REVISTA N° 5 | AÑO 2009 / 1
Resumen
Pinocho: ¿ hijo adoptivo de gepetto y de la hada azul? ¿hijo abandonado ?
Pinocho es el héroe visitado de nuevo en este estudio impertinente sobre las mentiras infantiles, a través de una hipôtesis que recurre a los orîgenes del sujeto y a los avatares en el proceso de filiaciôn y de afiliaciôn.
Palabras clave: la mentira, el fracaso de la simbolizaciôn, patologîa del narcisismo, yo ideal, filiaciôn, afiliaciôn, proceso de individuaciôn.
Résumé
Pinocchio: fils adoptif de gepetto et de la fee bleue ? Enfant abandonne ?
Pinocchio est le héros revisité de cette étude impertinente sur les mensonges enfantins, au travers d’une hypothèse convoquant les origines du sujet et les avatars dans le processus de filiation et d’affiliation.
Mots-clés: mensonge, échec de la symbolisation, pathologie du narcissisme, Moi Idéal, filiation, affiliation, processus d’individuation, clinique du négatif.
Summary
Pinocchio: gepetto and the blue fairy’s adopted son? Abandoned child?
Pinocchio is the subject of this revised study on the need of children to lie. The hypothesis of this study mainly is to examine why children from broken homes, lacking parental care, or, as in the case of Pinocchio, an adopted child, feel the need to lie.
Key words: lies, failure in symbolisation, narcissism pathology, ego ideal, filiation, affiliation, process in individuation.
ARTÍCULO
Pinocchio : fils adoptif de Gepetto et de la fee bleue ? Enfant abandonne ?
Véronique masuy∗
Il y a quelques années de cela, à l’occasion d’un travail de recherche sur les mensonges enfantins[1], je suis revenue tout naturellement vers un petit personnage de mon enfance illustrant universellement «la» figure du mensonge : Pinocchio le pantin devenu petit garçon, dont les frasques pouvaient glacer le sang des enfants sages. Il a donc tout naturellement fait partie de l’un des cas cliniques illustrant quelques hypothèses dont l’une avait pris cette forme, certes réductrice… mais non moins séductrice : à l’origine des mensonges, il y aurait un mensonge sur les origines. Cette hypothèse a été particulièrement reprise dans une fantaisie post–doctorale (6) dont je propose ici un bref aperçu.
Pourquoi ce diable de pantin use–t–il de la parole mensongère, d’autant qu’il est (presque) à coup sûr découvert par l’allongement obscène de ce nez porteur de honte, une fois advenue la première rencontre avec la Fée ? Mes doctes hypothèses s’égarant donc du côté de la filiation, de l’origine, une relecture des «Aventures de Pinocchio» du sieur Carlo Collodi, à quelques décennies de distance, m’amène tout d’abord à vous raconter une (bonne) blague…
Cette plaisanterie n’est pas si éloignée de mon sujet puisque le père de ce «garçon remarquable» n’est peut–être pas celui que l’on croit… Mais avant de vous proposer le résumé d’une vision toute personnelle des aventures de Pinocchio, il s’agirait de définir rapidement l’espace mensonger.
Le Grand Robert (édition 1987, tome IV) définit le mensonge comme une «Assertion sciemment contraire à la vérité faite dans l’intention de tromper». Il faut donc en passer par le dire… (et pourtant, combien d’attitudes mensongères, de silences, d’omission, de quant à soi). La parole implique une adresse, un lien… (même si l’expression «se mentir à soi-même» garde sa validité). «Sciemment» implique le contrôle de la réalité. De fait sont écartées toutes les pathologies entraînant une perte des limites de la réalité, telle que la mythomanie ou l’affabulation. Le terme «vérité» positionne la parole mensongère en situation de clivage (vérité/mensonge), omettant l’aspect éminemment suggestif de celle–ci, ainsi que les ruses de l’inconscient. Le verbe «faire» donne le statut de création de toute pièce ainsi que BION le soutient :
7 Blague rapportée par le Professeur MATTARELLI – Université LYON, département des langues romanes.
«pas de mensonge sans créateur» ; enfin «tromper» nous engage sur les voies du faux voisinant celles de la perversion.
Au–delà de cette définition consensuelle, je vous propose de considérer la parole mensongère comme un symptôme à part entière. En effet, cachés ou non, réussis ou non, les mensonges, dans leur répétition, sont d’abord à envisager comme un échec de la symbolisation. Ils s’ancrent dans une pathologie du narcissisme au cœur d’un fonctionnement familial inscrit sous le primat du Moi Idéal, dans son caractère rigide et impitoyable. C’est dans le lien (de filiation, de couple, fraternel… au–delà dans les liens d’affiliation) que se manifeste cette faillite de la symbolisation que sont les mensonges.
Revenons à notre hypothèse et à Pinocchio : quel serait donc, à l’origine des mensonges de Pinocchio, le mensonge sur ses origines ?
Il y avait donc une fois…
«Un roi», s’exclament les enfants en quête de merveilleux.
«Non !», répond immédiatement Carlo COLLODI «Vous vous trompez. Il y avait une fois un morceau de bois». Voilà les petits auditeurs ramenés à la triste réalité : non, il ne s’agit ni d’un roi, ni même d’un prince, mais d’un simple morceau de bois, pas même précieux ! Cette déconstruction du merveilleux (merveilleux évoquant également les fantasmes du roman familial…) se poursuivra presque tout au long de l’œuvre ; nous sommes immédiatement invités à nous méfier des apparences. Il nous faudra donc douter jusqu’au bout, et de tout : le roi, sous les fourches caudines de l’épreuve de réalité, devient simple bout de bois dont on ne sait établir la provenance. «Je ne sais pas comment le fait arriva, mais toujours est-il que ce morceau de bois se trouva un beau jour dans la boutique d’un vieux menuisier»…
Autre formulation, autre effet. Après la déception du bout de bois au lieu du roi tant attendu- c’est au tour du mystère de nous surprendre : le mystère de l’arrivée de la bûche dont COLLODI avoue n’en rien connaître, alors même qu’il en est l’auteur ! Bien sûr, l’on pourrait aisément mettre cela sur le compte d’une pudeur interdisant d’évoquer auprès des enfants le processus de la procréation, justifiant l’intervention des choux, roses et autres cigognes… fables mensongères mais combien poétiques !
Pourtant, cette incapacité d’expliquer l’existence de ce morceau de bois met en scène la question d’une origine qui tout au long de l’œuvre restera un véritable mystère. Or donc et officiellement, Pinocchio n’est pas le fils de son père et il ne se connaît pas de mère. Il a affaire avec un créateur qui n’est pas celui qu’on croit !
Penser à Gepetto serait réduire le problème à son évidence… et ce serait oublier le Père La Cerise qui, découvrant la bûche parlante, s’en débarrassa en l’offrant, en manière de cadeau empoisonné, au pauvre Gepetto.
C’est donc Geppetto (et non le Père la Cerise) qui accouchera de son pantin, une fois rentré chez lui, rôle classiquement dévolu aux femmes sous le nom de «maternité». C’est lui qui a dans ses rêves un désir d’enfantement dont il parle au père la Cerise : «J’ai imaginé de me fabriquer, de mes propres mains, un beau pantin en bois, mais une merveille de pantin, qui sache danser, tirer l’épée et faire le saut périlleux. Avec ce pantin, je ferai le tour du monde pour gagner mon morceau de pain et mon verre de vin». Si Pinocchio répondait à cet Idéal, il serait donc voué à la soumission, au ridicule, sous la contrainte d’un jeu imposé du dehors par son marionnettiste de père, manipulateur en puissance… (Roussillon parlerait peut–être d'»agentialisation» ?) ce qui, très rapidement, s’est révélé impossible.
Mais plus fâcheuses encore que ce projet improbable, les élucubrations de Gepetto autour du choix du prénom de cette créature (ce que le pantin ne peut heureusement entendre, faute d’oreilles). Car comme tout «créateur» (parent ?) Geppetto cherche à nommer sa «créature» (fils ?) : il choisit de l’appeler Pinocchio, nom d’une famille qui vivait d’aumône, tout en se coulant la vie douce ! «Ce nom lui portera bonheur», affirme le vieil homme inconséquent. Cela part d’un bon sentiment. Oui, mais le problème, c’est que Pinocchio est immédiatement dés-affilié, et de surcroît rattaché à une lignée de mendiants, les Pinocchi. Or, la nomination, le don du nom du père à l’enfant, est ce qui symbolise la reconnaissance de la filiation, ce qui la légitime. Ainsi, Geppetto ne le reconnaît pas comme appartenant de plein droit à sa lignée filiative ! Pire : il le voue à l’opprobre, au-delà d’une belle illusion qui lui promet «le bonheur» puisque les mendiants sont par essence marqués du sceau de la honte, surtout dans la société laborieuse de ce siècle industrieux. C’est donc dès l’origine de la rencontre avec le père, dans la transmission du nom, que dérape la relation comme si à l’origine des mensonges à venir, il y avait bel et bien eu un mensonge sur les origines du pantin.
Il faut tout de même rappeler qu’avant cet enfantement douloureux, Pinocchio, alors qu’il n’était «que» bûche avait porté atteinte au nom de celui qui s’est érigé père, en quelques dix lignes. Il l’avait appelé «Polendina», ou «Polenta». Geppetto est ainsi délesté par sa marionnette de son nom patronymique en même temps qu’est pointée, dans la moquerie, la déficience de sa vieillesse (sa calvitie) et de sa virilité (le «a» marque la féminité). La rencontre Gepetto/Pinocchio se fait donc sur le mode de la dérision et de l’agressivité, comme si les deux protagonistes semblaient se découvrir décevants l’un pour l’autre. Pour Gepetto en tous les cas, le regret d’avoir créé le pantin est immédiat. «Tu manques déjà de respect à ton père…» et si du côté du fils fantasmé les attentes du père sont vite réduites à néant, du côté du père attendu les espoirs de Pinocchio se heurtent aussi à une triste réalité : désœuvré, vivant dans une maison froide et vide de toute nourriture Geppetto fait – dira plus tard Pinocchio – «le métier de pauvre».
Dès lors, le processus de «paternalisation» et (à sa suite ou concomitamment) la relation de filiation ne cesseront d’être mis à mal. Par les disparitions itératives d’un père évanescent, le premier peinera à se construire. Dans la quête que Pinocchio poursuivra pour se trouver un «papa», la seconde sera toujours éprouvée. Ses innombrables fuites seront autant de fugues pour atteindre ce père toujours absent, toujours fuyant, toujours manquant. Ce n’est qu’à la fin de l’histoire, quand Pinocchio sera devenu un «vrai» petit garçon par la grâce de la Fée Bleue (en un songe) que Geppetto deviendra enfin un chef de famille structuré, à défaut d’avoir été structurant. Voilà pour le père en mal de se reconnaître comme tel.
Et la mère ?
Pinocchio, vous l’avez compris, n’a plus qu’à fuir celui qui se révèle incapable de le nourrir (c’est incroyable ce que ce pantin dévore, «crève» de faim !) pour partir en quête d’un pater familias. Le voilà se précipitant, après quelques aventures effrayantes, chez la Fée Bleue. La première rencontre avec la Fée Bleue, la Fée Azur, est placée sous le sceau de la mort, évoquant la figure de la Mère Morte telle que l’a conceptualisée d’André GREEN. Cette Fée ambivalente prendra tout au long de l’histoire d’autres allures : vous verrez que dans moins de deux pages, la voilà ressuscitée ! A-t-elle menti ? Je vous épargne la scène de la potion ainsi que la macabre allusion au trépas du pantin, pour revenir sur LE mensonge de notre petit héros. Pourtant ce premier mensonge à la Fée est légitime : comment lui faire confiance alors qu’il ne la connaît pas et qu’il vient de manquer se faire détrousser ? Pour tenter d’échapper à l’emprise que la Fée cherche à exercer sur lui (par le biais de quelques pièces d’or qu’il aimerait tant remettre à son pauvre papa), alors qu’il vient de vivre un grand péril et qu’il en est encore malade, transi, traumatisé, (ce que la Fée ne prend pas en compte, déniant totalement les frayeurs du petit bonhomme) le pantin n’a plus qu’une solution : mentir. Car les mensonges ont aussi une fonction protectrice…
Mais… le nez se mit à pousser.
Il est bien sûr facile de voir dans ce nez qui pousse la symbolique d’une belle érection. Les sentiments du pantin (honte, confusion) confirment que c’est bien de cela dont il s’agit. L’ennui, c’est que cette érection a pour témoin une jolie Fée qui, bien que ne se déclarant pas encore sa mère, en a toutes les caractéristiques : elle le sauve, elle le soigne, le gronde, écoute ses plaintes. Pinocchio serait-il aux prises avec les tourments oedipiens ? En tous les cas son nez est si long qu’il ne peut même plus s’enfuir ; l’appendice grotesque ne retrouvera sa taille normale que grâce à des oiseaux que la Fée appelle et qui viendront le lui «becqueter tant et si bien qu’au bout de quelques minutes ce nez énorme et disproportionné se trouva réduit à sa grandeur naturelle». Ayons l’audace de penser que cette scène est une figuration de la castration «assurée» par une imago maternelle.
Je vous parlais de tourments oedipiens, même si je ne suis aucunement convaincue que Pinocchio ait déjà la capacité à les éprouver… Probablement, et une clinique plus «sérieuse» le confirme, les petits menteurs patentés sont en–deça de cette problématique. Nous serions encore dans l’analité… et pour un moment encore. Le mensonge n’est–il pas une forme de rétention, ne serions–nous pas dans la maîtrise ?
Puisque nous voilà donc à l’Œdipe… ou pas loin… Ceci m’amène à interroger le couple parental étrange que forment la Fée et Geppetto et la manière inconsciente dont ils se répartissent les rôles autour de leur créature. La Fée se propose tout d’abord d’être la «petite sœur» de Pinocchio, ce qui ne l’empêche pas de l’admonester, de le menacer, de le punir et le contraindre, entretenant une relation qui n’a rien de fraternel. Puis et sans jamais rencontrer Geppetto, elle s’offrira à devenir sa mère du fait qu’elle ait «vieilli» (et non pas «grandi»). Le pauvre Pinocchio en perd son latin et ne sait plus où donner de la tête… Qui est–elle «réellement» ? Ses apparitions prennent de multiples formes : le spectre de l’imposture s’impose, jusqu’à la scène macabre de la sépulture. Rien ne sera épargné au pauvre pantin pour lui faire éprouver remord, regrets, culpabilité, honte et surtout, abandon, solitude.
En fait, ce couple parental, constitué d’un vieillard sénile qui n’a jamais été capable ni de procréer ni de connaître une liaison amoureuse (il semble être seul) et d’une Fée aux allures de vierge, n’existera que par la volonté de Pinocchio d’avoir «comme tous les autres petits garçons» un père et une mère. D’ailleurs il ne deviendra petit garçon qu’après avoir rêvé de la Fée qui lui promet «en raison de son bon cœur» (celui de Pinocchio qui a réussi à racheter ses fautes) de tout lui pardonner. A son réveil il se découvrira petit garçon sans que jamais Geppetto ne soit mis dans la confidence. La blague ci–dessus prend son sens : une Fée/Sainte Vierge, un Gepetto/Joseph… un Pinocchio/Jésus.
Revenons à notre titre : adoption ? abandon ?
Ce qui reste une évidence est que, juste après son «enfantement» et le refus du don du patronyme (d’ailleurs, jamais nous ne connaîtrons le nom de famille de Gepetto : en a–t–il un, d’ailleurs ? Nous voilà aux portes du transgénérationnel…) le célèbre pantin a très souvent erré seul alors qu’il n’avait pas la capacité à l’être (seul) ! Dans la littérature, on pointe cette solitude extrême du pantin, évoquant l’abandon. Ses tentatives désespérément vouées à l’échec pour être adopté par une Fée ne cessant de se dérober dénoncent des ratés de l’adoption ; ses bêtises résonnent parfois avec la «tendance antisociale» décrite par WINNICOTT, observée chez les enfants qui ont connu «une carence dans le soutien du Moi», après une «bonne expérience primitive». Ses errements, et notamment la fameuse expédition pour le Pays des Jouets, rappellent les choix affiliatifs hasardeux sur avatars des processus de filiation (KAES). Sa poursuite d’un père inatteignable, enfermé dans un ventre humide et froid, préférant la mort et l’oubli aux risques de la vie, l’amène enfin à endosser un rôle parental bien lourd à porter puisque pour finir, Pinocchio se doit d’être le parent de ses supposés père et mère.
Adoption non assumée par le «père/mère», soumise aux ambivalences d’une Fée grondeuse peinant à être bienveillante, abandon décliné sous toutes ses formes (combien de fois Pinocchio se trouvera seul dans la nuit, dans le froid, dans la faim, la peur… jusqu’en prison pour avoir «été volé» et non «voleur» !). Pinocchio, bien plus que la figure du mensonge, est celle de la rupture, de la solitude, du désespoir, du traumatisme.
Notre pantin étant devenu un bon petit garçon bien conforme, abrité au chaud dans un foyer prodigue de soins, nous allons le quitter pour reprendre en quelques mots ce que j’ai observé (et observe encore) dans la clinique des enfants «terriblement menteurs».
Le recours répétitif aux mensonges serait une réponse symptomatique à un mensonge plus ancien concernant les liens de filiation du sujet, porteurs de honte dans un fonctionnement familial sous le primat du Moi Idéal. Il serait la seule possibilité pour un sujet en souffrance de symbolisation d’interroger la loi ou plutôt de ce qui «fait loi» dans la famille. Ici, ce qui «fait loi» menace les processus d’individuation, immobilise, passive, désubjective dès lors qu’on ne répond plus aux exigences d’un idéal familial. En effet, nous repérons dans les familles où «sévissent» des menteurs patentés, des idéaux éducatifs rigides, des impasses de la pensée, une absence de loi structurante et bienveillante ; l’autorité ne s’exerce péniblement que par l’imposition d’un ordre arbitraire brutal ; tout est soumis aux humeurs de chacun, jusqu’en référence à des aïeuls depuis longtemps disparus dans un rapport de soumission intergénérationnel. Il s’agit uniquement de «faire plaisir» (rendre fier…) ou au contraire de «porter tort» (faire honte…) : la séduction est à l’œuvre.
Les menaces de séparation viennent masquer des agissements de l’ordre de la rupture, de l’abandon (on parle d’éloignement, de mise en pension, de désamour…). L’agressivité «normale» de l’enfant, via la parole mensongère entre autre, est vécue comme une attaque des liens, ce que j’oserais nommer, paraphrasant WINNICOTT et reprenant au plus près les plaintes parentales, une tendance
«antifamiliale».
Si mentir permettrait donc d’établir à grands frais un «écart tiers» pour éviter des empiètements désubjectivants dans une famille au fonctionnement arbitraire, cette parole/acte reste avant tout la marque d’un échec de la fantasmatisation et de la symbolisation. Intervenir en qualité de thérapeutes familiaux dans de telles situation d’enkystement de la pensée nous oblige à questionner «en creux» ce que je vous propose de considérer comme une clinique du négatif.
Bibliographie
Bion W. (1974) L’attention et l’Interprétation, Paris, Payot.
Collodi C. (1881–1883) Les Aventures de Pinocchio, Turin. Mille et une nuits, ed. 1997
Freud S. (1914) Pour introduire le Narcissisme, Paris, PUF.
Le Grand Robert (1987) Paris, Ed. Le Littré.
Masuy V. (2003) Les Mensonges en clinique pédopsychiatrique – Mémoire de Thèse. LYON LUMIERE II, Non publiée.
Masuy V. (2009) La Vraie Vérité sur Pinocchio – Petit Traité Iconoclaste à l’usage de ceux qui détestent les mensonges, Editions le Manuscrit.
http://www.manuscrit.com/catalogue/auteur.asp?idauteur=15001 Kaës R. (1985) Filiation et Affiliation, Gruppo, 1, pp 23–46 Roussillon R. (2004) Le Transitionnel et l’indéterminé. In B.
CHOUVIER «Les processus psychiques de la médiation»
Winnicott D.W. (1956), La Tendance Antisociale in De la Pédiatrie à la Psychanalyse, Paris, Payot, 1969.
[1] Thèse de Doctorat sous la direction du Professeur Bernard CHOUVIER (2003). Les mensonges en clinique pédopsychiatrique. Le symptôme de Pinocchio, Enfant seul»
∗ Psychologue Clinicienne, Docteur en Psychologie.
«Un matin, un vieillard sans âge se présente aux portes du Paradis. Jésus, qui passait justement par là, est intrigué par la tristesse qui se dégage de sa personne. Il s’approche et s’adresse doucement au vieil homme : » Pardonnez-moi, Monsieur… mais je ressens tant de douleur dans votre regard… je vais vous paraître importun, mais qu’est-ce qui vous occasionne tant de chagrin ?
- C’est hélas bien simple, mon ami. De mon vivant, sur Terre, j’avais un fils, un fils unique. Je l’aimais plus que tout. Il était ma plus grande fierté. Un garçon remarquable…
- Et que s’est-il passé ? questionna Jésus
- Et bien un beau jour, il a quitté la maison. Il est parti par monts et par vaux… sa personnalité était tellement formidable, il est devenu célèbre… sa renommée a fait le tour du monde… je ne l’ai jamais plus revu. Il m’a sûrement oublié.
Jésus, tremblant d’émotion, l’interroge à nouveau.» Mais, Monsieur… quel métier exerciez vous sur Terre ?
- Charpentier, répondit le vieillard.
Jésus se jette alors dans ses bras, au bord des larmes, en s’écriant :
- Papa ! Papa !
Et le vieil homme, tout surpris et bégayant :
- .. Pinocchio ?»7

