ce sens, on peut le caractériser comme P/N.

Quant à Eliza, il est possible de dire quelque chose de semblable par rapport à son type N. Sa façon d’être exagérée, exigeante et insatisfaite, son style de s’habiller, sa façon incisive de parler, son regard provocateur pourrait faire penser à une personne du type N de base, mais ses objectifs sont différents. Même étant agressive, elle ne veut pas sortir gagnante dans la dispute, elle désire tout simplement plus de soins et d’attention; ce qui prédomine est sa dépendance de l’objet, typique du EL. Sa nécessité de soins est transmise sous la forme d’une exigence autoritaire, qui s’annule lorsque Peter se révèle plus décidé qu’elle. On peut donc la caractériser comme EL/N.

Typologie du couple et les types  P, N et EL

Pour Eiguer (1991, p. 43) les couples peuvent être organisés en trois types: névrotiques (ou “normaux”), anaclitiques (ou avec l’angoisse de perte, ou dépressifs) et narcissiques (ou psychotiques). Les couples névrotiques sont organisés par l’oedipe, les anaclitiques par l’appui et les psychotiques par la symétrie ou narcissiquement.

On peut dire que ce couple fonctionne de façon névrotique, phallique, avec l’oedipe comme organisateur, selon la conception d’Eiguer (1991). D’après lui, le couple névrotique, ou “normal”, constitue la plupart des couples et les thèmes fondamentaux de leur plainte sont les difficultés sexuelles (impuissance, vaginisme, etc), les conflits où dominent la jalousie, la rivalité professionnelle (le pouvoir phallique) et les difficultés dans les échanges verbaux, au-delà des crises liées aux relations extraconjugales (Eiguer, 1991, p. 35).

Eliza, EL/N et Peter, P/N, fonctionnent comme couple, de façon névrotique, ce qui doit être analysé et interprété. Mais, comme Peter, P/N, a comme instance organisatrice le ça et Eliza, EL/N, l’idéal du moi, ce fonctionnement névrotique souffre l’influence des autres types de base.

À mon avis, le rapport de ce couple peut aussi être observé à partir de l’interaction entre les types P et EL de base. Montrer à Peter et à Eliza leur mode de rapport névrotique aussi bien que leurs aspects anaclitiques et narcissiques, leur a permis de changer leurs perspectives d’interaction, améliorant leur quotidien dans le mariage.

Pour Eliza, le soupçon est que Peter ne l’aime pas suffisamment, qu’il la laisse seule et ses plaintes sont dirigées dans le sens d’obtenir des preuves d’amour. Consacrer plus de temps au sport qu’à elle lui est une preuve d’indifférence. Ses exigences de soins ne font pas partie d’une dispute phallique, mais d’une relation d’appui, bien qu’elles soient manifestées de façon brusque.

À un moment donné, Peter se plaint qu’Eliza est exigeante mais elle proteste de manière énergique. Elle affirme se satisfaire avec peu de chose, par exemple, une rose serait plus significatif qu’un voyage en Europe. Elle «frappe» dur et dit qu’il ne va jamais la comprendre, qu’il n’est pas capable d’avoir la sensibilité pour faire plaisir. Malgré sa façon agressive, elle demande qu’il ait un geste d’attention, elle cherche appui. Le problème de Peter dans cette situation est qu’en fonction de son histoire de vie, il lui est vraiment difficile de savoir l’heure exacte de lui donner la “rose” exacte.

Eliza se plaint que Peter ne l’a jamais invitée à ses voyages d’affaire en Europe. Pour lui, voyager seul fait plus de sens. Il lui faut déjà affronter le facteur désorganisation qui est le voyage; s’il devait encore amener épouse et enfants, il dépenserait trop d’énergie psychique. Pendant le vol, il cherche à s’organiser pour bien profiter de ses affaires. Des gens à côté, plutôt que de l’aider, le dérangeraient.

En connaissant le mode de fonctionnement P de son mari, cette justification fait du sens pour Eliza. Avant cela, la seule explication était le manque d’amour, et les disputes comme résultat.

Il est évident que chacun décide avec qui vivre. Le fait de connaître son mari ne signifie pas qu’Eliza doive l’accepter comme il est. Elle peut comprendre les raisons de l’introversion de Peter et ne pas vouloir vivre avec lui. En tout cas, connaître les types de personnalité facilite les décisions sur la séparation ou la continuité de la relation, puisque les limites de chaque personne sont accentuées. Difficilement Peter pourrait devenir le mari plein d’attentions qu’Eliza souhaite pour se sentir aimée. D’autre part, il peut essayer de la satisfaire, sachant ce que son épouse en a besoin et pourquoi elle en a besoin; il ne s’agit pas de caprices, mais de manque d’affection dans les rapports primitifs de son épouse.

L’importance de la biographie

On peut mieux comprendre les types de personnalité lorsqu’ils sont associés à la biographie. L’explication de la façon d’être des types de personnalité associée à la biographie est fondamentale pour faciliter la compréhension du couple.

La circonstance biographique qui justifie ce mode de rapport apparent d’Eliza se trouve dans le modus operandi de sa famille d’origine, c’est à dire, exagéré, intense, direct, incisif. Dans le cas d’Eliza, le fait que ses parents l’aient eue plus tard que les autres enfants et aient responsabilisé ses soeurs pour son éducation, lui a laissé le soupçon de ne pas être suffisamment aimée; il lui a manqué la mère suffisamment bonne (Winnicott, 1960).

Peter et Eliza se sont connus quand il était fiancé et la date de son mariage fixée. Avoir laissé sa fiancé pour rester avec Eliza a été une démonstration d’amour qui l’a captivée. Le problème est que les déclarations d’amour doivent être continues pour la tranquilliser, ce qui est fatigant pour le style P de Peter. S’il s’agissait d’un autre type d’homme avec une autre biographie, les sollicitations d’amour d’Eliza seraient  bienvenues.

Selon Winnicott (1962), la répétition n’est pas fruit de la pulsion de mort, c’est plutôt la recherche pour une solution au conflit. Dans ce cas, Eliza a rencontré un homme distant, avec un style semblable à celui de ses parents, recherchant un élément qui modifie son destin. Il est possible qu’un homme affectueux ne l’aurait pas attirée, comme l’on observe tant de fois dans les choix conjugaux.

Dans le cas de Peter, son type de personnalité a été accentué par le style de vie de ses parents. Peu habituée au contact physique et peu loquace, sa famille d’origine l’a encouragé à se débrouiller tout seul très tôt. Pour sa propre survie psychique, il a appris à compter sur luimême, ce qui a collaboré avec son type P de personnalité, plus introspectif et moins communicatif. Telle association facilite la compréhension de son fonctionnement, tant pour Peter que pour Eliza. Les motivations des choix doivent être explicitées, considérant la corrélation avec les histoires de vie de chacun. Ce point a été souligné tout au long des quatre séances avec ce couple. Eliza a cherché un homme qu’elle pourrait respecter et qui l’appuierait. La recherche d’objet d’appui a été atteinte dans la question financière et dans la sphère de la stabilité da la structure familiale. D’un autre côté, l’homme affectivement distant, qui “devait” devenir une personne affectueuse ne s’est pas concrétisé, créant des conflits. On peut penser, en la considérant comme hystérique, qu’au fond, ce qu’elle désire est un homme qui la laisse insatisfaite et que cette dépendance soit une forme de l’exprimer. Ce n’est pas le choix que j’ai fait, en la considérant comme état-limite et pas comme névrotique.

Dans le cas de Peter, Eliza est chaleureuse, intense et vibrante, qualités que sa mère et sa famille d’origine n’ont pas. Peter a besoin d’un contrepoint à son style; un peu de mouvement met de l’ambiance et agrémente sa vie. D’un autre côté, cette intensité se tourne contre lui avec les demandes de démonstrations d’amour qui, en plus d’être coûteuses du point du vue psychique, représentent  un autre dilemme puisqu’il ne comprend pas ce qu’Eliza sollicite. Justement du fait que Peter ait été élevé dans une famille de peu d’affectivité, il lui manque un référentiel pour satisfaire aux besoins de son épouse. En plus, les critiques et sollicitations intenses d’Eliza fonctionnent pour lui comme invasion, renforçant ses relations primitives avec sa mère, et faisant qu’il se renferme encore plus, ce qui crée un cercle vicieux compliqué pour tous les deux.

Selon leurs histoires de vie et leurs relations primitives, beaucoup de personnes du type P/N sont anxieuses et parlent beaucoup; ni toutes sont introverties comme Peter.

La mère de Peter est une personne dure, invasive, critique et peu affectueuse. Il a cherché chez son épouse quelqu’un avec des caractéristiques différentes; ou peut-être quelqu’un de semblable à sa mère, comme répétition selon Freud, ou avec l’espoir de changer cette situation biographique, selon Winnicott (1951). Eliza est affectueuse, dévouée et intéressée au bien-être de son mari. Cependant, quand Eliza devient agressive et exige que Peter se comporte d’une autre façon, elle ressemble à la mère de Peter, ce qui accentue encore plus son introversion. Son refus d’écouter son épouse réside dans le fait qu’il se sent attaqué dans son identité. Pour Peter, écouter son épouse hurler serait équivalent à n’être plus lui-même, à se laisser absorber par sa mère autoritaire qui aurait préféré qu’il se marie avec une autre femme, qu’il s’occupe  des affaires de la famille comme son père l’avait voulu, enfin qu’il renonce à être lui-même. Démontrer ces corrélations est fondamental pour que le couple puisse observer des questions anciennes sous un autre angle.

Le fait qu’ils se rendent compte de ce cercle vicieux facilite la coexistence. Cette compréhension ne nécessite pas de nombreuses séances pour être clarifiée. Il suffit au thérapeute d’être attentif à la capacité de perception des deux membres du couple et de savoir mener la séance de manière à rendre plus simple l’insight éclairant. Ces approches doivent être effectuées avec tout le soin que le timing correct d’une interprétation implique. Des théories appropriées et des interventions adéquates ont peu d’utilité si le flux de la session ne poursuit pas la rencontre thérapeutique, la communication significative, obtenue seulement si le thérapeute est en état d’écoute psychanalytique attentive à l’évaluation du moment adéquat pour faire une ou autre observation.

Transfert/ contre-transfert

Au-delà de la démonstration du fonctionnement des types de personnalité à partir des corrélations biographiques, comprendre les mouvements transférentiels dans la séance est fondamental. Par exemple, à la fin de la première séance au moment de partir, Eliza est venue décidée dans ma direction, m’a embrassé et a dit: “Mon amie m’a dit que vous étiez plus féministe que vous l’avez été aujourd’hui”. Notez l’aspect séducteur démontré par le mode incisif du compliment, mais le plus important est sa plainte de que je n’aurais pas été assez de son côté comme elle l’aurait souhaité. Cela indique également qu’elle m’avait choisi comme thérapeute à partir de l’observation de l’amie de que moi, “féministe”, “serais du côté des femmes”, ce qui permet de supposer le désir d’une relation d’appui qui combine avec son type EL d’être.

Eliza, au cours des sessions, ne m’a pas confronté. Le type EL/N d’Eliza est apparemment phallique, mais la question centrale est de savoir si elle peut se rendre, s’appuyer. Son manque d’affection vient de temps primitifs, à partir de l’expérience d’une mauvaise mère (Winnicott, 1960), du fait d’avoir été la troisième fille et d’avoir eu des parents sans disposition pour s’occuper d’elle.

L’observation attentive des relations contre-transférentielles est cruciale dans l’analyse de tout patient et se complique en thérapie de couple. Une fois l’un, une fois l’autre cherche des alliance et parfois il est intéressant que l’un d’eux aide dans les interventions avec l’autre (Lemaire, 1971; 1998). Il est crucial de ne pas entrer dans le jeu de séduction des deux à la recherche d’alliances. Si le thérapeute est pour l’un ou l’autre, la thérapie sera en risque. Et comme cela peut arriver, Il faut que le thérapeute fasse attention à ses réactions pour ne pas “choisir” l’un des deux. Dans le cas d’Eliza, elle essayait de me séduire en se montrant plus près de la psychanalyse, intéressée par les relations personnelles, soulignant que le mari, plus fermé, ne “nous” comprenait pas. Peter, cependant, comprenait rapidement ce qui était dit, à partir du moment où ça faisait du sens. Le type EL d’Eliza m’incitait à l’appuyer, tandis qu’avec Peter, ma tendance était de l’organiser. Attentif à ces mouvements transférentiels, le thérapeute ne doit pas agir, mais interpréter.

Conclusion

Connaître la nature de la relation relève de la compréhension des choix d’objet du couple, de l’histoire de leur union et de l’analyse des mythes de leur famille d’origine de manière à transformer l’action en pensée, le non-dit en mot, visant réduire les projections mutuelles.

Les questions relatives aux types de personnalité présentées par le couple Peter et Eliza peuvent être élucidées dans les séances initiales. Rappelez-vous que la thérapie de couple sera toujours comprise comme une élucidation des conflits de relation, à partir du respect à un référentiel psychanalytique. Cela implique ne pas être favorable à des thérapies individuelles qui s’allongent à la vue de l’autre membre du couple. Cela ne veut pas dire non plus qu’il y a un schéma standardisé à être suivi; au contraire, la théorie psychanalytique est maintenue de même que le respect à l’investigation du transfert, à l’interprétation, aux associations libres et à la neutralité.

Cette approche apparaît comme une option pour que le couple puisse se connaître dans les thérapies plus ciblées et de brève durée.  La plupart du temps le couple ne présente pas une demande claire d’analyse visant comprendre le sens de ses symptômes et problèmes, mais vient avec l’intention de résoudre des questions ponctuelles qui l’afflige. Dans une thérapie de plus d’un an de durée, la perspective en relation aux types psychologiques apparaît à travers les rapports du couple sur leur mode de relation au quotidien; dans une thérapie avec peu de séances ou durée de quelques mois, la compréhension de chacun sur le style de personnalité de son partenaire, facilite beaucoup la coexistence du couple. Pour le couple ici présenté, les observations ont été faites en quatre séances, aux moments où elles semblaient appropriées.

La biographie apparaît dans les séances spontanément ou à partir de la demande du thérapeute. Quand la discussion du couple devient répétitive et il n’y a plus de progrès sur la compréhension de la relation, l’intervention du thérapeute est désirable, soit par des  interprétations, soit par des questions qui visent clarifier la situation. La thérapie de couple suppose une plus longue durée de chaque séance, comparativement à une thérapie individuelle. Dans l’exemple de Peter et Eliza les séances ont duré le temps nécessaire pour élucider les problèmes qui se posaient; pas moins de deux heures chacune.

En même temps, à la deuxième séance, il a été signalé à Eliza que sa vie personnelle a été mise de côté pour que son mari suive son chemin. Cette attitude la met dans une position de dépendance et la rend plus exigeante par rapport à son mari; après tout, elle se consacre à lui et à la famille, donc il devrait  être plus attentif à son égard. Qu’est-ce qui est à elle de fait? Quelle serait son propre désir? Elle se comporte comme dépendante, nécessitant d’affection et ne s’approprie pas d’un projet personnel. Alors sa dépendance s’accroît et son mari ne pourra jamais la satisfaire. Mariée avec lui, elle sait qu’elle peut construire et maintenir une famille. Si elle le laisse, elle sera obligée de se débrouiller toute seule, trouver un objectif propre dans la vie, même sachant qu’il va l’aider financièrement.

Ce jeu interactif d’évaluation des questions personnelles, en même temps que celles du couple, fait partie de la thérapie tout le temps. Il devrait être plus attentif ou elle devrait être plus exigeante ? Il devrait être plus attentif observé sous l’angle d’un type P avec son histoire de vie, ou elle doit être plus condescendante en connaissant mieux ses motivations? Il devrait s’occuper davantage de son épouse, sachant que ses nécessités d’amour sont profondes, ou pas? Elle devrait faire attention pour ne pas l’envahir, chercher un projet de vie personnelle, ou devrait insister pour qu’il change, ou encore chercher un autre homme plus disponible?

Le pouvoir d’élaboration en dehors des séances augmente dans la situation de couple. Il ne faut pas oublier que les deux vivent ensemble au quotidien et revivent ce qui a été discuté dans la séance, dans des nombreuses situations au jour le jour. Au cas où les deux demandaient à se connaître, la thérapie pourrait s’allonger de quelques mois ou années, temps nécessaire pour élaborer les diverses questions présentées. Ce couple spécifique s’est montré satisfait avec ces quatre séances. Quelques mois plus tard, Eliza m’a appelé pour demander une indication de thérapeute pour quelqu’un de sa famille et m’a informé que le couple allait bien. Plus de six ans après la thérapie, le couple continue marié jouissant d’une meilleure convivialité.


Bibliographie

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* Médecin, psychanalyste. Doctorat en Psychologie Clinique – Université de São Paulo, Brésil.  Professeur du cours ‘Psychothérapie psychanalytique du couple’ de l’Institut Sedes Sapientiae. Superviseur du NAPC (Centre de traitement et de recherche de la vie conjugale). Professeur du cours ‘Psychothérapie brève psychanalytique’ de l’Institut Sedes Sapientiae et membre du Département de Psychanalyse du même Institut. Auteur des livres “Borderline” et «Psychothérapie brève» publiés chez la Casa do Psicólogo.

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Revista Internacional de Psicoanálisis de Familia y Pareja

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ISSN 2105-1038