REVISTA N° 33 | AÑO 2025 / 2

Vida y muerte con al nacimiento. Articulaciones familiares de la cuna psíquica y el trabajo de la atención


Vida y muerte con al nacimiento. Articulacions familiares de la cuna psíquica y el trabajo de la atención

Las prácticas de psicoanálisis familiar perinatal abordan las cuestiones de vida y muerte que rodean al bebé. La enorme conmoción que experimenta el recién nacido también afecta la identidad de quienes lo acogen o tienen vínculos con él. El aparato psicológico familiar cambia tras la necesaria concentración de atención en torno al bebé y la contención de las pulsiones y el sufrimiento primitivo que ello conlleva. Esta “cuna psicológica familiar” cobra forma con la nueva dinámica de las relaciones con el bebé. Pierde relevancia cuando la regresión a los niveles arcaicos de la psique familiar da paso a un conflicto más secundario. Estos procesos se ilustran mediante observaciones del trabajo de contención realizado por una persona en formación, según el enfoque psicoanalítico de Esther Bick, para observar al bebé en su familia. Tres ejemplos demuestran la importancia crucial del trabajo de atención, especialmente durante las primeras semanas tras el nacimiento. Durante este período, el cuidado depende de este trabajo. La sensibilidad de las envolturas familiares es extrema; los dispositivos priorizan la disponibilidad y la oferta de contenido, con equipos interdisciplinarios y la adaptación al contexto social.

 

Palabras clave: nacimiento, transmisión, cuna psíquica familiar, trabajo de atención, envolturas, oferta de contención.


La vie et la mort autour de la naissance. Appareillage familial du berceau psychique et travail de l’attention

Les pratiques en psychanalyse familiale périnatale font face à des enjeux de vie et de mort autour du bébé. Le bouleversement incommensurable que vit le nouveau-né concerne aussi l’identité de l’ensemble des sujets qui l’accueillent ou ont des liens avec lui. L’appareillage psychique familial se modifie suite au rassemblement nécessaire des attentions autour du bébé et de la contenance des enjeux pulsionnels et des souffrances primitives qui en découlent. Ce “berceau psychique familial” prend forme avec la nouvelle dynamique des relations avec le bébé. Il perd de sa pertinence quand la régression aux niveaux très archaïques de la psyché familiale laisse place à une conflictualité plus secondarisée. Ces processus sont illustrés par des observations issues du travail de contenance que réalise une personne en formation selon l’approche psychanalytique de l’observation du bébé dans sa famille selon Esther Bick. Trois exemples montrent l’importance cruciale du travail de l’attention, notamment lors des premières semaines après la naissance. Durant cette période, les soins dépendent de ce travail. La sensibilité des enveloppes familiales est extrême, les dispositifs privilégient disponibilité et offre de contenance, avec des équipes interdisciplinaires et une adaptation au contexte social.

Mots-clés: naissance, transmission, berceau psychique familial, travail de l’attention, enveloppes, offre de contenance.


Life and death about birth, family. Fittings of the psychic cradle and the work of attention

Perinatal family psychoanalysis practices address the life and death issues about the baby. The immeasurable upheaval experienced by the newborn also affects the identity of all those who welcome or have ties to the baby. The family’s psychological apparatus changes following the necessary gathering of attention around the baby and the containment of the drive issues and primitive suffering that result from it. This “family psychological cradle” takes shape with the new dynamics of relationships with the baby. It loses its relevance when regression to the very archaic levels of the family psyche gives way to a more secondary conflicts. These processes are illustrated by observations from the containing work carried out by a person in training according to Esther Bick’s psychoanalytic approach to observing the baby in his or her family. Three examples demonstrate the crucial importance of the work of attention, particularly during the first weeks after birth. During this period, care depends on this work. The sensitivity of family envelopes is extreme, the devices prioritize the availability and supply of content, with interdisciplinary teams and adaptation to the social context.

Keywords: birth, transmission, family psychic cradle, attention work, envelopes, containment offer


ARTÍCULO

La vie et la mort autour de la naissance.

Appareillage familial du berceau psychique et travail de l’attention

Denis Mellier*

[Reçu: 15 août 2025accepté: 23 septembre 2025]
DOI: https://doi.org/10.69093/AIPCF.2025.33.08
This is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License (CC BY).

Les enjeux de la transmission autour de l’arrivée d’un bébé sont au maximum, la naissance réactivant toutes les problématiques de vie et de mort dans les familles concernées et pour chaque membre de celles-ci. Le mort d’un bébé in utero, le décès de la mère, la découverte d’une malformation, des suspicions de handicap, des accouchements traumatiques, des débuts d’allaitement difficiles, tous ces évènements majeurs, dramatiques, mais aussi ceux mineurs, passagers, voire sans conséquences ultérieures, alimentent les inquiétudes, les peurs, voire la hantise des parents (Darchis, 2016). Ces peurs dans la transmission perdurent d’autant qu’il y a toujours un risque létal pour toute parturiente et son bébé. Les raisons des décès ne sont pas toutes médicales, les suicides représentent actuellement la première cause connue de décès maternels en période périnatale dans les pays occidentaux (Doncarli et coll., 2023).

Bien sûr, les “liens d’émerveillement” (Lacroix, Monmayrant, 1999), propres à cette période de la “surestimation” du narcissisme, sont profondément ancrés dans la transmission. “On savait que notre bébé serait le plus beau, mais il est objectivement le plus beau”, dit une mère, trois jours après sa naissance. En étudiant le narcissisme, Freud l’avait bien noté: His Majesty the baby, «L’enfant aura la vie meilleure que ses parents, il ne sera pas soumis aux nécessités dont on a fait l’expérience qu’elles dominaient la vie» (Freud, 1914, p. 96). C’est un formidable souffle d’idéalité qui alimente la “croyance” nécessaire en l’immortalité du bébé, son inscription dans la destinée humaine, sa nomination, très précoce dans nos cultures, le “modelage” de son corps dans d’autres cultures, son “adoption” comme “fait de la même pâte” que nous. En présence du nouveau-né se construit un “miroir familial” (Cuynet, 1999), des bases identificatoires qui permettent au bébé d’être en lien, de se construire, de s’engager dans des processus de subjectivation de son existence (organisation pulsionnelle, stade, etc.).

Nous ne pouvons cependant pas ignorer que ce “narcissisme de vie” admet un envers, voire s’est construit avec son avers, notre condition de mortel. La naissance d’un bébé nous rappelle, plus que tout, cette condition. La peur de la mort a été conjurée dans toutes les cultures, dans toutes les religions, par des rites qui rassemblent la communauté proche du “naissant”.

Les études épidémiologiques sur la réalité des problèmes de santé mentale des mères ne doivent pas occulter à quel point il s’agit de problèmes familiaux. En périnatalité, c’est la mère qui “porte le chapeau” de la pathologie. Les études regorgent de protocoles pour repérer, par exemple, le symptôme de la dépression du post-partum maternel. A-t-on étudié aussi combien de pères sont partis lors de cette période? Combien de féminicides? Combien de maltraitance ou d’enfants plus banalement en échec scolaire dans la fratrie durant cette période? Il faudrait ici envisager l’ensemble de la famille, toute la focale des personnes concernées par la naissance. D’ailleurs, si l’on regarde les causes avancées par l’étude épidémiologique précédemment citée, nous constatons que certaines relèvent de la situation de la mère et de son entourage. Comment peut-elle “porter” l’enfant si elle est seule? Nous ne pouvons que reprendre ce proverbe africain souvent cité, mais si vrai: “Il faut tout un village pour faire un enfant.”

Le “narcissisme de vie” qui porte l’enfant est celui des parents, partagé par tout un groupe, les familles concernées, mais aussi toute une communauté, dont nous faisons partie en tant que soignants. Il prend la forme d’un “contrat narcissique”, selon Aulagnier, qui peut être envisagé au niveau institutionnel (Kaës, 1993) et familial (Aubertel, 2023) et qui soutient l’attente du bébé, lui assigne une place au sein de la famille et l’inscrit dans la filiation et dans sa culture. Il se double aussi de pactes dénégatifs qui maintiennent sous les liens les effets délétères d’un narcissisme de mort que des traumatismes passés ou des désirs interdits alimentent. Ces formations psychiques mises au travail autour du bébé peuvent se comprendre comme résultant d’un même appareillage des psychés avec le bébé, le tissage d’un “berceau psychique familial”.

Un berceau psychique familial entre exigences pulsionnelles et travail de l’attention

Cette transformation de l’appareillage psychique familial en “berceau psychique familial” implique le rassemblement des attentions autour du bébé et la contenance des enjeux pulsionnels qui, ensuite, se cristallisent dans la famille. Il perd de sa pertinence quand la régression aux niveaux très archaïques de la psyché familiale laisse la place à une conflictualité plus secondarisée.

Le devenir bébé a été paradoxalement étudié indépendamment, le plus souvent, des butées et réalisations du travail psychique de ses parents et de sa famille. Indiquer qu’il est “en interaction” avec ses parents, c’est réduire à peu de frais toute la complexité de cette situation. Seule l’hypothèse avancée par Ruffiot d’un appareil psychique familial (1981) suite aux travaux de René Kaës permet d’envisager la complexité des liens et des relations qui se tissent entre ces sujets ainsi rassemblés. Ceci est maintenant bien connu. Cependant, quand un nouvel être vient au monde, cet appareillage se transforme, prend une autre forme, spécifique, que l’on gagne à spécifier comme un “berceau psychique familial”.

Cette idée avancée par Francine André-Fustier et Aubertel (1997) permet d’envisager avec plus de précisions et de réalisme ce qui se passe durant cette période pour les parents, leurs familles et le bébé. Elle n’est pas une simple métaphore, pour qui travaille dans la petite enfance, elle matérialise les voies d’entrée, les résistances et les possibilités de changement durant cette période.

L’attention au bébé appelle de multiples régressions pour se situer au niveau de son accueil. Cet appel de “l’archaïque” risquant de fragiliser l’ensemble de la famille, de nouvelles ressources sont mobilisées pour garantir une stabilité de celle-ci et assurer de nouvelles défenses. Cet état transitoire évolue au fur et à mesure que l’enfant prend sa place dans la famille et entre dans des modes de communication plus secondarisés. Il est à nouveau réactivé lors d’une nouvelle naissance, mais aussi lorsqu’un membre de la famille devient très dépendant des autres. Il peut aussi se maintenir quand l’enfant est devenu “insuffisamment bon” (André-Fustier, 2011). Les souffrances primitives ne sont pas élaborées, symbiose pathologique et défenses primitives caractérisent la famille.

La fonction de l’attention

Geneviève Haag, Didier Houzel et Bernard Golse (Houzel, 2005; Golse, 2022) ont montré toute l’importance de l’attention accordée au bébé pour envisager sa croissance. Bion (1962, 1970) a fondé sa conceptualisation théorique sur l’attention. Elle prend la forme de la fonction alpha dans sa conceptualisation de 1962 puis d’une Attention (avec un A majuscule) dans sa conceptualisation de 1970. Sa métapsychologie provient d’une tentative de penser les traumatismes les plus précoces, les plus archaïques, là où le sujet ne peut avoir d’affects sans le risque d’être complètement submergé par ceux-ci. Le travail de lien résulte d’un processus de penser à partir d’un fond pulsionnel qu’il envisage comme une oscillation entre deux polarités: dispersion ou fragmentation (pôle schizoparanoïde, SP) et rassemblement et intégration (pôle dépressif, D). Le lien constitue la partie cognitive (connaissance) de ce qui relie pulsionnellement sujet et objet. Dans la définition du travail du lien (Joubert, 2004; Jaïtin, 2018), nous soulignerons l’intérêt de cette conception qui met sur le devant de la scène la fonction dynamique de l’attention.

Seul un travail de l’attention peut arriver à créer des liens entre le bébé et ses proches. Ces liens pourront se densifier, se solidifier, s’enchevêtrer pour constituer les enveloppes du bébé (Mellier, 2023) inscrits dans enjeux relationnels propres à l’attachement ou aux différents stades classiquement décrits de l’oralité et de l’analité. Ce travail de lien constitue, en quelque sorte, la chaire de l’appareillage psychique familial autour du berceau. Il va rendre possible un travail de liaison entre le présent des situations et le passé, voire le passif, de celles-ci et des sujets impliqués. Il permet de réaliser une extension de l’enveloppe familiale. En effet, dans le même temps où le bébé crée son propre espace psychique et ses propres enveloppes, ses parents, sa fratrie éventuelle, ses grands-parents, réaménagent leurs propres Soi, leurs propres enveloppes. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’ensemble familial qui doit réajuster ses enveloppes (Loncan, 2022).

Il s’agit ainsi d’un travail psychique particulier, temporaire. Il prend sa source dans les projets même de la conception du bébé au sein même de différentes problématiques familiales et il est amené à se diluer au sein de cet appareil psychique lorsque l’enfant acquiert une place suffisamment identifiée au sein de sa famille. Il repose par contre sur un tissage de liens autour et avec le bébé, grâce à sa présence. Il va permettre de réaliser une nouvelle composition de cette famille et de tisser ses nouvelles enveloppes. La famille a changé de forme, elle s’est métamorphosée.

Évolutions et dynamiques du berceau psychique familial

Différents temps ponctuent l’élaboration de ce berceau familial (Mellier, 2015), de ses premières mises en forme à son effacement dans l’ensemble familial.

  1. Une première forme du berceau familial naît avec l’idée de l’enfant, de sa conception, de sa naissance et de sa première identification. La transparence psychique et la préoccupation maternelle primaire, le “bonding” avec la naissance de l’attachement, l’existence de dénis de grossesse, d’une psychose puerpérale, les risques de dépression du post-partum, sont autant de phénomènes qui montrent comment les psychés autour du bébé sont transformées, parfois violemment. Les sociétés traditionnelles, d’ailleurs, “encadrent” cette période de multiples rites comme si, sans cette “institutionnalisation”, sans cette attention collective régulée avec ses différentes parts d’interdit, la mère et les “parents” ne pouvaient faire face seuls à une si nouvelle expérience, unique.
    Le bébé in utero – puis le nouveau-né – se trouve de facto au centre de tensions intenses entre dispersion et rassemblement. Il réactive tout le passé de chacun et des familles, toutes les attentes et les peurs du groupe. Les risques objectifs de mortalité sont prévalents durant cette période. On pourrait dire que le groupe “respire” et parle avec le bébé en suivant ses moindres attitudes, expressions, mouvements, marques, états et caractéristiques physiques, etc. Les peurs, les sentiments d’étrangeté et d’émerveillement alternent chez chacun et sont diffractés dans toute la communauté qui “porte” la naissance.
  2. La dynamique relationnelle de ce berceau psychique est initiée avec les premières identifications du bébé: identifié par les différents membres de la famille, il s’identifie aussi à ses proches. S’il “capte” l’attention de chacun, il intériorise celle-ci lors de ses “premières peaux psychiques” et en retour “reconnaît” ses proches. Les “pro-conversations”, puis “l’accordage affectif” et “l’enveloppe narrative”, ainsi que les interactions “fantasmatiques, comportementales et affectives” sont autant de concepts qui ont objectivé, films à l’appui, la “consistance” de ces liens du bébé avec son entourage et réciproquement. Nous pouvons ajouter que c’est le développement de l’auto-érotisme chez le bébé (Blanchard, Decherf, 2009) qui signe une autre stabilisation de l’organisation familiale.
    Le premier fonctionnement psychique familial du berceau consistait surtout à rassembler, à attirer, autour du bébé, les désirs et l’attention des personnes de son groupe d’appartenance. Nous voyons ici que le berceau psychique familial acquiert une certaine solidité, une forme repérable propre à un fonctionnement psychique qui s’est consolidé par des processus d’investissement et d’identifications mutuelles. La forme de la “nacelle”, qui étymologiquement désigne un “petit bateau’, pourrait caractériser ce type de fonctionnement (Granjon, 2005).
    Cette consistance provient des liens pulsionnels et d’attachement qui se sont créés avec le bébé. La “séduction maternelle” décrite par Freud et reprise comme situation “anthropologique fondamentale” par Laplanche (1987) indique comment, dans le corps à corps avec le bébé, la sexualité des adultes va faire “implant” et devenir source d’énigme pour le bébé. Le père participe à ce processus quand il est directement impliqué avec son bébé (Korff-Sausse, 2012). Les interactions fantasmatiques classiquement mises en évidence témoignent en fait de cette inscription pulsionnelle du bébé. Il en résulte, côté bébé, la constitution de ses premières enveloppes, et côté parent, le sentiment d’être parent (Houzel, 1999).
    Ces nouvelles relations créées au sein de la famille sont cependant sources de nouvelles tensions. Le couplage consubstantiel aux liens d’attachement prend place dans une histoire des conflits propres aux familles mobilisées autour du bébé. De nouvelles tensions se déploient quant aux places entre la famille des parents et celles de leurs propres parents. Le sentiment “d’être parent” va de pair avec une nouvelle identité des grands-parents et des “beaux-parents”. En interne, la tension avec la fratrie éventuelle est souvent la plus visible, mais c’est la tension entre parentalité et conjugalité qui est la plus “risquée” au regard de l’existence pérenne de la cellule familiale. Le couple conjugal est mis sous tensions, tant au niveau des représentations que chacun peut avoir de l’autre (l’homme (re)trouve “une mère” dans sa conjointe, la femme un “père” dans son conjoint), qu’au niveau de la réalité des échanges qui sont pour un temps mobilisés quasi exclusivement vers le bébé. Enfin, il ne faut pas négliger les risques conjoints et opposés de renfermement ou dispersion de la cellule familiale autour du bébé, vis-à-vis du monde extérieur, notamment des professionnels.
    De même qu’existent des censures et des interdits structurants dans les enveloppes (Anzieu, 1984), cette nouvelle organisation familiale repose sur une “censure familiale” (Aubertel, 2023) qui permet d’effectuer des tris entre ce qui peut être fait ou pas, entre l’illicite et le permis, entre les places que chacun peut avoir.
  3. Ce berceau a vocation à disparaître, notamment quand l’enfant grandit et entre dans le langage. La période dite “d’opposition”, ou période du “non”, entre parent et jeune enfant est en fait une véritable “petite adolescence” qui signe l’abandon du “bébé” par le jeune enfant. En entrant dans le langage, en s’opposant au désir de ses parents, l’enfant s’approprie ce monde de l’adulte en rejetant la partie bébé en lui, celle dépendante de ses parents. Le berceau, même s’il subsiste comme modalité temporaire de régression, a vocation, comme l’objet transitionnel, à s’effacer au profit d’une nouvelle configuration familiale ou l’enfant entre de plain-pied comme membre de la famille doté de langage.
    La fragilité et la richesse des liens entre parents et bébé, bébé et parents, proviennent des possibilités qu’ils ont de se laisser traverser par des mouvements de vie tout en résistant aux mouvements mortifères des répétitions. Les points traumatiques, qui organisent inconsciemment la rencontre de toutes les psychés, pourront ainsi faire l’objet de dénis, de déplacements défensifs ou de transformations créatrices. Les “anges”, en quelque sorte, veillent sur le bébé, tout comme les “fantômes” hantent l’atmosphère du berceau (Fraiberg, 1989). Ces derniers doivent être débusqués, relégués à la cave ou au grenier, à moins qu’ils ne prennent une autre forme plus facilement visible par les sujets, et transformable.

Mise au travail de l’attention au sein du berceau psychique familial, exemples cliniques

Ces processus vont être illustrés par des observations issues du travail de contenance que réalise une personne en formation selon l’approche psychanalytique de l’observation du bébé dans sa famille selon Esther Bick (Miller, 1989; Briggs, 2002; Sternberg, 2005). En allant régulièrement au domicile auprès d’un bébé qui vient de naître dans sa famille, le participant à cette formation met au travail sa propre attention confrontée à celles de cette famille accueillant ce bébé. Il reçoit ainsi à son insu des anxiétés ou éléments bruts (Granjon,1987) présents dans les liens entre le nouveau-né et son environnement psychique. Il doit alors les percevoir, les contenir et les transformer. Il travaille sur ses propres projections et capacités psychiques de réception de ce qui se transfère alors sur lui. Les observations qu’il rédige sont une aide pour qu’il puisse ensuite mettre au travail, dans un groupe analytique, sa propre position au sein de la famille. L’objectif n’est pas ici d’intervenir activement dans la famille, mais de s’associer à l’attention qui est très normalement développée autour du bébé.

Dans cette démarche qui fut mise en place à Londres à partir de 1948, on retrouve la conception de M. Klein sur “les origines du transfert” (1951): c’est la totalité des situations infantiles précoces qui continue à se vivre dans l’analyse. À domicile, l’attention et la pensée du participant sont ainsi souvent prises par “l’immédiateté” de certains vécus bruts. E. Bick notait à propos de l’observateur: «Il a à permettre à certaines choses d’arriver et résister à d’autres. Plutôt que de se faire activement une place dans la famille, additionnant sa propre personnalité à l’organisation de celle-ci, il doit laisser les parents, particulièrement la mère, l’ajuster dans la maisonnée, à sa manière à elle» (1964, p. 16). Cette position est toujours à rechercher au sein même de la famille. Elle insistait sur le fait que l’identité de chaque membre change avec un nouveau-né: «Dans mon travail, j’ai essayé de repérer les processus les plus primitifs qui maintiennent ensemble le moi-corps infantile, la manière dont ils sont articulés par la mère-et-le-bébé-dans-leur-famille, dans le but de montrer l’étape nécessaire pour le mécanisme de la projection, de l’introjection, du clivage et de l’idéalisation» (1986, p. 299). Si cette démarche est très loin d’une intervention interprétative dans la famille, comme la TFP, elle touche par contre très directement les tensions et le climat émotionnel propre à celle-ci, sa fonction contenante.

La méthodologie propre à cette formation psychanalytique[1] soutient le travail psychique de contenance des anxiétés et des affects liés aux peurs et à la transmission psychique de la vie. Ces temps différents ont un effet démultiplicateur sur l’attention, ils permettent de redonner du “jeu” au processus associatif de pensée dans le groupe familial avec le bébé.

Nous proposons trois exemples[2] (Mellier, 2015) pour illustrer comment le difficile travail de l’attention de l’observateur doit s’ajuster à l’attention au travail dans les enjeux familiaux autour du bébé. Il doit, dans chaque cas, conquérir une capacité de rêverie face à des tensions ou des anxiétés primitives entraînées par des enjeux complètement inconnus de la transmission. Dans le cadre de cet article, nous ne citerons que de très brefs extraits. Par ailleurs, la dynamique mise ici en lumière résulte d’une interprétation “après coup” de processus longs et complexes. Elle témoigne, à notre avis, de l’extrême variabilité “normale” de cette peur de la transmission qui traverse tout le champ de la périnatalité et de la petite enfance. Notons, dans ces exemples, l’importance cruciale de l’émergence du berceau psychique familial lors des premières semaines après la naissance.

Un berceau sous l’impact de l’étrangeté du bébé

Dans cette famille, dès sa première venue au domicile quand le bébé a 3 semaines, l’observatrice doit faire un énorme travail pour “contenir” les impacts de ses ressentis.

Tout se passe comme si la mère avait de la peine à réaliser la naissance de ce bébé: “La maman scrute régulièrement le visage de Laurent, l’air tour à tour perplexe, surpris ou attendri”, à d’autres moments elle déclare “son grand amour” pour lui. Son accouchement a été très difficile, elle en garde des images horribles: “elle s’est sentie torturée par soignants, qui lui faisaient des piqûres, la laissaient seule de longues heures, voulaient la transfuser, lui injectaient des grosses seringues de liquide noir (du fer)…”, “la nuit qui a précédé son accouchement, elle a entendu plein de femmes qui hurlaient et criaient, cela l’a terrorisée”. Lors de cette évocation, l’observatrice note que le bébé lève brusquement les mains en l’air. Puis la mère est prise par une série d’interrogations sur la transmission et ses capacités:

“Sa maman me parle alors du fait que le bébé est roux, elle ne comprend pas, son mari, lui, était blond et ensuite seulement roux. Puis elle revient sur les maux de ventre du bébé, en mentionnant qu’elle et son mari ne supportent pas le lait. Que chez son mari, c’est de famille puisque le père et le grand-père ne supportaient pas le lait mais les filles, oui. Chez elle, elle est la seule à avoir ce problème, elle ne comprend pas, se sent à part.”

Sur la fin de sa visite: “Elle dit qu’il se griffe le visage quand il tète au sein mais pas au biberon. Suit un silence…”. Pour terminer, elle dit qu’elle a perdu son temps (en parlant) et qu’elle aurait dû faire une lessive. Elle fait ainsi vivre à l’observatrice l’idée qu’elle ne devrait pas être là. Pendant plusieurs semaines, ces griffures persistent et focalisent l’expression des peurs de la mère. En disant qu’elle a arrêté de lui donner le sein, elle indiquera: “C’était trop d’excitation pour lui, il me mordait, me griffait, se griffait.”

Le rassemblement des attentions pour construire un “berceau psychique” a été la source de profondes inquiétudes. Après son accouchement, la mère a dû rester hospitalisée durant plus de deux semaines, et c’est sa mère et sa belle-mère qui se sont relayées auprès du bébé. Durant les premières semaines, ne voyant pas le père au domicile, nous pensions au début qu’il était absent, mais nous apprendrons plus tard qu’il était bien là, mais qu’il restait dans une autre partie de la maison, vraisemblablement pour que sa conjointe “profite” de la présence de l’observatrice.

Le sentiment d’étrangeté que suscite le bébé autour de lui se retrouve dans de multiples cultures (Mellier, Pitrou, 2025). Le bébé est un “un étranger à demeure”, selon l’heureuse expression d’Anne Aubert-Godard (1998). Dans cette famille, les enjeux de vie et de mort à sa naissance ont pu réveiller l’idée que le bébé aurait pu vouloir la tuer. Bergeret (1984) avait avancé l’idée d’une violence fondamentale, il pourrait prendre la vie de sa mère, et vice versa: “ou lui, ou moi”, tel serait l’enjeu.

Durant les premières semaines, la mère est restée dans une extrême retenue affective par rapport à son bébé, en regardant par exemple Les feux de l’amour à la télévision quand l’observatrice était présente. L’allaitement, la force pulsionnelle que le bébé déploie, le plaisir qui est le sien, renvoient l’adulte à son organisation pulsionnelle infantile, à un temps où la différenciation sujet-objet n’était pas acquise, où le plaisir était illimité, et le refoulement inopérant. Le bébé est une source pulsionnelle excitante, débordante, dangereuse. Des contre-investissements phobiques se sont mis en place. Pendant plusieurs mois, la mère ne pouvait envisager d’aller seule dehors le promener en poussette.

Une véritable dynamique pulsionnelle au sein de ce berceau s’est cependant constituée. Une des prémices est perceptible quand Laurent vient d’avoir deux mois. La mère peut accéder à la relation entre lui et elle où le fantasme est possible: “on dirait qu’il me dévore”, note-t-elle. La semaine suivante, une certaine joute se fait jour, elle peut alors “jouer” de son fantasme, sans danger pour le bébé, ou pour elle-même: “Hum, je te mangerais, tu sais, un jour je ne préparerai pas ton bib et je te mangerai.” Les griffures sont encore là, avec leurs charges anxieuses, mais sa place maternelle comme objet et sujet d’un désir libidinal pour son bébé (et non plus seulement comme objet mortifère) est assumée. Le père du bébé a été ensuite très présent lors des temps de visite, et c’est lui qui a manifesté le plus d’appréhension quand l’enfant a été, vers ses deux ans, en garderie. Bien sûr, des tensions ont pu surgir au sein du couple, avec les grands-parents et dans la famille élargie, mais elles ont pris une place modérée (au regard de ce nous avons perçu quant au tissage de l’attention avec l’enfant).

Un berceau avec les fantômes du passé

Dans cette famille nombreuse, l’observatrice a beaucoup de peine dans les premiers mois à rester “éveillée”, elle semble régulièrement accablée par ce qu’elle vit. Alors qu’elle donne beaucoup de son temps pour aller chez cette famille, elle reste souvent pétrie de culpabilité, rapportant une atmosphère lourde, diffuse, où les identités des uns et des autres semblent “flotter”. La mère, par exemple, la laisse seule devant son bébé (Simon), et part ainsi vaquer à différentes occupations dans la maison, mais elle ressurgit parfois à l’improviste, et semble bien entendre tous les petits bruits que peut faire son bébé (respiration, pets, etc.). Le père, bien qu’en arrêt de travail, reste “enfermé” dans sa chambre lors de ses visites. Seule la plus petite sœur “occupe” toute la place en sollicitant beaucoup l’observatrice.

À côté de moments très vivants, l’analyse après coup des observations montre l’existence de légers signes de retrait chez le bébé. L’observatrice va devoir “résister” et prendre petit à petit conscience de ces signes. Alors que c’est un bébé très vivant, il a parfois, les premiers mois, un regard absent, fixé sur un point ou flottant. Quand il a presque 4 mois, la mère parle alors d’un événement dramatique. Elle explique à l’observatrice qu’elle a mis “le doigt sur quelque chose qui n’allait pas” entre elle et son bébé: “Un jour, je me suis effondrée et j’ai vidé mon sac” (lors d’une consultation en PMI[3]). Quand elle était enceinte, elle était très proche d’une amie qui a perdu son bébé à la naissance: “Ça été très, très, dur, j’ai eu des pensées terribles, des pensées qui peuvent paraître insensées et pourtant ! (silence) J’ai pensé qu’il fallait que je donne mon bébé à cette femme, moi qui en avais déjà.” “C’était injuste.” Elle ajoute plus loin: “Il y avait quelque chose de coincé mais maintenant ça va mieux.”

Cette confidence a aidé l’observatrice à partager toute la douleur qu’elle sentait présente chez cette mère. Simon a continué à être souvent malade mais, vers 6 mois, il s’est montré plus vivant et actif, voire réactif. Simon est ensuite devenu un petit garçon très dynamique, éveillé et plein d’ingéniosité, comme ses derniers jeux à 2 ans l’indiquent.

Nous pouvons penser que nous étions en présence d’une sorte de “fantôme” qui habitait aussi le berceau familial. La présence de ce bébé mort “hantait” la tête de la mère (en lien également avec d’autres sentiments de culpabilité dont nous n’avons pu que faire l’hypothèse). Elle ne peut voir son fils sans cette ombre. Les mouvements fugitifs de retraits du bébé correspondraient aux tentatives qu’il faisait pour “s’auto-contenir”, “se fixer”, s’accrocher au cadre matériel qui est le sien (des identifications adhésives). Cette mère a traversé un épisode dépressif, qui a pu passer inaperçu dans l’entourage, car elle est très active avec ses autres enfants et, au-delà, dans sa vie associative. Les parents ont également pris conscience de problèmes, notamment scolaires chez les aînés.

Au sein de ce berceau familial, cette méthodologie a permis de sentir l’impact d’enjeux d’origine transgénérationnelle. Elle n’a pas eu vocation à les explorer comme lors d’une thérapie, mais elle a pu soutenir un travail d’attention où chacun autour du bébé (re)constitue son propre espace psychique.

Un berceau qui risque de se maintenir à 2 ans

Dans cette famille, l’observatrice rencontre un très grand contraste entre les deux parents. Cette situation perdure jusqu’à la deuxième année du bébé (John).

Lors de sa première visite à domicile, la mère n’est pas là, mais l’observatrice rencontre un père très attentif au bébé. Elle partage avec lui des moments très apaisés lors de la tétée, à tel point qu’elle note ce qu’elle ressent: “John tète deux, trois fois, puis s’arrête, la tétine dans la bouche, il regarde, il me paraît extrêmement éveillé et présent. Il reprend la tétée, s’arrête, son regard circule. Monsieur le regarde en silence. Il y a comme un grand apaisement. Il semble qu’à partir de ce moment le temps est suspendu. Il tète tout doucement. À un moment, monsieur lui dit: ‘coucou’, puis se tait à nouveau. Je me sens m’engourdir de sommeil, et regarde Monsieur, me demandant si lui aussi s’endort.”

Le ressenti est tout autre avec la mère. Dès la maternité, à une remarque de l’observatrice (“c’est un beau garçon”), la mère acquiesce puis elle ajoute qu’“il est déjà été bien coquin, qu’il lui en a fait voir”. Lors de la seconde visite au domicile, la mère parle de la peur de son “héritage”, aussi bien du côté de sa famille, de sa mère ou de son père sur qui “elle ne peut pas compter”, que du côté de sa belle-famille: “sa belle-mère est terrifiée à l’idée porter un tout-petit”. Avec son bébé, ses comportements sont parfois quasi opératoires; elle se défend beaucoup de se laisser aller à ses émois avec lui et s’agrippe à des gestes techniques. La reprise du travail va amplifier cette rigidité. Elle a un comportement compulsif au moment de la toilette quand elle lui nettoie les narines avec du sérum physiologique. L’observatrice va transmettre, lors du séminaire, des scènes très dures et répétitives, où l’on voit John se raidir, devenir tout rouge, puis éclater en rage. La mère aura une difficulté à penser l’attachement de la nounou à son bébé et reportera sur la crèche “tout ce qui ne va pas”.

Un berceau psychique se construit dans ce contexte. La mère a exprimé dès le départ son besoin d’aide et l’observatrice se trouve ainsi de plain-pied identifiée à une sorte de marraine protectrice qui va pouvoir écarter les peurs autour du bébé. Cette idéalisation va la mettre à une place très proche de la mère, ce qui, au début, lui facilitera l’accès au bébé et à ses états dépressifs, mais lui rendra ensuite plus difficile une prise de distance nécessaire pour garder une position réceptive et contenante.

Le rassemblement des attentions se produit, mais la dynamique de ce berceau reste imprégnée d’un risque de rupture que l’on peut percevoir dans les temps où il devrait prendre moins de place avec les deux ans de l’enfant.

Cet enfant va très tôt mobiliser son opposition à tout ce qui apparaît pour lui comme interdit. Un extrait a 14 mois:

“Il vient vers moi avec la boîte, il se met debout contre mes genoux, me montre la boîte, je dis: ‘tu as trouvé une boîte’. Sa maman arrive à ce moment-là, elle dit en regardant John et la boîte: ‘Papa ne serait pas content !’ Je dis: ‘ah’ d’un air ennuyé. John jette la boîte, sa maman se fâche tout de suite, lui dit de la ramasser, qu’on ne jette pas, elle lui dit en le disputant: ‘ramasse la boîte et, va la ranger !’ Elle le répète plusieurs fois. John s’est couché par terre en pleurant de colère, tape avec les pieds. Elle le prend par la main pour qu’il range la boîte.”

Ces confrontations à propos de l’obéissance sont très nombreuses avec ses deux ans mais ceci s’amenuisera, la mère “apprenant” à prendre du plaisir avec lui autour des livres, mais on peut voir ici comment le phénomène de “l’enfant tyrannique” se trouve enclenché. Par son attitude, l’enfant garde une proximité de corps à corps avec son entourage, alors que son accès à la parole pourrait lui permettre de se différencier d’eux. L’enfant “chef de famille” (Marcelli, 2003) ou, dans un cas plus extrême, le tyran “qui pousse à bout” (Ciccone, 2003) peuvent être approchés du côté des enveloppes qui n’arrivent pas à se différencier durant cette période. Cette persistance d’une problématique des failles dans les premières enveloppes gagnerait à être considérée à côté des enjeux proprement d’autorité présents à cet âge.

Dispositifs et travail psychique “au présent” avec la famille

Le travail des soignants prend de facto place, ou pas, dans les dynamiques de la spécificité de cet appareillage familial. Quand l’enfant a 3 ans, la proposition d’un TFP peut d’autant plus faire sens pour les parents que l’enfant, par son symptôme, tente de se différencier d’eux, et réciproquement. Quand il est plus jeune, le soignant fait face à la sensibilité extrême des enveloppes familiales qui oscillent entre une très grande porosité et des fermetures imprévisibles. Il faut souvent passer par de multiples relais, de confiance, pour entreprendre et développer un soin directement psychique, à proprement parler. Cependant, la prise en compte du rôle fondamental que joue le travail de l’attention dans le berceau psychique familial permet actuellement de proposer, selon les cas, des soins gradués et coordonnés (Mellier, 2019).

Dans l’immédiateté des attentes des parents et des questions sur le bébé, l’urgence est celle de l’attention à tout ce qui peut permettre de contenir, porter, alimenter et trouver des supports pour répondre aux besoins de ce nouvel être qui vient au monde. Quand les traumatismes passés se réactualisent autour du bébé, l’important c’est, paradoxalement, “le présent”: faire face aux possibilités de nouveaux liens que le bébé permet de créer. Les dispositifs de soin portent la marque de cette nécessité de faire étayage avec la famille. Ils impliquent de “faire équipe” autour d’elle et du bébé, pour répondre aux différents besoins matériels, somatiques et psychiques, souvent très entremêlés les uns aux autres. La demande de soin vient généralement de l’offre de cet étai, chaque famille pensant résoudre “par elle-même” les questions.

Pour contrer les enjeux de la transmission négative, un travail psychique, commun et partagé, est ainsi nécessaire. C’est souvent dans l’après-coup que ce travail apparaît comme le premier temps de la reconnaissance de traumas propres à la transmission. Les dispositifs autour des bébés et des parents soutiennent ainsi les enjeux du “contrat narcissique” avec le bébé et sa famille. Les soignants amènent leurs disponibilités, leurs connaissances ou leurs expériences comme un “renfort” de celles de la famille. Les dispositifs peuvent être surtout envisagés comme une offre de contenance à ces parents. Pour cela, il est nécessaire, dans un premier temps, de pouvoir s’appuyer sur des équipes interdisciplinaires et de s’adapter au contexte social des familles, ce dont nous n’avons pas toujours conscience.

Une offre de soin

Ces dispositifs peuvent ainsi apparaître à l’opposé de ce qui est classiquement appelé “dispositif thérapeutique de consultation”. En effet, l’offre de soin implique les soignants, affectivement. La présence du désir des soignants est ici extrêmement importante pour permettre aux parents de déposer leurs souffrances. Des enjeux pulsionnels existent entre le bébé, sa mère, sa famille et avec les personnes avec qui nous travaillons. Parfois, c’est le soignant qui va tirer “la sonnette d’alarme”. C’est lui qui va être inquiet par rapport à une mère, par rapport à un bébé qui ne pleure même pas. En se faisant “signal d’alarme” pour le bébé, il porte une saine inquiétude. Certaines situations familiales traumatiques font qu’il y a une sorte de paralysie, ou de crise, entre les personnes, l’expression d’une inquiétude réaliste pour le bébé ne devient plus possible.

Un autre aspect caractéristique de cette offre de soin c’est la dimension “d’aller vers”. Ceci est mieux perçu actuellement; on va au-devant des personnes, on met en place quelque chose, on se déplace, on n’attend pas que la situation empire. La pratique, par exemple, des visites à domicile s’est développée, mais aussi la venue d’un professionnel d’une institution dans une autre institution (entre la PMI, la psychiatrie adulte et la pédopsychiatrie, entre différents services hospitaliers, avec les lieux d’accueil, l’Aide Sociale à l’Enfance, etc.). Cela suppose un étayage solide des soignants pour qu’ils aient en tête la complexité des problématiques familiales.

Un travail pluridisciplinaire et en réseau

Le réseau soutient l’étayage multiple dont ont besoin les parents et leur bébé. La pluridisciplinarité est, par essence, présente parce qu’il n’y a pas, du point de vue du parent, de distinction initiale claire dans les possibles besoins ou demandes: est-ce que c’est psychologique, est-ce que c’est social, médical ou éducatif? Bien souvent, ces aspects sont tellement intriqués que les différences ne peuvent se construire qu’après coup, notamment la dimension du soin psychique.

La mise en place du soin n’est pas facile. Nous avons, au niveau sociétal, en héritage un cadre institutionnel qui a organisé des tâches “en silo” mais aussi un fort courant managérial, gestionnaire et de marchandisation, qui voudrait faire “table rase” de ce “vieux monde” et “s’auto-créer” autour de problèmes très fonctionnels, coupés de leurs dimensions historiques et relationnelles. Les équipes ont ainsi à faire face à une double pression, interne quant à leur propre cadre institutionnel, externe quant à leur insertion dans des organisations gagnées par le néo-libéralisme. Le risque des plateformes est de réduire le parcours de soin à une simple modalité technique, avec un effacement de la dimension transférentielle fondamentale en périnatalité.

Un cadre sociétal

Nous ne devons pas négliger le cadre social qui permet aux parents et à leurs familles d’être plus ou moins disponibles pour leur bébé. Le congé maternité, les congés parentaux, sont un élément qui est complètement dans l’équation de la périnatalité. Quand la mère sait qu’elle va devoir reprendre le travail, comme si de rien n’était, quand son bébé aura 2 mois et demi ou 3 mois, il est évident qu’il faut s’attendre à des réactions particulières. Si les parents ont un petit peu plus de temps, une plus grande flexibilité pour leur temps de travail, ils seront dans une situation plus confortable quant aux enjeux de la séparation. Quand le bébé, de lui-même, n’a pas encore vraiment conscience de la séparation (ce qui est son cas à 10 semaines), c’est très compliqué, la séparation risque d’être vécue comme une rupture, un arrachement. Il y a alors un gros travail psychique qui est imposé à tous: parents, professionnels et enfants.

Cette situation sociétale est propre à la France et à la Belgique. Dans les pays nordiques, ou au Canada, où les congés sont plus ajustés aux familles, les femmes travaillent le plus souvent autant ou plus qu’en France et peuvent, comme les pères, beaucoup plus concilier le travail et le fait d’être avec un bébé. Cela va être le cas maintenant en Espagne. C’est une sécurité sur laquelle la théorie de l’attachement rejoint complètement la psychanalyse. Cette sécurité a une dimension sociétale.

Quand on travaille en périnatalité, on doit prendre en compte les éléments de la précarité (entendu au sens large) car ils induisent des tensions et des anxiétés au sein de la famille qui vont perdurer et risquent de se consolider. Cela implique une attention aux conditions sociales dans lesquelles sont les parents, en amont, en maternité, mais aussi à la sortie de la maternité, autour de la reprise du travail et tout au long de ces premières années où le bébé est totalement dépendant de son entourage.

La complémentarité des temps d’attention et d’interprétation

Pour qualifier ce travail, nous pourrions parler d’espace de contenance et de “dispositifs à double-détente” (Mellier, 2012). Il y a, d’une part, le temps ciblé avec les familles, avec le bébé, sur le terrain, et, d’autre part, le temps sans eux, entre professionnels, où on peut traduire en émotions notre vécu, faire des hypothèses et ranimer notre attention, voire notre désir, pour ensuite à nouveau retourner sur le terrain. Ces temps de partage sont à mon avis un pendant nécessaire à tout dispositif direct au contact des bébés et de leur famille. Il s’agit de travailler l’attention, la contenance, la parole. Ces temps permettent l’élaboration des situations et ce n’est pas toujours bien compris par les gestionnaires ou responsables administratifs. Ce sont des temps où l’on essaye de s’oxygéner, de donner/trouver du sens, d’interpréter, de penser, pour retourner sur le terrain. Nous pouvons ici nous appuyer sur le travail de Bion (1970). Il faut qu’il y ait ces temps de va-et-vient entre des dispositifs très différents, certains plus liés à l’attention directe auprès du bébé et du parent mais d’autres plus liés à la réflexion clinique, aux hypothèses de ce qui aurait pu se passer entre eux et pour nous.

En conclusion

Travailler en périnatalité, et dans la petite enfance, c’est être confronté à des enjeux très actuels de vie et de mort autour du bébé. Le bouleversement incommensurable que vit le nouveau-né concerne aussi l’identité de l’ensemble des sujets qui l’accueillent ou ont des liens avec lui. Nous avons vu que l’appareillage psychique familial se modifie pour faire face à de tels enjeux identitaires. L’appareillage des psychés doit permettre un contact avec les niveaux très archaïques de la vie psychique du bébé. Après d’autres, nous pensons qu’émerge un “berceau psychique familial”, avec le rassemblement nécessaire des attentions autour du bébé et la contenance des enjeux pulsionnels et des souffrances primitives qui en découlent. Sa forme se solidifie en quelque sorte quand les liens d’attachement deviennent plus consistants, de part et d’autre. Si elle résout certaines tensions propres à l’attente et à la venue au monde du bébé, cette nouvelle dynamique des relations avec le bébé n’est pas sans effet sur l’organisation familiale, entendue au sens large, car les familles des parents sont concernées. Ces processus ont été illustrés par des observations issues du travail de contenance que réalise une personne en formation selon l’approche psychanalytique de l’observation du bébé dans sa famille selon Esther Bick. Trois exemples montrent l’importance cruciale du travail de l’attention, notamment lors des premières semaines après la naissance. Durant cette période, les soins dépendent de ce travail. La sensibilité des enveloppes familiales est extrême, les dispositifs privilégient disponibilité et offre de contenance, avec des équipes interdisciplinaires et une adaptation au contexte social. L’attention, ainsi que son travail, est ainsi très sollicitée. Elle est constitutive du tissage des liens propres aux enveloppes psychiques. Si nous “interprétons” très vite, notamment les gestes d’un bébé, n’oublions pas que nous avons beaucoup à apprendre de lui.


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* Denis Mellier, professeur émérite de psychologie clinique et psychopathologie, Laboratoire de psychologie, UR 3188, Université Marie et Louis Pasteur; psychologue clinicien et psychothérapeute à Lyon; membre de la Société Française de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe (SFPPG) et de la Société Internationale de Psychanalyse Familiale Périnatale (SIPFP). Il a participé à la création de l’AIPCF en août 2006 à Montréal et il est co-président de la Waimh-France depuis 2016. denis.mellier7@orange.fr

[1] La richesse de cette méthodologie a alimenté, depuis plus de trente ans, une série de colloques internationaux sur la méthode d’Esther Bick et ses applications.

[2] Les exemples rapportés ici ont été rendus anonymes. Nous remercions les familles et les participants avec qui nous avons travaillé.

[3] Protection Maternelle et Infantile.

Cicatrices partagées d’un corps familial traumatique

Evelyne Cano Balcerzak*

[Reçu: 16 août 2025accepté: 23 octobre 2025]

La période périnatale peut constituer une véritable crise structurante, ouvrant un espace de réorganisation psychique indispensable à l’accueil du nouveau-né. Pendant cette phase, la famille voit diminuer ses défenses habituelles, la mettant dans un état de “transparence psychique familiale” (Bidlowski, 1991; Darchis, 2016), qui fait affleurer souvenirs d’enfance, images parentales, mais aussi parfois traumatismes non symbolisés, révélant alors la vulnérabilité primordiale du corps familial.

Il importe donc de cerner les contours d’une entité théorique encore en construction mais décisive pour notre propos: celle du corps psychique familial en périnatalité. En l’articulant à la notion de transparence psychique familiale, nous chercherons à comprendre comment les transformations corporelles et psychiques qui accompagnent la période périnatale s’inscrivent non seulement dans l’appareil psychique individuel, mais aussi dans l’appareil psychique familial, où s’entrelacent les éprouvés sensoriels, les identifications et les transmissions inconscientes.

À partir d’une vignette clinique de thérapie familiale psychanalytique conduite en CMP périnatal, cet article proposera d’éclairer la fonction du corps familial dans la réactivation et la transformation des traumatismes transgénérationnels. À travers les mouvements d’attachement, d’angoisse de séparation et de surprotection parentale – et grâce à l’introduction progressive d’un tiers thérapeutique, nous verrons comment le corps porteur de cicatrices d’un bébé vient réanimer des douleurs anciennes non symbolisées. Il mettra également en lumière la façon dont ce corps devient le lieu d’inscription du trauma familial, et comment, à l’inverse, l’espace thérapeutique, par sa plasticité, peut ouvrir un espace de subjectivation et de symbolisation.

L’article mettra aussi en évidence, au fil des séparations et des retrouvailles, comment les mouvements intertransférentiels de l’équipe reflètent et éclairent les oscillations défensives familiales entre fusion et différenciation.

Pour étayer cette démarche, nous commencerons par préciser les notions de transparence psychique familiale et de corps psychique familial en périnatalité, qui serviront de cadre conceptuel à la lecture de la vignette clinique.

Cadre théorique: transparence périnatale et corps psychique familial

En premier lieu, nous partirons de Winnicott (1945) qui a montré que le nourrisson naît dans un état de non-intégration primaire, où les expériences corporelles et psychiques demeurent fragmentées. Grâce à l’environnement maternel suffisamment bon s’amorce alors le processus d’unification du self à travers le holding – ce soutien physique et psychique qui assure la cohésion du moi corporel – le handling – maniement du corps donnant au bébé une première expérience de soi corporel différencié – et la présentation d’objet, qui relie le corps au monde externe et ouvre la voie à la symbolisation. Le corps devient alors le premier lieu de la rencontre intersubjective: c’est par la peau, le tonus, la voix ou la chaleur que la psyché s’incarne. Par la répétition de ces expériences sensori-affectives, le corps, avec ses limites et son intériorité, est ressenti par l’enfant comme le noyau de son self imaginaire (Winnicott, 1949). Ce processus fonde la continuité d’existence, condition du sentiment d’unité du self, du Moi corporel et, plus tard, de la capacité à jouer et à penser.

Or, cette intégration somatopsychique ne se construit jamais seule: elle est profondément intersubjective et familiale. Le bébé, en devenant corps psychisé, mobilise le corps et la psyché de ses parents, leur capacité à contenir les projections, à tolérer les mouvements pulsionnels et à accueillir les angoisses primitives.

Il est à noter que le groupe familial n’est pas un simple rassemblement d’individus mais un appareil psychique familial (APF – Ruffiot, 1981), entendu comme un appareil groupal primaire, structurant et contenant, au sein duquel les psychismes individuels émergent. André Ruffiot définit en effet l’APF comme une psyché pure reliant les membres d’une même famille à un niveau infraverbal dès leur plus jeune âge, avant même l’émergence du psychisme individuel. Celui-ci est enveloppé par un Moi-Peau groupal familial (Anzieu, 1993) se déployant sur trois registres: réel (territoires, rythmes, places), imaginaire (fantasmes d’une peau commune) et symbolique (signes d’appartenance, rituels). Ainsi, le Moi-peau familial, à l’image du Moi-peau individuel, constitue une peau psychique groupale, une enveloppe commune qui tient ensemble, limite et filtre les échanges psychiques de la famille.

Le corps psychique familial (Cuynet, 2010; Benghozi, 2014) rend également compte de ces dimensions: il peut être conçu comme une enveloppe groupale contenant les échanges psychiques et sensoriels de la famille; ainsi, l’intégration somatopsychique individuelle s’inscrit dans une intégration somatopsychique familiale, où circulent représentations, vécus corporels, affectifs et inconscients transmis d’une génération à l’autre; s’y nouent identifications croisées, deuils, souffrances, mais aussi ressources symbolisantes. Le corps familial peut aussi s’assimiler à une image-trame psychique (Benghozi, 2014), où se tissent projections et récits corporels, apte tant à contenir les éprouvés archaïques qu’à se saturer de non-symbolisé. Les alliances inconscientes et les conflits intergénérationnels, portés par le corps familial, peuvent agir comme médiation symbolique ou se figer en défenses cristallisées (Kaës, 2007).

En définitive, la naissance agit comme un “stade du miroir familial” où le corps du nouveau-né devient écran projectif des membres, chacun y déchiffrant les signes de ressemblance garantissant la filiation narcissique (Cuynet, 2010). À cet égard, Anne Loncan (2015) élargit la perspective en soulignant le rôle de pare-excitation joué par cette enveloppe corporelle commune face aux pulsionnels de la grossesse, de la naissance et du post-partum.

Cette mise en miroir réactive, dans la transparence psychique familiale propre à la période périnatale (Bydlowski, 1991, Darchis, 2016), des couches profondes de l’histoire familiale. L’expérience de la grossesse et de la naissance peut alors s’envisager comme un voyage psychique pendant lequel «la famille a retrouvé ses racines pour s’y relier afin de mieux s’en séparer pour construire son futur» (Darchis, 2016, p. 96). Quand tout se passe bien, ce processus s’apparente à une crise maturative, à la fois déstructurante et réorganisatrice, qui prépare le berceau psychique familial (Aubertel, 2007), indispensable à la transformation et la transmission intergénérationnelle de l’héritage psychique (Darchis, 2025). Autrement dit, la grossesse et la naissance ouvrent un espace de révélation où des traumatismes familiaux – pertes, exils, violences – peuvent revenir à la surface.

Le concept de corps psychique familial rend compte de cette dimension matricielle. Ainsi, lorsqu’il fonctionne comme un contenant symbolisant, le corps psychique familial facilite l’intégration des enjeux de filiation, d’appartenance et de différenciation chez le bébé et soutient l’émergence d’un espace psychique propre. En revanche, dans les familles marquées par des traumatismes non élaborés, il peut devenir un lieu de figuration répétitive du trauma: le nourrisson peut alors porter, dans son propre corps, les fragments somatopsychiques de sa famille, sous forme de symptômes, de conduites d’autostimulation ou de troubles relationnels.

C’est au cœur de cette tension entre ressource et impasse – accentuée par les enjeux périnataux – que s’inscrit la réflexion proposée ici. À partir du suivi d’une jeune famille confrontée à une malformation aux enjeux vitaux pour leur fille, nous interrogerons les effets du corps souffrant du bébé sur l’économie psychique familiale.

Nous faisons l’hypothèse que le corps blessé de l’enfant agit comme un révélateur de la mémoire corporelle partagée, réactivant des traces traumatiques ou mélancoliques issues de la filiation inconsciente. Dans le contexte de transparence psychique, il se pourrait que cette perméabilité s’étende à la sphère familiale tout entière, ouvrant à une véritable transparence psychique familiale, où le transgénérationnel se manifeste à travers le corps.

Par ailleurs, nous supposerons que la mise en place d’un cadre thérapeutique modulé, ajusté aux enjeux corporels et émotionnels du périnatal, peut offrir un espace transitionnel de transformation permettant l’élaboration de ces éprouvés partagés. Enfin, nous envisagerons que le corps psychique familial porteur de cicatrices, en tant qu’enveloppe commune marquée par la blessure, constitue un lieu de négociation entre attachement et séparation, où se rejouent et se transforment les alliances inconscientes et les héritages traumatiques.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la vignette clinique suivante.

Une entrée par le corps du bébé: le symptôme comme cri familial

Il s’agit du suivi thérapeutique d’une famille reçue en Centre médico-psychologique (CMP) périnatal, à la suite de la naissance de leur premier enfant, une fille. La demande initiale porte sur les troubles du sommeil et de la séparation lorsqu’elle a 10 mois.

La mère sera nommée Dolina. Le père sera nommé Tristan. Le bébé se prénommera Floriane, symbolisant un idéal lumineux, mais aussi la fragilité d’une fleur qui peut se faner à tout moment.

Dès les premières séances, Dolina et Tristan évoquent la malformation sévère dont souffre leur bébé, ayant nécessité une opération à quinze jours de vie au cours de laquelle elle a frôlé la mort. Cette intervention a été suivie de plusieurs mois d’hospitalisation en soins intensifs. “Les médecins ont dit qu’il ne fallait pas qu’elle pleure”, rapportent les parents, “car pleurer, c’était risquer la mort”. Depuis, la fillette vit dans une proximité constante avec sa mère; toute séparation déclenche une détresse panique. La seule position supportable est celle du portage: « dans les bras, elle respire. »

Mise en place d’un cadre modulé pour contenir la désorganisation

Lors des entretiens préliminaires, la désorganisation psychique familiale surgit dès que la mère évoque les premiers temps traumatiques de la vie de Floriane: Dolina se met à pleurer, le père se fige et le bébé hurle, sans possibilité d’apaisement. Une thérapie familiale psychanalytique (TFP) hebdomadaire leur est proposée, en parallèle d’une séance de psychomotricité parents-bébé, le tout au CMP périnatal.

Une stagiaire psychologue assiste aux séances de TFP en tant qu’observatrice. Elle participe activement aux temps de réflexion post-séances, en lien avec la psychomotricienne, et rédige des notes dans l’après-coup des entretiens[1].

Habituellement, le cadre de la TFP consiste à recevoir au moins deux générations d’une même famille toutes les deux semaines, voire chaque semaine en cas de souffrance intense. Ici, l’empreinte de l’injonction médicale – « ne pas faire pleurer Floriane » – demeure si forte, malgré l’amélioration de son état de santé, qu’un aménagement spécifique du cadre thérapeutique familial s’est imposé.

Recevoir temporairement les deux parents sans Floriane a été envisagé, mais l’angoisse de séparation extrême de cette famille rendait toute garde de leur enfant impossible. Les parents déclaraient d’ailleurs n’avoir personne de confiance pour s’occuper de leur bébé. Il paraissait néanmoins indispensable de créer un espace thérapeutique où l’émotion puisse s’exprimer et se dire, sans que la présence de Floriane les inhibe ou les interdise.

Un dispositif alterné est alors proposé: une semaine sur deux, toute la famille serait reçue; l’autre semaine, l’un des parents seul serait accueilli par la thérapeute familiale. Après échanges avec Dolina et Tristan – le père bénéficiant déjà d’un suivi psychothérapeutique individuel en libéral – il fut décidé que Dolina viendrait seule une semaine sur deux en TFP. Elle profiterait de la sieste de Floriane pour venir, unique moment où son absence ne déclencherait pas de crise de panique chez le bébé. Le père la garderait pendant ce temps.

Dolina devient alors la porte-parole de la famille. Elle rapporte à Tristan le contenu des séances individuelles, avec l’accord des deux parents pour que ce matériel soit progressivement repris et réintégré dans les séances en présence de toute la famille.

Ce cadre souple agit comme un pare-excitation (Kaës, 2007). Il permet à la mère de déposer ses affects sans angoisse de désintégration familiale, et au père de contenir temporairement l’enfant. L’objectif est que la parole trouve un espace où se déposer; que les émotions enkystées se transforment en représentations partageables.

Le huis clos familial: un tiers s’invite

Dans les débuts de la TFP, lorsque la mère est reçue seule, seront évoqués l’angoisse de mort pour Floriane, le déchirement des séparations liées aux hospitalisations, la colère, l’injustice de la situation d’autant qu’une épée de Damoclès plane au-dessus de la fillette. Selon les parents, à tout moment, elle pourrait décompenser somatiquement.

Lors des séances familiales, la fillette est installée sur un tapis d’éveil, au centre du dispositif, tandis que les parents et la thérapeute prennent place autour d’elle. Au moindre contact accidentel d’un objet avec son corps, par exemple lorsqu’elle se penche pour saisir un jouet, Floriane hurle aussitôt, comme si celui-ci, marquée par les interventions chirurgicales, restait le lieu d’une mémoire douloureuse encore vive. Pendant plusieurs mois, elle refusera d’ailleurs que la thérapeute familiale tente de s’approcher d’elle.

Dolina et Tristan, quant à eux, ne parviennent jamais vraiment à se détacher de Floriane. Dans leurs récits, comme dans les observations du quotidien, elle est toujours là, omniprésente, physiquement et psychiquement collée à eux, comme si toute séparation véritable leur était impossible.

L’arrivée au domicile de la tante paternelle, décrite comme une “tornade”, psychiquement instable, vient fissurer cette bulle. La grand-mère paternelle également présente, est régulièrement qualifiée de “pauvre maman de Tristan”, figure fragile et effacée venue de l’autre bout du monde, d’un pays où règne la dictature. Du grand-père paternel, en revanche, rien n’est dit, sinon qu’il est décédé. Après des tensions, Floriane contre toute attente, finit par se laisser approcher par sa tante et joue même avec elle, oubliant de pleurer lorsque sa mère quitte la pièce – pour la toute première fois. La fillette amorce alors un mouvement de séparation et, dans le même élan, commence à ramper.

Les premiers dégagements du huis clos familial s’opèrent lentement, portés également par l’élan constant de la TFP. Mère et fille commencent à fréquenter des lieux d’accueil parents-enfants, mais toujours sous une même justification: “C’est pour Floriane, parce qu’elle est contente”. Dolina, quant à elle, demeure en retrait, effacée derrière le bien-être supposé de sa fille.

À chaque séparation, même infime, ressurgit l’angoisse: et si Floriane chutait, pleurait, souffrait? Il faut la protéger, coûte que coûte. Les autres enfants sont perçus comme trop remuants; elle, si vulnérable. “Il ne faut pas qu’elle tombe”, répètent les parents, ni au parc ni en séance.

Une tension diffuse s’installe dès que Floriane bouge: il faut rester tout proche, prêt à la rattraper si elle trébuche. Et pourtant, il faut aussi la laisser faire, car la psychomotricienne le demande. D’ailleurs, la fillette refuse tout mouvement en séances de psychomotricité, révélant la vigilance anxieuse familiale à chaque tentative d’exploration corporelle initiée par la psychomotricienne. À l’inverse, Floriane explore avec plaisir en TFP, où rien ne lui est demandé: premier quatre-pattes, premiers pas, première roulade ou escalade, etc., toutes ces premières fois motrices se feront en séances familiales, comme le soulignera Tristan, signifiant ainsi l’importance pour eux de cet espace thérapeutique. Mais Floriane n’est jamais seule, toujours sous le regard d’un adulte – sa mère, son père, la thérapeute, la stagiaire.

Cette hyper-présence ne vise pas seulement la prévention du danger physique. Elle révèle, en profondeur, la manière dont les parents pensent le corps de leur fille: un corps perçu comme fragile, vulnérable, dont la solidité elle-même est incertaine, comme si l’appareil psychique familial peinait à le contenir. Une perception qui fait écho à l’histoire d’un corps familial douloureux, effracté, comme la suite du travail thérapeutique viendra progressivement le dévoiler.

Réactivation des traumas du corps familial porteur de cicatrices

Un jour, Dolina laisse soudain tomber une phrase: “Sinon, on est encore en deuil”. Ces mots surgissent presque à la dérobée, comme un aparté incongru, accompagnés d’un rire nerveux. Elle jette un coup d’œil furtif vers Tristan qui, lui, pose régulièrement son regard sur Floriane.

Le récit reprend ensuite sur un mode maniaque: on parle de Floriane, de ses découvertes, de ses jeux à la plage l’été dernier et qui ont réjoui l’assemblée. Puis, quand le discours s’essouffle, la thérapeute familiale pose doucement la question: “Qui est décédé?” Les réponses arrivent, hachées: il s’agit de la fille adolescente de la cousine de Tristan. Un instant, les regards s’entrecroisent: Tristan regarde Dolina, qui regarde Floriane. Et très vite, le registre change. On revient au jeu. La scène se recentre sur Floriane, concentrée sur sa pâte à modeler, assise à une petite table près de sa mère. Elle façonne des boules, nomme inlassablement les couleurs. “Comment?” demande la thérapeute familiale. “Ça n’allait pas très bien”, répond-on. Puis le silence s’installe. Tout le monde retourne au jeu, en riant. La tension se dissipe. Mais la perte n’est pas pensée. Elle reste en suspens, contournée. Et l’on n’y reviendra pas lors de cette séance.

En réalité, l’adolescente s’est suicidée, après plusieurs tentatives infructueuses. Il faudra deux séances avec la famille entière, puis une seule avec la mère, pour que la violence de cet acte puisse commencer à être abordée: celui d’une jeune fille dépressive avec laquelle Floriane entretenait un lien très étroit.

Lorsque Tristan évoque ce drame, son discours reste distant, presque chuchoté, comme s’il ne s’adressait qu’à la thérapeute. À mesure que les mots cherchent à se frayer un chemin, Dolina intervient, couvre la parole par des bruits ou s’adresse à Floriane pour détourner l’attention. Tout se passe comme si elle percevait le surgissement imminent d’un récit insoutenable et cherchait à le contenir par une agitation protectrice.

L’émotionnalité participative décrite par Avron (2012) se manifeste alors avec force: un mouvement rythmique et infraverbal traverse la famille, entraînant le thérapeute dans cette vague émotionnelle et sensorielle. Il est probable que cette interliaison rythmique du néo-groupe permet à la famille de maintenir une cohésion défensive; d’agir comme un écran à l’évocation de ce suicide, pour empêcher l’émergence de ce qui, dans la mémoire familiale, reste encapsulé sur plusieurs générations.

Lors de la séance suivante, lorsque Dolina vient seule, elle laisse tomber une phrase, presque anodine: « On pensait que c’était juste l’adolescence, que ça passerait. » Mais tous les adolescents ne cherchent pas à mourir. Chez Dolina, cette évidence n’est pas interrogée. Laisse-t-elle entrevoir une adolescence douloureuse qu’elle aurait elle-même traversée ? Une attaque du corps y affleure, poussée jusqu’à la mort. “Encore”, dira la mère – un mot lourd de résonances.

Cet événement surchargé d’affects vient ainsi réactiver une fois encore les strates traumatiques du corps familial porteur de cicatrices et douloureux, où la mort ne cesse de rôder en silence.

Oscillations et clivage: la dynamique défensive familiale

Il devient progressivement évident que cette famille oscille entre envie de différenciation et angoisse de démantèlement, rendant la séparation insupportable.

Depuis qu’elle marche, Floriane tourne sur elle-même lorsqu’elle est fatiguée, cherchant des sensations kinesthésiques qui l’auto-bercent. Puis, comme pour éprouver la fiabilité de l’environnement, elle se jette soudainement dans les bras de ses parents ou de la thérapeute, qui la rattrapent in extremis. Jusqu’à présent, seul le retour au sein maternel pouvait l’apaiser et l’endormir. Dans ces moments, la thérapeute familiale, investie comme figure transférentielle grand-parentale, est parfois sollicitée pour porter Floriane. Pourtant, la contenance thérapeutique ainsi offerte ne suffit pas à transformer la situation. Le moment de l’endormissement est vécu comme une séparation angoissante, sans recours à un objet transitionnel capable de soutenir la fillette dans cette épreuve.

De plus, depuis la mort de sa petite cousine paternelle, Floriane présente des auto-stimulations: elle se frotte le sexe contre l’attache centrale de sa poussette ou de sa chaise haute, à travers sa couche. Ces comportements apparaissent chaque fois qu’elle se sent « lâchée », lorsque ses parents s’occupent ailleurs ou cessent de lui parler. Chaque instant d’indisponibilité psychique parentale semble raviver un vide, vécu comme une menace de désintégration.

Pourtant, en parallèle, un mouvement opposé se déploie. Alors qu’elle ne produisait auparavant que des pleurs, Floriane s’engage désormais dans un développement langagier considéré comme attendu pour son âge. Elle poursuit également avec enthousiasme ses explorations psychomotrices en TFP. Cette émergence du langage paraît étroitement corrélée à la mise en mots progressive, par la mère notamment, des traumas familiaux jusqu’alors enkystés. Comme le souligne Roussillon (2014), le langage de l’enfant advient là où la parole parentale cesse d’être saturée par le non-symbolisé. Ce n’est donc pas seulement la fillette qui parle, mais l’ensemble du champ psychique familial qui s’ouvre à la symbolisation.

La séparation trop précoce entre Floriane et ses parents lorsqu’elle a failli mourir, la mort de la petite cousine ainsi que l’histoire traumatique supposée du côté paternel – dont la figure de la tante paternelle “tornade” semble le reflet – ont contribué à un mode de fonctionnement familial où, selon Bleger (1967), la peur de la perte et de la coupure rend la différenciation insupportable. La famille reste collée pour conjurer la menace de démantèlement. Cette oscillation entre fusion et séparation fonctionne alors comme un compromis homéostatique: maintenir la continuité du lien tout en laissant émerger, par moments, un mouvement d’individuation.

Les parents expriment parfois en séance combien les pleurs ou les prises de distance de Floriane réactivent les images du moment où elle avait failli mourir, tantôt comme un rappel du progrès accompli, tantôt comme une menace de la désintégration toujours possible.

Ce fonctionnement par oscillation s’accompagne d’un clivage qui se manifeste progressivement dans le déroulement thérapeutique. Un échange avec la psychomotricienne révèle que les parents n’évoquent les colères de Floriane qu’au sein des séances de psychomotricité. C’est là qu’ils parlent de l’intolérance à la frustration de Floriane, de ses gestes auto-agressifs et des frottements répétés. En revanche, ces éléments sont rarement abordés en TFP, ou sous une forme atténuée, banalisée. Paradoxalement, c’est en TFP que Floriane paraît la plus libre dans ses explorations psychomotrices depuis le début du suivi thérapeutique.

Cette inversion entre les espaces thérapeutiques traduit une résistance familiale et témoigne d’un clivage dans l’économie psychique familiale. Comme l’a montré Racamier (1995), le clivage peut fonctionner comme un écran défensif contre la réalité psychique lorsqu’elle devient trop menaçante. En minimisant l’expression des affects dans l’espace psychothérapeutique, et en empêchant les explorations corporelles dans l’espace psychomoteur, la famille maintient à distance des traumas encore difficilement représentables. Ce refus d’unification des perceptions et des récits renvoie à ce que Kaës (2007) nomme la défense groupale homéostatique: une tentative collective de préserver l’équilibre psychique du groupe familial en évitant tout mouvement déstabilisant.

Le clivage observé dans le fonctionnement familial se rejoue dans le contre-transfert de l’équipe. Tandis que la thérapeute familiale se sent captée par le “bébé merveilleux” que représente Floriane –, la psychomotricienne et la stagiaire psychologue éprouvent un sentiment d’exclusion. La figure de Gollum (Tolkien, 1937), évoquée par la stagiaire en pensant à Floriane, condense ces tensions: entre idéal et destructivité, lumière et obscurité. La séduction narcissique exercée par la famille apparaît comme une tentative de maintenir la cohésion groupale par une illusion de fusion, attirant certains thérapeutes dans un rôle idéalisé, tandis que d’autres reçoivent les projections des aspects archaïques et persécuteurs.

Ces positions contrastées traduisaient déjà la diffraction du transfert familial dans le champ intertransférentiel (Kaës, 2007). Au sein de l’équipe thérapeutique, un intertransfert polarisé et oscillant s’est également installé au fil des séances, à l’image du fonctionnement familial lui-même.

À certains moments, c’est la thérapeute familiale qui se trouvait en position idéalisée, notamment lorsque Floriane, libre de ses mouvements, expérimentait son corps à travers le jeu et la relation transférentielle en séance. La TFP devenait alors l’espace “réparateur”. Ce ressenti était d’autant plus fort que la thérapeute familiale avait exercé au début de sa carrière en tant que psychomotricienne. Comme la figure de Gollum, elle pouvait être celle qui peut tout. À d’autres moments, la situation s’inversait: la thérapeute familiale se sentait rejetée ou dévalorisée, tandis que la psychomotricienne occupait la place de la figure idéalisée, celle qui recueillait les colères et les débordements de Floriane, donnant ainsi forme à ce que la famille pouvait difficilement reconnaître ailleurs.

Ces mouvements intertransférentiels d’attraction et de rejet faisaient écho aux oscillations du système familial entre fusion et séparation, idéalisation et effondrement, proximité et exclusion. Le champ intertransférentiel devenait ainsi le miroir vivant du fonctionnement psychique familial, reproduisant ses clivages pour mieux les rendre pensables.

L’élaboration progressive de ces résonances au sein de l’équipe a permis de transformer l’intertransfert en outil d’interprétation. Ce travail d’analyse du champ partagé a éclairé la manière dont la famille projetait sur chacun de nous ses représentations clivées: la “bonne” et la “mauvaise” figure parentale, le dedans et le dehors, le contenant et le rejeté.

En reprenant collectivement ces mouvements, il devenait possible de soutenir un processus d’unification symbolique, où les parties dissociées de l’appareil psychique familial pouvaient se rencontrer, se penser, puis s’intégrer.

Peu à peu, les frottements et l’auto-agressivité cessent. C’est dans ce contexte d’apaisement qu’une nouvelle grossesse survient, à son tour traversée par des angoisses, des projections et des résonances profondes.

Transparence psychique familiale et mise à jour du transgénérationnel

Floriane a 22 mois. Lors d’une séance où elle est seule, Dolina annonce qu’elle est de nouveau enceinte. Cette grossesse occupe une place singulière: elle survient dans la foulée d’une bonne nouvelle médicale, celle de la guérison complète de Floriane. Cette annonce vient réinscrire symboliquement leur fille du côté de la vie, et permet aux parents de faire de nouveaux projets – jusque-là suspendus. La vie reprend, la famille peut s’agrandir, une nouvelle grossesse a été enclenchée.

Mais la joie se mêle à l’inquiétude: ce début de gestation résonne avec celle de Floriane. Là où Dolina avait pu dire, dans les premiers temps de la TFP, que tout s’était “très bien passé” pendant la grossesse de la fillette, elle nous informera d’une vigilance médicale soutenue après deux fausses couches et une suspicion de malformation pour Floriane. Ces omissions mettent là encore en évidence l’idéalisation massive à l’œuvre dans cette famille, déjà présente au temps de la première gestation. Une illusion protectrice avait alors été nécessaire pour conjurer la peur, mais aussi pour maintenir à distance un matériel transgénérationnel trop menaçant.

Dolina confiera qu’elle avait toujours souhaité avoir deux enfants. C’était le projet d’avant: avant les deux fausses couches, avant Floriane, avant les complications. Puis le traumatisme avait figé tout projet. Plus rien n’était envisageable, jusqu’à ce que l’annonce de la guérison de leur fille vienne délier partiellement ce gel psychique.

Si cette nouvelle grossesse semblait dans l’ordre des choses, elle n’en a pas moins été vécue comme une surprise. Les parents ne s’y attendaient pas, tant la venue au monde de Floriane avait été longue et éprouvante. Il s’agit ainsi d’une grossesse à la temporalité paradoxale – à la fois attendue et inattendue – ce qui contribue à l’intensité de l’angoisse qu’elle suscite pour Dolina.

Cette nouvelle grossesse réactive alors une transparence psychique familiale (Bydlowski, 1991; Darchis, 2016), amenuisant les défenses et permettant aux figures du passé de refaire surface. L’indisponibilité psychique momentanée des parents ainsi créée ravive alors la sensation d’un vide menaçant chez Floriane. En réponse, les comportements de frottement réapparaissent chez la fillette, comme une tentative auto-stimulatoire pour combler le néant ressenti, pour lutter contre l’angoisse de désintégration.

C’est dans ce contexte qu’un mot, celui de solitude, questionné par la thérapeute familiale, va permettre à Dolina de faire émerger une histoire jusque-là non dite: celle du grand-père maternel. Elle raconte alors, avec émotion, qu’il est seul depuis son divorce. Fuyant la guerre dans son pays d’origine, il a perdu tous ses frères et ne conserve comme uniques attaches familiales que le souvenir de quelques sœurs qu’il n’a jamais revues. Les figures jusque-là silencieuses ou absentes commencent à se dire, et avec elles émergent les morts violentes, les exils, les cicatrices non verbalisées; un pan du transgénérationnel familial.

Une filiation de cicatrices: vers un nouage symbolique

À deux ans, Floriane intensifie son exploration corporelle. Par le jeu, elle semble capter quelque chose des cicatrices transgénérationnelles, devenues peu à peu dicibles dans l’espace thérapeutique. Elle interpelle régulièrement la thérapeute familiale pour lui montrer les griffures qu’elle porte sur la peau, traces laissées par le chaton que la famille vient d’adopter. Puis elle se met à chercher des marques sur le corps de la thérapeute elle-même. Elle découvre une petite plaie, sur laquelle son regard se fige, provoquant un léger sursaut.

Quelques séances plus tard, elle réitère le même geste, tentant de localiser la blessure repérée auparavant chez la thérapeute familiale. Puis Floriane montre, à travers ses vêtements, la cicatrice sur son corps. Le père, témoin silencieux de la scène, observe. C’est alors que Dolina nomme, pour sa fille, sa cicatrice, liée à son intervention chirurgicale. Floriane va alors toucher une cicatrice que sa mère a dans le dos. Dolina lui dit: “Oui, Floriane, moi aussi, j’en ai une. Toi, la tienne, elle est là.” Un moment de transmission s’opère, dans le geste et dans les mots. Une filiation des corps blessés se donne à voir – mais aussi, potentiellement, une filiation qui peut se dire, se penser, se relier. L’origine de la cicatrice maternelle, longtemps passée sous silence, n’émergera que progressivement dans la séance, à la faveur de plusieurs relances de la thérapeute familiale. Dolina en parle sur un ton banal, presque détaché: une malformation, une opération, un corset, une immobilisation longue durant l’adolescence, sans suivi de rééducation. Lorsque la thérapeute l’interroge sur cette absence d’accompagnement post-opératoire, elle répond simplement: “Je sais pas, ils ne devaient pas faire ça à l’époque.” Derrière cette réponse floue se dessine pourtant un corps adolescent abandonné, douloureux, contraint à l’immobilité, et une histoire de rupture silencieuse – notamment avec une pratique sportive investie, abandonnée sans retour.

À partir de ce moment-là, Floriane cesse de chercher des blessures sur elle ou sur les autres. Comme si la reconnaissance symbolique de ces marques corporelles et psychiques – partagées entre elle, sa mère et même la thérapeute familiale – venait apaiser une quête sensorielle et identificatoire jusque-là insatiable. Une limite se dessine alors entre les corps, permettant la mise en place d’un espace psychique propre. Ce mouvement marque un premier geste d’individuation, une tentative d’appropriation de son histoire au sein du tissu familial, là où, jusqu’alors, le corps de la fillette semblait porter seul l’énigme traumatique de la famille.

Le cadre thérapeutique familial devient un espace de co-construction symbolique, où parole, geste et regard participent à la mise en sens de ce qui restait impensé. Dans le néo-groupe (Granjon, 2020), le corps psychique groupal – de la famille et la thérapeute – apparaît comme porteur de cicatrices, de marques laissées par les traumatismes dits, tus ou transmis par le corps.

La scène du toucher et de la nomination agit comme un moment de symbolisation réparatrice. Le passage s’opère du corps éprouvé au corps pensé (Roussillon, 2016): les éprouvés archaïques trouvent un chemin vers la représentation. Dans cette rencontre entre les cicatrices de la mère, de la fille et de la thérapeute se joue la transformation d’une douleur héritée en expérience symbolisante, ouvrant la voie à un récit familial capable d’intégrer la blessure sans s’y figer.

Réouverture, nouveaux traumas, anciens fantômes: l’histoire continue

Tristan s’affirme dans une fonction tierce: il soutient l’arrêt de l’allaitement, l’entrée en crèche, les séparations progressives. Mais, dès le deuxième matin de l’accueil en crèche, la directrice rompt le contrat d’accueil, Floriane ayant pleuré sans interruption durant les trente minutes d’adaptation. Dolina exprime alors sa déception et sa perte de confiance en l’humanité, une blessure encore vive qui la pousse à se replier sur elle-même. “Je n’ai plus confiance en rien”, dira-t-elle.

Un autre traumatisme est alors évoqué par Dolina: “Tout est arrivé en même temps, trop de choses.” Floriane qui a frôlé la mort, mais aussi le meurtre de son cousin, dont elle avait été proche enfant. Ce cousin, sa propre mère l’avait recueilli autrefois, parce que sa tante “ne savait pas quoi en faire”. Il avait eu un enfant avec une femme, morte d’un cancer peu après qu’il eut lui-même été violemment assassiné par un homme avec qui il avait tenté de faire “famille”, après avoir déserté la sienne.

Dolina était allée aux obsèques – à six mois de grossesse – parce qu’il n’y aurait eu personne d’autre. L’émotivité, dans cette séance, est grande. Le temps semble raccourci, précipité:“Tout est arrivé en même temps que Floriane”, répètera-t-elle.

Ainsi, la naissance de sa fille, avec une malformation grave, a réactivé les traumatismes liés à deux décès brutaux survenus pendant la grossesse, mais aussi ceux de la guerre vécus par le grand-père maternel.

Un flou demeure autour de la mort du grand-père paternel, mais le terme de “tornade” employé au sujet de la tante paternelle et la fragilité de la grand-mère paternelle laissent entrevoir, là aussi, un possible trauma familial. Le suicide de la cousine du père est venu également raviver l’atteinte portée au corps familial, comme une nouvelle effraction.

Dans cette famille, la mort et le traumatisme semblaient engendrer angoisse de démantèlement, collage psychique et confusion, dans un mouvement de survie.

Une modification du cadre, imposée par le contexte institutionnel

Lorsque Floriane atteint ses deux ans – âge auquel les suivis au CMP périnatal s’interrompent habituellement –, la situation de cette famille appelle un ajustement du cadre thérapeutique. En raison de la souffrance encore vive et de la grossesse en cours, l’équipe décide de prolonger les séances de psychomotricité jusqu’aux vacances d’été. Au-delà, seul le travail en thérapie familiale psychanalytique se poursuivra au CMP, tandis qu’un relais en psychomotricité libérale est mis en place. La stagiaire psychologue, quant à elle, a terminé son stage.

Le sentiment de solitude que Dolina évoque fréquemment gagne alors la thérapeute familiale: comment continuer à contenir la famille, recréer une enveloppe thérapeutique, ne pas se laisser envahir par les angoisses familiales encore présentes? Plus les parents tentent d’encourager l’autonomisation de Floriane, plus celle-ci s’accroche au corps de sa mère ou s’autostimule en tournoyant, comme pour conjurer le risque de séparation. Rester collés pour ne pas être cassés — telle semble être leur logique défensive, inscrite dans l’histoire réelle des effractions corporelles subies.

Pour la thérapeute, la nécessité de soutien se fait sentir. Le groupe interne se réorganise grâce à la supervision et à la participation à un séminaire de recherche en périnatalité familiale, permettant de contenir le contre-transfert et de penser le travail en cours.

Le changement de cadre amène Dolina à envisager d’interrompre la thérapie, dans l’idée de “tourner la page” avec l’arrivée du second enfant. Elle exprime le souhait de se tourner vers la vie, idéalisant les mouvements de transformation à l’œuvre dans la famille. Mais Tristan, lui, insiste pour poursuivre. Il propose même que toutes les séances se tiennent désormais avec l’ensemble de la famille. Ce positionnement du père témoigne d’un désir de continuité et de transformation du groupe familial avant la naissance à venir. Il soutient, de façon implicite, le processus de subjectivation de chacun – et tout particulièrement celui de Floriane, encore prise dans un enchevêtrement corporel et affectif intense avec sa mère.

Pendant ce temps, la grossesse se poursuit dans un silence frappant. Les parents parlent peu, voire pas du tout, du bébé à venir: toute leur énergie psychique reste centrée sur Floriane. Lorsque la thérapeute questionne, Dolina décrit un fœtus “trop remuant”, anticipant une douleur à venir, vécue comme une agression corporelle. Tristan demeure muet. Ce silence interroge: le bébé à naître est-il déjà investi dans un imaginaire familial marqué par la souffrance? Se voit-il assigné, avant même sa naissance, à un corps familial douloureux?

Il est probable qu’à l’arrivée de ce second enfant, une nouvelle réactivation traumatique se produise, car la période périnatale remet toujours en jeu les identités familiales. Chaque naissance réouvre les lignes du transgénérationnel, offrant l’occasion de retravailler les traumas et de transformer les héritages psychiques. Ce mouvement de répétition, loin d’être pure reproduction, constitue le chemin même du changement.

Ainsi, dans cette famille comme dans bien d’autres en périnatalité, chaque naissance met à l’épreuve la capacité du corps familial à contenir la douleur et à la transformer en lien. Le cadre thérapeutique, en soutenant la symbolisation de ces éprouvés partagés, permet peu à peu le passage du corps familial souffrant au corps familial pensant, ouvrant la voie à une filiation vivante, capable d’intégrer la blessure sans s’y figer.

En conclusion, cette vignette montre que, dans la transparence psychique familiale périnatale, le corps de l’enfant peut cristalliser l’histoire douloureuse de la lignée: lieu de figuration du non-pensé et, simultanément, point d’appui pour la transformation. L’ajustement du cadre (alternance des dispositifs, travail des séparations, soutien de la thérapeute familiale par des supervisions) a permis de contenir l’angoisse de démantèlement et d’ouvrir la voie à des représentations partageables. La scène de nomination des cicatrices illustre ce basculement: la marque somatique cesse d’être pur trauma agi pour devenir trace symbolisable, opérant le passage du corps familial souffrant au corps familial pensant (Roussillon, 2016).

Les résonances intertransférentielles – idéalisation/rejet, dedans/dehors – se sont révélées un outil interprétatif majeur: elles ont mis en évidence la défense groupale familiale homéostatique et guidé le travail de liaison. Au total, le corps psychique familial apparaît à la fois comme contenant et matrice de transmission: lorsque le cadre est suffisamment contenant et souple, il soutient la métabolisation des héritages traumatiques et une filiation vivante, capable d’intégrer la blessure sans s’y figer. Chaque naissance ré-ouvre ce travail – non comme répétition stérile, mais comme opportunité de remaniement – où la douleur peut se convertir en lien, et le passé, en mémoire symbolique partageable.

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* Psychanalyste du sujet, du couple et de la famille, Psychologue clinicienne, Psychomotricienne, Membre STFPIF, SFTFP et SIPFP. evelynebalcerzak@icloud.com

https://doi.org/10.69093/AIPCF.2025.33.09 This is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License (CC BY).

[1] L’illustration clinique familiale de Floriane et de ses parents, entre ses 17 et 27 mois, s’appuie sur les notes prises par Julie Lespagnol, alors stagiaire en Master 1 de psychologie.

Revista Internacional de Psicoanálisis de Familia y Pareja

AIPPF

ISSN 2105-1038