REVISTA N° 8 | AÑO 2010 / 2
Resumen
Narcisismo y alteridad en el vínculo Martine Vermeylen
La autora parte de la hipótesis de que los vínculos indiferenciados en las parejas y las familias tienen su origen en el narcisismo primario, mientras que los vínculos diferenciados se construyen en una relación con el objeto que tiene su origen en el narcisismo secundario.
En una pareja parental, un conflicto inconsciente entre el otro y uno mismo culmina en casos de neurosis mediante la represión de fantasías con el fin de proteger el psiquismo. En este tipo de pareja, lamentablemente, la relación con el niño a menudo permite desviar este conflicto hacia «otro» representado por el niño, portador del conflicto parental.
La historia de Juan ilustra esta hipótesis, ilustrada por A. Eiguer en 1998, en la que una pareja decide «hacer» un hijo por temor a la ascendencia inconsciente de uno de los miembros sobre el otro. Nos referimos aquí a relaciones narcisistas mal desarrolladas entre los miembros de la pareja que impiden el reconocimiento de la alteridad del otro y que se dan a menudo en parejas que se enfrentan a un miedo anaclítico a la pérdida. Reconocer la alteridad del otro requiere una transformación.
Este desarrollo se produce a través de un tercero que representa la función paterna o la función materna según las necesidades del sujeto. En ciertos casos, estas dos funciones pueden asignarse a un psicoanalista familiar que lleva consigo proyecciones de omnipotencia que, en consecuencia, pueden oscilar entre ambas.
Palabras clave: vínculo indiferenciado, vínculo intersubjetivo, alteridad del otro, pareja anaclítica, narcisismo «primordial», función de la tercera persona.
Résumé
Narcissisme et altérité dans les liens martine vermeylen
L’auteur part de l’hypothèse que les liens indifférenciés dans les couples et les familles trouvent leur source dans le narcissisme primaire tandis que les liens différenciés se construisent dans une relation à l’objet à partir du narcissisme secondaire.
Dans un couple parental, un conflit inconscient entre l’autre et soi se solde dans les cas de névroses par un refoulement des fantasmes pour protéger le psychisme. Dans ce type de couple, malheureusement le rapport à l’enfant permet souvent de détourner ce conflit sur «un autre» que représente l’enfant, porteur du conflit parental.
L’histoire de Juan vient illustrer cette hypothèse illustrée par A. Eiguer en 1998 où un couple décide de «faire» un enfant par peur de l’emprise inconsciente d’un partenaire sur l’autre. Nous parlons ici de relations narcissiques mal élaborées entre partenaires qui empêchent de reconnaître l’altérité de l’autre et que l’on retrouve souvent dans les couples confrontés à l’angoisse de perte anaclitique. Reconnaître l’altérité de l’autre nécessite une transformation.
Cette évolution se fait par l’intermédiaire d’un tiers qui représente la fonction paternelle ou la fonction maternelle selon les besoins du sujet. Ces deux fonctions peuvent être assignées dans certains cas à un thérapeute psychanalytique familial porteur des projections de toute puissance qui peuvent dès lors, osciller entre ces deux fonctions.
Mots-clé: Lien indifférencié, lien intersubjectif, altérité de l’autre, couple anaclitique, narcissisme primordial, fonction tierce.
Summary
Narcissism and otherness in the link martine vermeylen
The author starts from the hypothesis that undifferentiated ties in couples and families originate from primary narcissism, while differentiated ties are built in a relationship with the object originating from secondary narcissism.
In a parental couple, an unconscious conflict between the other and oneself culminates in cases of neuroses by a repression of fantasies in order to protect the psychism. In this type of couple, unfortunately, the relationship with the child often enables this conflict to be diverted on to “an other” that is represented by the child, carrier of the parental conflict.
The story of Juan comes to illustrate this hypothesis, illustrated by A. Eiguer in 1998, where a couple decides to “make” a child for fear of one partner’s unconscious ascendancy over the other. We are talking here about ill-developed narcissistic relationships between partners that prevent the recognition of the other’s otherness and that are often found in couples confronted with an anaclitic fear of loss. Recognising the other’s otherness requires a transformation.
This development occurs via a third party who represents the paternal function or the maternal function according to the subject’s needs. These two functions can in certain cases be assigned to a family psychoanalyst carrying projections of omnipotence that can, consequently, oscillate between them both.
Keywords: indifferentiated link, intersubjective link, otherness of the other, anaclitic couple, «primordial» narcissism, thirdness function.
ARTÍCULO
Narcissisme et altérité dans les liens martine vermeylen∗
Nous partons de l’hypothèse que les liens indifférenciés trouvent leur source dans le narcissisme primaire alors que les liens différenciés permettent l’émergence d’une altérité (Vermeylen, 2009). Les liens indifférenciés archaïques freinent les processus de symbolisation ainsi que de transmission tout en bloquant l’autonomie du sujet. Ces liens enferment l’autre dans des relations d’objets qui enchaînent le sujet aux autres sujets au travers de projections et d’introjections inconscientes. Un lien intersubjectif différencié par contre, relie le sujet et l’autre en tenant compte des différences d’opinions qui peuvent introduire de la conflictualité et à minima la reconnaissance d’une altérité.
Nous constatons dans notre clinique psychanalytique qu’au moment de la constitution du sujet, un lien différencié est difficile à établir dans une famille mais il permet à l’enfant de reconnaître sa propre différence. Il permet aussi l’émergence de l’altérité de l’autre. Ce changement au sein des relations familiales nécessite un énorme travail de transformation des liens.
Cette perception de «l’étranger en soi» permet d’arriver à une reconnaissance de l’altérité chez l’autre et permet de se différencier l’un de l’autre.
Dans le narcissisme secondaire, c’est justement le reflet du même que soi et du «même en soi» qui préoccupe les acteurs du lien. Cela a des conséquences sur les identifications, plus particulièrement les projections de soi sur les autres. Une oscillation entre narcissisme et altérité s’opère dans les liens et permet l’émergence d’un sujet différencié.
Dans le couple parental, un conflit inconscient entre l’autre et soi se solde dans les cas de névroses par un refoulement des fantasmes pour protéger le psychisme. Dans ces types de couple malheureusement, le lien à l’enfant fait souvent de dévier le conflit sur «un autre» qui devient porteur du conflit parental.
Depuis sa naissance, l’enfant est confronté à la difficulté d’assumer une parentification précoce lorsque les parents n’arrivent pas à surmonter leur passé douloureux. L’assignation projective (Robion, 2009) imposée au partenaire d’effacer les traces du passé pour mettre de la vie là où il y avait de la mort, n’est pas possible. Cette mort subjective fait son œuvre sur l’enfant assigné en rôle de tiers. Ce mécanisme inconscient a des conséquences sur le développement d’une pathologie psychique dans la famille.
L’histoire de Juan vient illustrer cette hypothèse illustrée par A. Eiguer en 1998 où un couple décide de «faire» un enfant par peur de l’emprise inconsciente d’un partenaire sur l’autre (Eiguer, 2008). Nous parlons ici de relations narcissiques mal élaborées entre partenaires qui bloquent le processus de reconnaissance de l’altérité de l’autre. On le retrouve dans les couples confrontés à l’angoisse de perte anaclitique.
La famille décrite ici est portugaise: mari et femme nés et rencontrés au pays et dont l’émigration en Belgique est d’ordre économique à partir d’une région au Nord du Portugal où «cultiver la vigne et produire le vin» ne permettait plus de subvenir aux besoins de sa famille. Le couple ne cesse de se disputer depuis l’arrivée de cet enfant Juan vécu comme un objet encombrant qui «pompe l’air» et empêche de vivre tout en maintenant le lien du couple parental centré sur lui. La naissance du second: Pedro ne peut qu’augmenter l’angoisse de Juan de perdre le peu de considération qu’il pense susciter chez ses parents. Juan se montre omnipotent. Il envahit l’espace du couple des parents. A l’âge de 8 ans, le couple des parents se décide à consulter pour des problèmes d’apprentissage et de comportement à l’école. A la maison, Juan se montre particulièrement exigeant au moment de ses angoisses nocturnes qui empêchent les parents de dormir et de supporter cet enfant en souffrance. Le père vient s’endormir avec lui tous les soirs ce qui dérange la mère qui trouve cette situation insupportable. La mère reproche au père de ne pas pouvoir mettre une limite à son fils. Les parents sont démunis et cherchent de l’aide. Après une dizaine de séances durant lesquelles Juan se montre actif et souhaite un changement, l’enfant va accepter de se décoller de son père, en même temps que le père va se dégager de la peur de décevoir son fils. L’occasion du changement sera un voyage scolaire dont l’enjeu pour l’enfant était gratifiant.
Les parents ont supporté de se confronter l’un à l’autre pendant nos séances au sujet de leur attitude éducative différente afin de régler ce problème et de reprendre leur lit conjugal. L’histoire des familles d’origine nous éclaire sur les failles narcissiques en jeu dans cette situation.
Monsieur a vécu dans une région du Portugal cultivant les vignes dans la fabrication du célèbre «Vino Verde». Son père était ouvrier agricole mais la situation économique n’a pas permis l’embauche des fils ni des beaux-fils dans la vigne. Plusieurs enfants sont partis vivre à l’étranger.Les frasques (donc les bêtises) d’une sœur du père a obligé les grands parents à accueillir leurs petits fils. Leur mère était considérée comme indigne dans la maison. A cette époque là, les autres enfants plus âgés des grands parents vivaient encore à la maison. Monsieur se rappelle de son adolescence avec ces jeunes neveux dont un petit de 4 ans était tombé d’une terrasse, et de l’intense culpabilité qu’il en avait éprouvée. Lors des séances, il n’en dira pas plus mais nous pouvons imaginer un manque de surveillance ou une dispute…dont les conséquences ont été graves. Par ailleurs, j’ai appris qu’il était fréquent pour des parents dans cette famille (ou ce village) de laisser leurs enfants dormir jusqu’à l’âge de 12 ans dans la même chambreou le même lit qu’eux. Ceci n’est pas sans conséquence sur le conflit entre le couple et la famille. Il semble également que la grand-mère soit une personne assez possessive surtout lors des retours en été de ses enfants vivant à l’étranger.
La famille de Madame a vécu dans la même région mais dans des conditions un peu différentes au niveau de la richesse et d’une éducation plus sévère où la distance entre parents et enfants semblait plus grande. Elle attribue leurs difficultés actuelles aux problèmes de sa belle-famille qu’elle ne cesse de critiquer. Plusieurs enfants de la famille maternelle sont également venus vivre en Belgique et c’est à l’occasion d’un voyage chez sa sœur et son beau-frère, que Madame et son mari ont décidé de venir s’installer à Bruxelles malgré l’inachèvement de la construction de leur maison dans la région proche des familles d’origine.
Au moment de notre première consultation, Juan est décrit comme un enfant manipulateur qui profite des conflits conjugaux pour échapper à l’autorité de sa mère du fait que le père lève les sanctions de sa femme, lui reprochant d’exagérer. Cet enfant souffre d’importantes angoisses qui ne lui permettaient pas de rester seul dans une pièce, ni de monter l’escalier tout seul pour aller aux toilettes ou dans sa chambre. Les parents me semblaient se comporter comme deux enfants en dispute avec leur propre famille. Juan explique qu’«Il y a de méchants fantômes dans la maison» et il s’inquiète aussi pour son père lorsqu’il mange ou boit beaucoup, montrant ainsi une parentification avec des effets destructifs (Le Goff, 2005). Il dit que sa mère est méchante quand elle lui interdit quelque chose et que son père est très gentil avec lui. A l’âge de 4 ans, il est tombé dans un escalier et n’ose plus s’aventurer dans une descente, que ce soit à la piscine, à l’école ou à la maison. Nous avons repéré un attachement pathologique entre le père et le fils qui semble projeter sur son fils aîné, l’image d’un enfant «en danger» abandonné à des angoisses terrifiantes comme le reflet narcissique de sa propre enfance.
Le travail psychanalytique avec la famille de Juan lui a permis de recommencer à investir son travail à l’école, de se montrer plus responsable en gérant ses paniques liées à des fantasmes de chute partagés inconsciemment avec son père. Ces angoisses se rapportent effectivement au stade du narcissisme primaire chez l’enfant. Pour le père, nous parlerons davantage d’une réactivation d’un stade secondaire oedipien mal résolu et qui se rejouera dans la relation avec son fils à la manière du père du petit Hans (Freud, 1905) qui s’identifiait à son fils.
Dans le repérage psycho dynamique du symptôme, nous avons observé avec eux en séance une angoisse trans-agie (Defontaine, 2007) en famille qui poussait l’enfant à endosser le rôle de parent de son père afin de consoler l’enfant triste auquel le père s’était identifié et qu’il a expulsé en quelque sorte sur son fils. Nous voyons se profiler ici un scénario narcissique de la parentalité décrit par Manzano et Palacio Espasa (1999) dans le concept d’«ombre de soi» des parents projetée sur l’enfant (Klein, 1957).
A ce trouble narcissique, s’ajoute un paradoxe rappelant l’oscillation narcissique paradoxale (Caillot et Decherf, 1985) entre le bon et le mauvais objet expulsé sur autrui dans le lien entre père et fils comme un clivage idéalisant et que l’on peut retrouver dans cette famille entre la mère et le petit frère. Ce mécanisme de défense renvoie également au narcissisme antoedipien (Racamier,1995). L’enfant continuant à évoluer, il projettera ses fantasmes sur les situations vécues à l’école.
Juan va alors raconter à l’école qu’il va mettre une bombe en classe. La punition du directeur lui permettra ensuite de réfléchir à l’alternance du jeu de rôle entre le policier et le voleur dont il dit ne pas pouvoir choisir entre les deux.
Nous observons ensuite qu’en pleine élaboration oedipienne inversée, il s’attache davantage à son père qu’à sa mère. Il ne supportera pas que ses parents viennent me voir sans lui, ni qu’ils se disputent sans pouvoir intervenir par des reproches à ses parents. Il semble prolonger ainsi son fantasme de toute puissance. Il s’amuse de l’expression de sa mère adressée à son mari «Va vendre ton poisson ailleurs», expression maraichère portugaise.
Son fantasme de toute puissance se fera sentir à mon égard tout au long de la thérapie familiale par des mimiques ou des postures de dos. A partir de la 7ème séance, nous observons que le père commence à mettre des limites à son fils, à lui exprimer sa déception de le voir se comporter comme un tout petit. Un incident durant les vacances au Portugal va nous éclairer sur les enjeux narcissiques liés à une homosexualité inconsciente dans la famille paternelle.
Il nous est rapporté par la mère que le neveu du père (le même qui était tombé à l’âge de 4 ans d’une terrasse sous les yeux de son oncle alors adolescent) et qui vit toujours chez sa grand-mère a proposé des jeux sexuels à Juan qui s’en est effrayé. Il est venu en parler à ses parents. Cela a provoqué une dispute familiale sur les trois générations, qui s’est soldée par une rivalité fixée sur l’attitude de la grand-mère défendant ses petits face à sa belle fille faisant pareil avec ses propres enfants. Ce conflit a contaminé le couple des parents de Sam et Pedro provoquant sans doute l’absence du père à la séance suivante.
Lors de cette séance sans le père, Madame a eu également une attitude ambivalente envers son fils car elle voulait lui faire plaisir par l’invitation de petits amis à son goûter d’anniversaire. Elle nous a raconté sa colère de n’avoir pas vu Juan content des efforts de ses parents pour le fêter. Elle lui en voulait. L’enfant, sentant la déception de sa mère, ne pouvait tout simplement pas accepter ce cadeau.
Au niveau du transfert-contre-transfert, nous avons vécu cette ambivalence pendant cette 8ème séance au moment où la mère racontait sa déception mais aussi sa fierté de voir Juan dresser la table. Elle l’avait félicité. J’avais marqué mon étonnement devant des félicitations qui me semblaient ambivalentes au vu de l’attitude normale d’un enfant de son âge. J’avais observé au moment de l’évocation des félicitations de sa mère que l’enfant faisant une grimace. Il me semblait aussi que la réaction de gêne de la part de Juan pendant cette séance exprimait une même ambivalence, voire de la honte devant les détails racontés par la mère au sujet de cette histoire d’anniversaire. S’agissait-il d’une rivalité avec sa mère dans un Œdipe inversé? La question reste ouverte. La mère a pu exprimer sa vexation devant mon intervention qui tentait de relier sa propre ambivalence avec celle de son fils exprimée par la méchante grimace adressée à sa mère. Cette grimace me semblait vraiment illustrer le paradoxe suivant qui enfermait mère et fils dans un lien étouffant: «Je veux lui faire plaisir pour ton anniversaire, mais il me résiste par son refus».
«Je lui en veux mais je le félicite de m’avoir rendu service en dressant la table»
«Cette thérapeute ne comprend pas que je félicite mon fils car il se montre différent de l’enfant tyran qu’il est d’habitude!»
Il s’agit ici de l’ interprétation du thérapeut projetée sur la mère en réaction à la projection de la mère sur la thérapeute. La mère a pu, après cette séance, parler de sa propre souffrance infantile quand elle racontait à ses enfants comment elle avait été punie par un enfermement dans sa chambre suite à une grosse bêtise faite avec son frère: elle avait caché la clé d’entrée de la porte de la maison familiale laissant sa famille enfermée à l’extérieur. Cet événement raconté de cette manière ressemble aussi à un paradoxe du fait que l’on est généralement enfermé à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur. Entendre ce récit a permis à Juan de s’identifier à l’enfant «tyran» dans la personne de sa mère, qui avait été punie à l’époque. Ceci avait fortement impressionné Juan. Comment une mère si parfaite avait-elle pu être un enfant si terrible?
Le fait d’avoir mis à jour ce processus d’autorité dysfonctionnelle dans cette famille et de l’avoir relié avec la souffrance de cette mère m’a conduit à penser cette résistance comme un passage obligé de différentiation indispensable à une transformation des liens familiaux. La relation à l’objet d’amour, donc la relation de l’enfant à sa mère prépare la construction d’un lien au cœur de la structuration oedipienne qui permet une reconnaissance de l’altérité de l’autre.
Conclusions
Le passage entre le scénario narcissique d’une parentalité figée vers une relation d’objet pouvant osciller entre bon ou mauvais objet, nous paraît être un stade intermédiaire avant une reconnaissance de l’altérité dans le personnage du parent ou de l’enfant. Ce n’est qu’après ce stade que chaque sujet pourra évoluer vers sa propre individualité à partir d’une différentiation dans les liens familiaux.
Les liens narcissiques primaires, sources de souffrance dans les couples et dans les familles, n’arrivent pas toujours à être tempérés tant la passion de l’emprise sur l’objet aimé ou détesté peut se transformer en un mépris de soi qui engendre une fragilité narcissique (Eiguer, 1999). Un déficit de l’image et de l’estime de soi pour ces enfants risque de bloquer leur développement tant intellectuel qu’affectif.
Dans un couple de type anaclitique ou dépressif, nous voyons l’oscillation entre un lien d’emprise, de possessivité narcissique anale ou orale d’une part, et d’autre part un masochisme sacrificiel où la victime doit se protéger d’un fantasme de perte en plus d’une réalité toxique extérieure à lui. Ce que nous souhaitons pour les enfants nés de ces couples ainsi que pour l’évolution de ces familles, est de leur permettre une transformation des liens ne blessant pas leur narcissisme primordial naissant (Dolto, 1984).
Nous espérons que ces liens puissant évoluer et autoriser une plus grande différentiation de chaque être sexué s’appuyant sur une génération précédente plus tempérée dans son emprise sur les objets. Cette évolution peut se faire par l’intermédiaire d’un tiers représentée par la fonction paternelle ou la fonction maternelle selon les besoins du sujet. Ces deux fonctions peuvent être assumées dans certains cas par un thérapeute familial dont la représentation peut, dès lors, osciller entre ces deux fonctions.
Bibliographie
Caillot J.P. et Decherf G. (1985), La position narcissique paradoxale, Gruppo n°3.
Defontaine J. (2007), L’empreinte familiale, Transfert, Transmission, Transagir, L’Harmattan, Etudes psychanalytiques.
Dolto F. (1984), L’image inconsciente du corps, éd. du Seuil.
Eiguer A. (2008), Jamais moi sans toi, Dunod.
Eiguer A. (1998), Clinique psychanalytique du couple, Dunod.
Eiguer A. (1999), Du bon usage du narcissisme, Bayard.
Freud A. (1905), Cinq psychanalyses, PUF, 1954.
Klein M. (1957), Envie et gratitude, Gallimard, 1968.
Le Goff J.F. (2005), Thérapeutique de la parentification: Une vue d’ensemble, en Thérapie familiales, Genève, Vol 26, N°3, 285-298.
Manzano J., Palacio Espasa F. et Nikha N. (1999), Les scénarios narcissiques de la parentalité, PUF Le fil rouge.
Racamier P.C. (1995), L’inceste et l’incestuel, Les éditons du Collège.
Robion J. ( 2009), Pour une psychanalyse dialectique, Cassiope.
Vermeylen M. (2009), Narcissisme et objectalité: parcours d’un lien indifférencié vers un lien intersubjectif, groupe de recherche E. Jaroslavsky sur théories des liens, Buenos Aires.
∗ Psychologue, thérapeute psychanalytique auprès d’enfants, couples, familles et psychanalyste.
martinevermeylen@live.be
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