REVIEW N° 02 | YEAR 2007 / 2

Le processus psychanalytique dans les couples et les familles

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ARTICLE

Le processus psychanalytique dans les couples et les familles

Jaroslavsky Ezequiel Alberto 1

Processus, du latin processus qui a entre autres sens 1. Action d’aller en avant 2. Passage du temps (Diccionario de la lengua española en la Web, 2008). Comme nous pouvons le voir cela implique un développement progressif dans le temps.

Mais, de quel processus s’agit ilquand nous parlons d’un traitement psychanalytique aussi bien individuel que de lien (familial, de couple ou de groupe) ?

Tout d’abord comme point de départ important, je vais parcourir rapidement quelques conceptions théorico-techniques qui ont été produite à partir du traitement psychanalytique individuel, puis je me consacrerai à la spécificité du processus psychanalytique de lien : familial et de couple.

Je pense qu’il convient avant tout  de différencier le processus psychanalytique de la situation analytique.

La situation analytique

D’après le dictionnaire de la Real Academia Española « situation » veut dire action et effet de situer, et « situer », du latin situs, mettre une personne ou une chose dans un lien ou un endroit déterminé. Donc nous pouvons dire que le traitement psychanalytique a un lieu ou un endroit où il se développe.

Selon Etchegoyen H. (1986a), la différence entre situation analytique et processus est que la situation à une référence à l’espace et le processus incluent nécessairement le temps.

Nous pourrions dire aussi que la situation analytique est l’ensemble des transactions entre l’analysant et l’analyste en fonction des rôles que chacun remplit et de la tâche qui les réunit ; la situation analytique est donc un champ. Baranger W. et Baranger M. (1969), se référant à la cure individuelle, considèrent que celle-ci est aussi d’observation et qui doit être expliquer par ce qui la configure, c’est-àdire un fantasme inconscient dans lequel participent l’analyste et l’analysant.

Par la suite les Baranger (1969, page 172) ont écrit que « la situation analytique est symbiotique par essence…car elle reproduit des situations régressives de dépendance symbiotique de l’enfant avec ses parents ». Nous pouvons dire que la situation analytique est synchronique et que le processus psychanalytique est diachronique (il se développe dan le temps).                   

Cadre et Symbioses

Jose Bleger écrit que le processus psychanalytique demande un non processus pour pouvoir être réalisé, et cette partie qui est fixe ou stable constitue le cadre ou setting.

C’est-à-dire que le cadre est l’ensemble de constantes ou variables qui doivent êtres fixes; c’est un cadre dans lequel se développe le processus psychanalytique incluant le Transfert et le contretransfert.

Pour Bleger, ce sont les anxiétés psychotiques (nous pourrons dire les aspects les plus archaïques du psychisme), c’est-à-dire les aspects symbiotiques (muets) qui se déposent dans le cadre. Ajoutons que pour Bleger les aspects symbiotiques de chaque membre ne se déposent pas seulement dans le cadre de la cure individuel, mais aussi dans les cadres institutionnels (nous pouvons inclure les familles, les couples stables et les groupes institutionnels).

Cet exposé de Bleger est cohérent avec la théorie du développement psychique qu’il soutient. Au début il y a une unité sinciciale (ensemble de moi et de non-moi) formée par unité duale mère-fils, et le moi se forme à partir de cette unité duale moyennant un processus de différentiation ou de discrimination du non-moi (qu’est un continent pour ce moi en processus de discrimination). Cette partie non-moi du sujet est transférée de façon muette au cadre et dans le cadre, la symbiose mère-bébé se répète.

Des développements semblables se sont produits antérieurement avec l’apport d’un psychanalyste d’origine hongrois, Imra Herman dans les années 1940, lorsqu’ il expose qu’au début de la vie psychique il y a une unité qu’il appelle unité duale, à partir de laquelle le sujet se différencie sans perdre cet aspect indiscriminé dans le soi-même au cours de son évolution psychique. Une fois produite la naissance biologique cette formation apparaît, cette figure si particulière. A partir de l’union mère-fils se produit un premier lien, un proto-lien (simultanément il se produit une représentation de celui-ci).

A partir des développements d’Imra Herman et Jose Bleger, Marcos Bernard propose que « la première représentation dans l’appareil psychique est celle d’un lien » (Bernard M. 2002, pag. 7) et en tenant compte que Sigmund Freud (1898) dans « Le projet de Psychologie pour neurologues » considère que l’hallucination optative du sein est l’union d’un objet partiel, les lèvres et la bouche du bébé avec le bout du sein de la mère. Il se constitue là un proto-lien. L’hallucination optative du sein est alors la première représentation d’un lien (mèrebébé).

Bernard Duez (2008) a fait récemment une proposition intéressante qui est la suivante : le cadre (dans les liens sociaux et thérapeutiques) est le processus à travers lequel est insérée la pulsion du mort. « Le cadre utilise la tendance vers l’immobilité inhérente de la pulsion de mort pour forger sa constance. Il utilise le moyen de travail de la pulsion de mort, essentiellement la compulsion de répétition, pour maintenir un immobilisme suffisant que nous permet de constitue un cadre comme soutien imaginaire pour notre sécurité psychique ».

Pour Duez les habitudes ou nous coutumes garantissent une stabilité, une immobilité pour le psyché, pour ne pas être déstabilisée par les mouvements pulsionnels et les changements de la réalité.

D’autre part, Berenstein I et Puget J. (1988, pag. 17-18) proposent que le cadre dans les liens  est la quotidienneté : Celle-ci est le type d’stabilité basée sur une unité temporelle et d’espace caractérisée par les échanges quotidiens. « La quotidienneté est un organisateur des rythmes de rencontres et non rencontres du couple. La quotidienneté active de modalités primaires de relation, basée sur des actions stables comme rythmes, forme et modalité des repas, d’ordre, de nettoyage ».                     

Le contretransfert

Dans son article « Les perspectives futures de la thérapie analytique » (1910a) Sigmund Freud mentionne pour la première fois le terme contretransfert : « D’autres innovations de la technique ont à voir avec la personne du propre médecin. Nous avons été amenés à prêter attention au « contretransfert » qui s’installe chez le médecin pour l’influx que le patient exerce sur ses émotions inconscientes, et nous exigeons de lui qu’il la discerne en lui et la maîtrise ». (Surligné par moi). Comme nous voyons dans cette citation, il définit le contretransfert comme étant la conséquence de l’influence du patient sur l’activité inconsciente de l’analyste et que celui-ci doit la reconnaitre et la maitriser (son activité inconsciente). C’est pour raison que Sigmund Freud recommande dans cet article l’autoanalyse de l’analyste (plus tard il pensera que l’analyste doit effectuer cette analyse avec une autre personne, l’analyse didactique), pour discerner et maîtriser le contretransfert.

D’autre part Sigmund Freud (1912, pág. 111-119) écrit que l’analyste « doit diriger vers l’inconscient émetteur du patient son propre inconscient comme organe récepteur ». Il pourra alors être en contact avec des aspects de la vie inconsciente du patient.

Cependant il n’a pas franchi le pas qu’il avait fait auparavant avec le Transfert qu’il avait d’abord conceptualisé comme résistance et par la suite comme un instrument important pour connaître les aspects inconscients infantiles du patient, réactualisé moyennant ce Transfert sur la figure de l’analyste.

Quelque temps plus tard, Paula Heiman (1950-1960) et Heinrich Racker (1953-1960) ont développé simultanément, et sans avoir connaissance l’un de l’autre, l’idée que le contre transfert est un instrument utile dans le traitement psychanalytique, pour faciliter la compréhension de signifiés cachés dans le matériel apporté par le patient. Le contre transfert serait un instrument sensible  pouvant être très utile pour le développement du processus analytique.

Nous pouvons dire avec H. Racker (1960) que le contre transfert opère comme un obstacle pour le risque de scotomes ; comme un instrument pour détecter ce qu’il est en train de se passer dans le patient ; et comme champ dans lequel l’analysant peut acquérir une expérience vivante et différente de celle qu’il a eu au départ.

C’est ainsi qu’il pense que ce qui lui arrive par le contre-transfert est le résultat d’un moment d’assemblage des deux inconscients, d’une symbiose psychologique entre le patient et l’analyste. Nous pouvons dire qu’ils sont tous les deux impliqués dans le champ analytique qu’ils ont créé, produisant une fantasme inconscient commun qui structure ce champ et par conséquent le contre-transfert, comme l’ont développé Willi Baranger et Madeleine Baranger (1961-62).

Les idées libres (Racker H 1958) qui apparaissent dans la situation analytique seraient alors un instrument technique très efficace pour la compréhension de la situation et du processus analytiques, et dans certains types de silence elles peuvent permettre la compréhension de ce silence et, en les interprétant, des matériaux inédit et des associations peuvent surgir, débloquer le processus psychanalytique.

D’autre part D. W. Winnicott (page 198) propose qu’ “il y a beaucoup à dire sur l’utilisation que l’analyste peut faire de ses propres réactions conscientes ou inconscientes face à l’impact du patient psychotique, ou de la part psychotique de ce dernier, sur sa personne (celle de l’analyste), ainsi que sur l’effet que cela a sur l’attitude professionnelle de l’analyste ». Il encourage son utilisation pour la compréhension, la communication et l’interprétation du patient.

Pour Bollas (1987), si l’analyste est bien analysé et est sûr de son propre fonctionnement et de sa captation de l’objet il se peut qu’il ait l’aptitude pour produire en lui une régression de contre-transfert génératif, et de cette manière est réceptif de différent niveaux de folie chez lui, dans le cas des patients sévèrement perturbés (ob. cit. page 246). Pour cet auteur une grand partie du travail du contre-transfert consiste à passer en images et langage l’expérience d’être l’objet de l’analysant, et par ce travail il peut faire connaître au patient ce qui est su mais non pensé par celui-ci.

Quand André Green (1990a) se réfère aux cas limites, il propose que la défense prédominant dans ces cas est la scission, et d’autre part que les pulsions partielles (unies a des objets partiaux) mettent le moi sous la menace de la fragmentation et pense qu’ « une narcissisation antérieure du moi est nécessaire en vue d’établir une relation d’objet »  (Green A., 1990a, page 151) (souligne par moi). Cette narcissisation du moi demande une opération de liaison avec des interventions que lient les nouveaux du discours du patient, car la principale difficulté est le déficit de symbolisation et il propose un premier temps qui consiste à relier les aspects préconscients / conscients, puis d’utiliser ces liaisons pour les relier avec l’inconscient scindé. Il ajoute que « ce travail à la superficie, au ras des associations, a pour objet de construire un préconscient » (1990a, page 151) (souligné par moi).

Nous voyons par conséquent l’importance de l’utilisation du contretransfert (Jaroslavsky E.A. 2007) pour comprendre l’inéluctable qui se déploie dans le processus psychanalytique individuel et nous verrons aussi qui c’est un instrument utile, efficace et indispensable pour utiliser dans le travail psychanalytique dans les dispositifs de liens.             

Le processus psychanalytique

Le processus se définit en fonction du temps, c’est-a-dire ce qui se passe dans le traitement psychanalytique se produit en fonction du temps. Selon Klimovsky G. (Klimovsky G., 1982, page 492), le processus est une « succession d’événements avec leurs connections de cause plus les actions que le thérapeute apporte à certains moments pour que la séquence soit telle et non autre ». Donc le processus thérapeutique provoque des changements et ceux-ci se produisent grâce aux interprétations de l’analyste… » Le processus psychanalytique est un devenir temporelle d’événements qui s’enchaînent et tendent à un état final avec l’intervention de l’analyste » (Etchegoyen H. 1986b, page 495).

Il convient de souligner que dans le processus psychanalytique surgissent des régressions déterminées par la maladie du patient, facilitées aussi par le dispositif thérapeutique.

Pour Sigmund Freud l’important est l’augmentation de la connaissance de soi-même pour le patient, même s’il a théorisé cette connaissance de manières différentes. Au début de son œuvre cette connaissance était l’accès au souvenir objet de régression, au moment de la première topique ou Freud postule que « faire conscient l’inconscient » c’est-à-dire favoriser le passage de l’inconscient au préconscient, ce qui implique un travail psychique de la part du sujet.

Par la suite il ajoute que le traitement psychanalytique consiste en ce que : « OÙ est le Ça doit être le Moi », ce qui présuppose un changement ou un passage des processus primaires aux processus secondaires propre du Moi avec leur respective de mise en parole, de verbalisation.

Toutes ces propositions freudiennes visent à la connaissance de soi et peuvent être inclues dans le concept d’origine anglaise insight.

Insight est un terme qui signifie connaissance nouvelle et pénétrant, une vision vers l’intérieur des choses et au-delà de leur superficie (Etchegoyen, ob. cit. page 643).

Nous pouvons dire que l’insight est le processus à travers lequel nous parvenons à une vision différente et inédite de nous même, par conséquent ce n’est pas une connaissance quelconque. L’insight implique une verbalisation et est corrélatif du processus de symbolisation (Etchegoyen, ob. cit, page 643) qui utilise le processus secondaire. Pour Lacan J (1966), c’est l’accès à l’ordre symbolique.

Bien que je me sois attardé à décrire certaines caractéristiques du processus psychanalytique du cadre, de la situation analytique et de l’insight à partir de la perspective de la cure individuelle, je considère qu` il est nécessaire de partir des conceptualisations provenant de la cure individuelle afin que nous puissions réfléchir et penser dans le processus thérapeutique de lien : familial et de couple. Bien qu’il soit nécessaire de souligner que la cure individuelle et la psychanalyse de lien sont des dispositifs méthodologiquement différents entre eux, car ils montrent des aspects différents du psychisme de leurs membres et de l’ensemble ainsi établi.

La thérapie de lien psychanalytique de famille etcouple

Les familles et les couples consultent généralement à la suite d’une crise dans leur vie familiale, pour l’intense souffrance psychique qui les envahit. Cette souffrance peut être attribuée à des circonstances diverses : la maladie psychique ou somatique de l’un de leur membres, des deuils récents qui n’ont pas pu être élaborés,  des circonstances traumatiques familiales comme des séparations, des migrations forcées, des difficultés de travail, la naissance d’un fils, etc.

Les événements qui se produisent dans la vie familiale et de couple produisent une certaine « effraction » dans les dispositifs de para excitation de lien, perturbant l’équilibre préexistant (Aubertel, 1997) La production d’un traumatisme au sein de la famille ou du couple va dépendre d’une part de l’événement lui-même, mais d’autre part de comment ils vivent et assimilent ces circonstances traumatiques. Il est donc important de souligner que l’élaboration de ces événements dépend de la possibilité de contention de l’appareil psychique de lien (de famille et de couple), car ce qui est traumatique pour un ensemble de liens donné peut ne pas l’être pour un autre.

L’Appareil Psychique de lien

Il se produit dans les liens, par effet de la rencontre de deux individus, une certaine combinaison des psychismes individuels, que nous pouvons appeler accouplement des psychés conformant une psyché de groupe, un Appareil Psychique de Groupe (Kaës, 1999) et que Bernard (1999) propose d’appeler Appareil Psychique de lien pour souligner que cette combinaison des psychés se produit dans tout lien intersubjectif.

Les accouplements psychiques sont organisés inconsciemment par les groupes internes intrapsychiques de chaque sujet du lien (fantasmes originaires, imagos, complexes, etc.) Cet appareil psychique de lien produit un travail de liaison et de transformation psychique chez leurs membres.

L’Appareil Psychique de Groupe a été développé par René Kaës (1999) comme un modèle de transformation psychique, différent de l’appareil psychique individuel, qui accomplit le travail psychique particulier de « produire et traiter la réalité psychique de groupe et dans le groupe. C’est un dispositif de liaison et de transformation des éléments psychiques et il ne fonctionne que pour les apports de ses sujets ». (Kaës R. 2000, p. 74) Il consiste dans l’intégration dans le psychisme d’excitations traumatiques, en les liant et en établissant des connexions associatives. Si bien qu’il met en place des processus de transformation du matériel psychique.

L’Appareil Psychique de Lien a deux polarités ou prédominances :

1. l’Isomorphique où prédominent les processus primaires : déplacement, condensation, diffraction, mécanismes d’identification projective et introjective, projection et les identifications adhésives.

Il a pour caractéristique la prévalence de l’indiscriminé, de l’identité de perception, la mise en acte, l’intemporalité, et la mise en scène des fantasmes y acquiert une prévalence et les sujets du lien ne sont pas subjectivés ;

2. l’Homomorphique où prévaut la différenciation des psychismes (l’altérité), les processus de la pensée (identité de pensée), où le langage verbal et le symbolique acquièrent de l’importance, enfin où émergent la temporalité, le récit et les processus d’historisation.

José Bleger (1970) a mis en évidence l’existence dans chaque sujet de formations qui ne sont pas intégrées au psychisme individuel, qui se déposent dans tout lien (dans sa quotidienneté) ainsi que dans les cadres des dispositifs de la cure individuelle et de liens. Ce sont des restes de liens symbiotiques (avec la mère principalement) qui correspondent au noyau glischo-carique.

Ces formations, qui font partie de l’identité de chaque individu, doivent demeurer scindées et clivées et, par conséquent, muettes afin de permettre la stabilité du Moi de chaque individu du lien. L’origine de ces formations est groupale, comprenant aussi comme groupal le premier lien constitutif du sujet, le lien avec la mère. Ces formations sont antérieures aux processus d’individuation et soutiennent la stabilité du psychisme.

Il convient d’ajouter que, comme conséquence de certains événements pouvant être traumatiques, ces formations primitives symbiotiques cessent d’être muettes et clivées, déstabilisant le moi de chacun des sujets participant des liens familiaux et de couple.

L’Appareil Psychique Familial et de Couple

Se basant sur les investigations de l’Appareil psychique groupal de René Kaës, André Ruffiot (1981) a proposé l’hypothèse d’un appareil psychique familial préexistant à l’organisation de l’appareil psychique individuel. Dans le cas des fonctionnements névrotiques, ces formations groupales (de caractéristiques plus indiscriminées) sont suffisamment clivées et muettes, par contre, dans les fonctionnements psychotiques, limites et psychométriques ; une insuffisance des structures contenantes du moi prédomine et, par conséquent, émerge l’indiscriminé (antérieurement scindé du Moi), produisant une désubjectivation.

La thérapie familiale et la thérapie de couple va donc être destinée à traiter le tissu groupal qui précède et est condition des processus d’individuation et de subjectivation psychique, dans les cas où elles ont perdu leur fonction continente et donc permettre le traitement dans le cadre familial de cet appareil psychique familial ou tissu groupal qui sert de soutien et d’étayage pour les sujets du lien.

L’appareil psychique familial est un accouplement psychique partagé par les membres d’une famille (Aubertel F., 1997) qui permet d’étayer et de soutenir le psychisme de ses membres et de ceux qui naissent dans cette famille.

L’appareil psychique familial (Aubertel F., 1997), ainsi que l’appareil psychique de lien, a des fonctions de continent, de liaison, de transmission (transubjective et intersubjective) et de transformation des contenus psychiques dans la mesure où il peut lui donner un sens. Une des fonctions principales de l’appareil de lien est celle de contenir les angoisses archaïques.

Lorsque les fonctions Homomorphiques prédominent dans l’Appareil psychique familial, les processus secondaires se développeront, comme les processus de pensée (d’identité de pensée) qui rendent possible la mise en paroles, la temporalité et l’historisation, permettant ainsi les processus d’élaboration psychique et la mise en sens des événements vécus de façon traumatique.

Les Alliances Inconscientes

En plus de L’Appareil Psychique de Lien, chaque lien en présente un, de famille, de groupe et institutionnel (lequel a des caractéristiques communes à tous les liens), leurs Alliances Inconscientes (Kaës R., 1995, p.326-330) propres, formées et créées dans chaque lien. Ces Alliances Inconscientes sont les Contrats Narcissiques et les Pactes

Dénégatifs (dans leurs différentes modalités)

Quand il existe dans les familles et les couples des Pactes Narcissiques et des Pactes Dénégatifs (avec prédominance des mécanismes de rénégation et forclusion) on a des fonctionnements pathologiques de ces liens familiaux.

La thérapie familiale et de couple permet de défaire et de modifier ces pactes narcissiques pathologiques narcissiques et les pactes rénégatifs qui les sustentent  pour restaurer le fonctionnement adéquat des dites Alliances Inconscientes. Par exemple, El Contrat Narcissiste (Aulagnier P. 1975, p. 164) requiert le Pacte Dénégatif, c’est-à-dire de certains mécanismes de défense comme la dénégation qui permet de soutenir le dit contrat afin d’établir les interdits fondamentaux, comme l’inceste dans le cas de la famille (y compris l’incestueux) et l’assassinat. Ainsi, le Complexe d’Œdipe, en tant qu’organisateur du lien familial dans son fonctionnement névrotique, permet de fournir pour sa structure les interdictions et les possibilités pour chaque membre du lien, permettant de cette façon les processus de discrimination et de subjectivation psychique de chaque membre.

 

La Transmission Psychique :  

La Transmission Transgénérationnelle

La Transmission Psychique (Segoviano M. 2008) est le « terme employé en psychanalyse pour désigner aussi bien les processus, les voies et les mécanismes mentaux capables d’opérer des transferts d’organisations et de contenus psychiques entre différents sujets et en particulier d’une génération á l’autre, comme les effets des dits transferts ».

La transmission peut être aussi bien contemporaine (synchronique) que dans la succession des générations (diachronique)

Il existe deux modalités de transmission psychique (Kaës R. 1993) La Transmission transitionnelle dans laquelle il y a une transformation, c’est-à-dire une métabolisation du réprimé (le sujet crée ce qu’il reçoit), et la transmission traumatique dans laquelle le transmis n’est pas l’objet de transformation (il n’y a pas d’espace transitionnel), c’est une transmission en brut et elle correspond aux pathologies de la transmission.

Quant à la transmission dans la succession des générations, elle peut être de modalité transitionnelle (générationnelle), ou traumatique (transgénérationnelle) où le transmis ne peut être transformé psychiquement par le sujet.

Lorsque le transmis est susceptible de métabolisation par le Moi, l’appareil de signifier/interpréter (Freud S. 1912-13) pourra en profiter dans ses identifications (produit d’un processus d’appropriation). Ce seront des objets trouvés/créés, et nous aurons des processus de transcription psychique (Segoviano M. 2008)

La transmission implique ici la transcription verbale, car c’est la parole qui se transmet et a un caractère transitionnel, à condition qu’elle ne soit pas utilisée comme un objet en brut, mais dans sa fonction symbolisante et métaphorique. Nous développerons plus loin, dans les indicateurs de processus thérapeutique de lien, comment différencier une transmission intersubjective (transitionnelle) d’une transition transubjective (traumatique)

Le contretransfert dans les dispositifs de liens  

Le contretransfert se déploie dans le champ intersubjectif de lien et permet au psychanalyste d’expérimenter et de ressentir ce qui se déploie dans ce champ. Il peut lui permettre de capter des contenus psychiques en brut, dans la mesure où son identité analytique (sa capacité de rêverie et son préconscient) est préservée de la montée des projections massives lorsque le groupe (famille et/ou couple) se trouve en régression massive.

C’est donc un instrument utile pour pouvoir capter l’ineffable et orienter l’analyste de lien pour comprendre et, dans la mesure du possible, verbaliser au moyen de signalements et d’interprétations ce qui est capté grâce à ce qui surgit dans le contretransfert. Quand il s’agit d’une équipe de deux thérapeutes ou plus, l’après séance leur permet d’élaborer ce qui a été ressenti, ainsi que ce qui a surgit dans le contretransfert, mettant en mots ce qui a été expérimenté dans le champ transfert/contretransfert de la séance de lien.

Processus Psychanalytique de lien  

Les souffrances familiales et de couple demandent de pouvoir créer un espace pour le réétayage psychique de leurs membres (Aubertel F. 1997), rendant possible les processus de figurabilité et de représentation. Il ne s’agit donc pas seulement de l’écoute de la chaîne associative verbale produite par leurs membres, mais aussi du contretransfert expérimenté par les analystes et de ce qui est exprimé à travers des actes, des gestes, c’est-à-dire le non verbal et par là de la captation des scènes familiales ou de couple développées dans l’espace transfert/contretransfert de la séance, ce qui pourra donner un sens au vécu, mais non pensé par les membres du lien. Cela implique une disposition particulière pour l’écoute groupale, à la différence de l’écoute dans la cure individuelle.

Si bien que le travail psychique consiste à pouvoir rétablir les conditions d’opérativité des préconscients des membres du groupe, lesquels à leur tour permettent de pouvoir rétablir les processus de pensée et de mentalisation.

Pour que les processus secondaires, de pensée, de symbolisation et d’historisation, puissent s’installer et se développer, l’une des conditions nécessaires est que les aspects scindés des membres des familles et des couples, qui correspondent au non moi (selon Bleger), soient correctement déposés dans le cadre, dans le cas du traitement psychanalytique, et dans la quotidienneté de la vie habituelle des familles et des couples.

Dans les familles et les couples qui entrent en crise et qui pour cette raison nous consultent, ces aspects scindés déposés dans la quotidienneté ont émergé (ou ne se sont pas déposés convenablement), provocant une déstabilisation et désétayage psychique de leurs membres entraînant de grandes difficultés dans le fonctionnement convenable de leurs préconscients.

Pour cela, il est nécessaire de restaurer ou de produire les conditions basiques du psychisme de ses membres, afin de stabiliser leur réétayage psychique. Il faut donc chercher à rétablir les fonctions de contention ou enveloppe psychique de l’ensemble.

Il convient de souligner que pour les membres d’un ensemble familial ou d’un couple, il est impossible de produire des processus de pensée, si d’abord leurs psychismes, leurs mois ne se sont pas stabilisés, dans l’étayage psychique individuel dans l’appareil psychique de lien familial ou de couple. La possibilité de passer de modalités de transmission traumatique ou transubjective, pour pouvoir produire une transmission transitionnelle ou intrasubjective permettant les processus de pensée, demande un rétablissement de l’appareil psychique familial ou de couple. A partir d’un niveau Isomorphique au service du plaisir qui facilite le développement d’un champ de songerie, d’illusion, comme le présente A. Ruffiot dans le fondement onirique du lien, permettant à ses membres de s’étayer dans cet accouplement psychique de lien (les thérapeutes inclus) et qui, un appareil psychique de lien (familial ou de couple) évoluant vers un pôle Homomorphique, va rendre possible les processus de subjectivation psychique de chacun, récupérant ou augmentant les capacités de mentalisation de son préconscient.

C’est à ce moment de prédominance Homomorphique, où se restaure ou est créée une transmission transitionnelle ou intersubjective, qu’ils peuvent donner un sens et traiter psychiquement les transmissions traumatiques transgénérationnelles relatées par ses membres dans la chaîne associative verbale et les interprétations, ou la mise en mots des thérapeutes de ce qu’ils ont ressenti par contretransfert.

C’est alors que les souffrances peuvent être historiées et relatées, en développant la créativité et les capacités mythopoïétiques.

On doit savoir que dans les moments homomorphiques de l’appareil psychique de lien se déploient de façon prédominante les processus secondaires dont les caractéristiques sont : la mise en parole, l’identité de la pensée et la temporalité. On facilite donc les processus d’historisation familiale, les récits et les mythes familiaux. Dans ces moments, leurs membres peuvent narcissiser le futur, et dans la mesure où ils sont subjectivés et discriminés, ils peuvent développer une transmission intersubjective fiable, ce qui leur permet de produire des projets en commun (en plus de leurs projets individuels)

Dans les moments homomorphiques de l’appareil psychique de lien aussi, la dissolution des alliances inconscientes pathologique est rendu possible, c’est-à-dire les pactes narcissiques et les pactes dénégatifs à modalité rénégative. Ceci va permettre de mettre en paroles les secrests antilibidinaux qui ont eu une incidence pathologiquement chez leurs membres (dans les cas d’inceste, de crimes ou de délits familiaux aberrants, etc.)

Indicateurs d’un Processus Psychanalytique de Lien

Pour déterminer le développement d’un processus psychanalytique de lien, il est convenable de disposer d’indicateurs observables qui nous permettent, en étant présents, de qualifier le processus. Nous pouvons dire que nous avons un processus psychanalytique de lien en cours quand nous détectons une prédominance observable des indicateurs d’une transmission intersubjective, ainsi que la production d’espaces transitionnels qui rendent possible cette transmission.

Par contre, lorsque dans les séances, il y a une prédominance de la transmission à modalité traumatique ou transubjective, il y aura une prédominance détectable des indicateurs de la transmission transubjective et par conséquent nous pouvons détecter qu’il y a une détention ou impasse du processus thérapeutique de lien.

Dans la transmission ou communication intersubjective ou interpsychique (de caractère transitionnel) il y a un espaces de transcription, un écart qui facilite un espace de transformation des contenus psychique d’un individu ou d’un autre, et chaque sujet du lien est discriminé, c’est-à-dire subjectivé.

La transmission intersubjective implique des processus de transmission de contenus psychiques d’un sujet à l’autre, avec reprise de ces contenus psychiques de la part de celui qui les reçoit. Cela revient à dire que dans la reprise il se produit un processus de métabolisation de ces contenus au propre et particulier système de représentation. Pour que cela ait lieu, chaque sujet du lien doit être subjectivé (discriminé). La transmission intersubjective requiert des productions du Préconscient, comme la pensée logique, le jeu, l’humour, les fantasmes secondaires, tel que le souligne A. Eiguer (2001).

Lorsqu’il y a transmission trans-subjectiveil y a absence d’un espace de reprise,  cela implique un effacement des limites du sujet et, donc un état d’indifférenciation, voire de désubjectivation. Il n’existe pas de transmission de contenus psychiques singuliers ni de processus de reprise et de métabolisation de tels contenus psychiques, on transmet de l’indifférencié (des représentations pictographiques, des fantasmes originaires, etc.), il n’y a donc pas d’histoires à raconter, pas de récit.

L’appareillage isomorphique implique une transmission ou communication trans-subjective et l’homomorphique une transmission intersubjective.

Or,  comment peut-on repérer dans un matériel quand il y a une transmission trans-subjective et une transmission intersubjective ? Comment peut-on les différencier dans un matériel empirique ?

On les détecte à travers des modalités de communication ou de transmission entre les  membres du couple.

La communication humaine implique trois aires, d’après David Liberman (1978) et Watzlawick P. (1967).

  1. Syntaxique : elle fait référence aux problèmes de transmission d’information, elle inclut la manière dont s’organisent les émissions verbales.
  2. Sémantique : elle fait référence à la signification car « même s’il est possible de transmettre des séries de symboles avec une correction syntaxique, ils n’auraient pas de sens à moins que l’émetteur et le récepteur se soient mis d’accord d’avance sur leur signification. Par conséquent, toute information partagée présuppose une convention sémantique ». (Watzlawick. 1967).
  3. Pragmatique : Lorsque la communication affecte la conduite. Elle inclut la relation que l’émetteur entretient avec le message qu’il émet.

J’ajoute à ces trois aires les notions suivantes :

  1. Temporalité/Atemporalité : la temporalité implique la notion pour le Moi du temps, et dans le discours verbal nous pouvons en remarquer les trois aspects constitutifs : le   présent, le passé et le futur. Dans une transmission intersubjective optimale, ces trois temps sont présents de façon simultanée. Leur absence nous donnerait une dimension atemporelle du discours et serait caractéristique d’une transmission trans-subjective.
  2. Historisation : l’historisation implique un récit ou roman construit en commun par les sujets du lien ; elle exige la notion, pour le sujet, de la temporalité.
  3. Projet vital Partagé : Berenstein et Puget ont développé ce concept. Les membres du couple partagent un projet à réaliser. Il implique la mise en jeu de désirs narcissiques en commun (une maison, un enfant, un voyage, etc.) et présuppose l’utilisation d’un langage partagé par les membres du couple. Il est repérable dans la transmission intersubjective. Piera Aulagnier a bien développé la notion de projet. A partir de ces concepts exposés précédemment, nous pouvons penser à des indicateurs qui nous permettraient de conceptualiser le processus psychanalytique de lien.

Indicateurs de transmission trans-subjective

Ces indicateurs seront prédominants dans les appareillages isomorphiques de couples et peu prévalents dans les appareillages homomorphiques.

Indicateurs syntaxiques:

  1. Répétition: Cela consiste à réitérer le même mot ou le même groupe de mots.
  2. Ironie: emploi d’un mot avec le sens de son antonyme.
  3. Utilisation d’adjectifs qui disqualifient ce qui a été dit ou fait par un autre membre du couple ou famille.
  4. Prédominance des temps verbaux présent et passé, avec absence ou peu de prévalence du temps futur.

Indicateurs sémantiques:

  1. Déformation du sensde ce qui vient d’être dit par l’autre membre.
  2. Absence d’un projet vital partagé.
  3. Critiquessur ce qui a été dit par l’autre membre.
  4. Présence de reproches.
  5. Affirmations emphatiques qui impliquent des certitudes.

Indicateurs pragmatiques:

  1. Parler simultanémentet/ou interrompre le discours de l’autre membre.
  2. Violence verbale :nous pouvons la repérer à travers l’élévation de l’intensité de la voix.
  3. Utilisation de l’analyste comme juge ou  Présence de reproches.
  4. Affirmations emphatiques qui impliquent des certitudes

Indicateurs pragmatiques:

  1. Parler simultanémentet/ou interrompre le discours de l’autre membre.
  2. Violence verbale :nous pouvons la repérer à travers l’élévation de l’intensité de la voix.
  3. Utilisation de l’analyste comme juge ou

Indicateurs de Transmission Intersubjective

Indicateurs syntaxiques:

  1. Les signifiants métaphoriques des liens : Ce sont des signifiants partagés par les membres du couple ou de la famille dans lesquels nous décelons une métaphore.
  2. Temps verbaux potentiels : « il serait », « il pourrait », etc.
  3. Utilisation d’expressions qui impliquent un doute: « il me semble », « à mon avis » …
  4. Absence ou peu de prévalence des indicateurs syntaxiques de transmission trans-subjectifs.

Indicateurs sémantiques:

  1. Compréhension, par un des membres du sens de ce qui a été exprimé par l’autre membre ; nous pouvons le détecter dans ce qui est dit à posteriori par le second.
  2. Absence ou peu de prédominance des indicateurs sémantiques de transmission trans-subjective.

Indicateurs pragmatiques:

  1. Absence ou peu de prévalence des indicateurs pragmatiques trans-subjectifs.
  2. Lorsque l’un des membres parle, l’autre l’écoute sans trop l’interrompre.

Indicateurs de temporalité et d’historisation:

  1. Pouvoir trouver dans le discours verbal des deux membres les trois tempsde verbe(passé, présent et futur).
  2. Présence d’un récit ou romanconstruit en commun par les membres du lien.
  3. Détection d’un Projet Vital partagé par les membres.

Maintenant j’analyserai, à l’aide de ces indicateurs, des fragments de deux séances de psychanalyse de couple qui ont subi un  enregistrement audio.

Une couple en dés-amour

Avec ces indicateurs, j’analyserai des fragments de deux séances de psychanalyse de couple. Le premier couple est formé par Dorotea, 25 ans, et Rafael, 26 ans. Ils ont commencé un traitement il y a 4 mois, avec une fréquence d’une séance par semaine. Ils ont une petite fille.

1ère séance 

(Ils arrivent dix minutes en retard)

Rafael : Excusez-nous du retard. J’arrive de Lanús. Ce n’est pas si loin mais j’étais un peu en rogne à cause d’une situation qui vient d’avoir lieu…

Dorotea : Je suis bien contente que cela ait eu lieu juste avant de venir, pour que ça soit bien clair, qu’ici, ici, il a cassé mon sac (elle se lève et me montre une déchirure à l’une des poignées). (Ils parlent en même temps)…J’arrive…

Rafael: Tu es en train d’exagérer.

Dorotea: Les secousses…

Rafael: Pourquoi tu ne me laisses pas parler! (Ils parlent en même temps).

Dorotea: Et bien…

Rafael: Je travaille actuellement à Lanús parce que mes parents sont partis en vacances (Rafael remplace ses parents dans un magasin, et reçoit en échange un salaire)…et je me déplace de Lanús juste pour venir ici. Elle a étudié toute la matinée dans le studio, et  vers une heure et demie j’arrive là-bas,  je dis salut! Et elle, presque sans me saluer, continue à jouer de la guitare.

Dorotea:D’abord…

Rafael: (en l’interrompant) Elle me fait un commentaire.

Dorotea: (en l’interrompant) Excuse-moi, ce n’est pas vrai ce que tu racontes…

Rafael: (il l’interrompt, et son discours se superpose à celui de Dorotea)

Dorotea: (elle continue) je me lève pour lui ouvrir la porte…

Rafael: Je lui dis, ça va? Tu es allée voir à l’école de la petite? Elle me fait un commentaire que je ne comprends pas et continue à jouer de la guitare…je lui dis, on va arriver en retard chez le psychologue…Elle continue à jouer de la guitare, c’est une attitude constante, c’est-à-dire, pendant la semaine j’ai dû lui répéter deux fois lors d’une répétition qu’elle avait hier, qu’elle allait être en retard pour chercher la petite à l’école, c’est évident, si je dois m’occuper de le lui dire c’est quand même quelque  chose, c’est ton problème, et je suis en rogne pour bien d’autres choses encore.

Dorotea: (en l’interrompant, les dialogues se superposent) Nous sommes en train de    parler de nous… (elle essaie de parler)…Excuse-moi, on est en train de parler de nous. On est en train de parler de nous!

Rafael: …Et alors elle commence à m’agresser avant de venir ici, elle met sa main sur ma bite, je ne sais pas ce qu’elle dit, elle me pousse et je la pousse et je ne sais pas, je crois que le sac se casse. Une connerie de ce genre, voilà ce qui s’est passé.

Dorotea: Non, parce que tu m’as dit que quelque chose ne tournait pas rond dans ma tête et moi je t’ai dit que quelque chose ne tournait pas rond pour toi là en bas…

( … )

Rafael: Pourquoi quand j’arrive du travail…pourquoi tu ne me salues pas? Je peux te demander de faire cela?

Dorotea: Je peux faire un commentaire? (les voix se superposent). Ca, c’est ton récit, ce n’est pas le mien.

Rafael: D’accord, mais je peux t’expliquer. Je suis arrivé de Lanús. Pourquoi tu ne me salues pas?

Dorotea: Je ne…

Rafael: Pourquoi? Pourquoi tu as continué avec la guitare? Je suis une personne, je ne veux pas être auprès de quelqu’un qui continue à jouer de la guitare.

Commentaire

Dès le début de la séance il existe un passage à l’acte, qui se reflète dans la mise en scène dans l’espace que fait Dorotea, en se levant  pour montrer au thérapeute la poignée du sac cassée par Rafael, en cherchant ainsi que l’analyste prenne une position de juge vis-à-vis du comportement de Rafael. Le fait d’arriver à la séance avec un retard de dix minutes est une conséquence de la bagarre qui a eu lieu auparavant,  pendant laquelle ils ont perdu la notion du temps (Indicateurs pragmatiques de transmission trans-subjective). D’autre part, ils parlent de manière prédominante au présent, même si nous pouvons noter qu’ils utilisent le passé. Soulignons quand même qu’il n’existe pas de références au futur (indicateurs d’atemporalité).

Le langage utilisé est un langage d’action, les mots sont employés comme des objets pour exprimer des agressions verbales et ne permettent pas la transmission de contenus symboliques.

La séance se déroule avec les caractéristiques suivantes: ils parlent simultanément, ils s’interrompent avec fréquence, ils se disqualifient mutuellement. Ils utilisent des affirmations emphatiques où le doute semble ne pas exister. Ils répètent souvent les mots qu’ils emploient. Chacun déforme le sens de ce que l’autre a dit (signe de distorsion sémantique).

Ils sont tous deux désubjectivés et souhaitent être reconnus par l’autre en tant que sujets dans leur individualité (Dorotea qui souligne que le récit de Rafael ne correspond pas au sien, Rafael qui reproche à Dorotea de ne pas l’avoir salué lorsqu’il est arrivé, et qui ajoute : « je suis une personne »  (il se sent traité comme un objet).)

Tous deux se font des reproches et se critiquent mutuellement leurs dires et leurs comportements.

Il y a une grande pauvreté de contenus symboliques.

Il y a absence d’indicateurs de transmission inter-subjective.

Le couple exprime à un niveau inter-fantasmatique un fantasme originaire de castration, que nous pouvons inférer à  partir de la cassure de la poignée du sac (signifiant de l’organe génital féminin) par Rafael, et du fait que Dorotea touche son pénis et fasse allusion à un manque de puissance sexuelle chez lui.

Nous trouvons dans cette séance une transmission à prédominance trans-subjective c’est-à-dire où il y a indiscrimination, désubjectivation et indifférenciation des psychismes de chacun. Ainsi, tout le long de la séance, c’est le pôle isomorphique de l’Appareil Psychique du lien de Couple qui prédomine.

Quant au contre transfert, dans cette séance, j’expérimentais des sentiments d’impuissance et de frustration à me sentir ignoré par les membres du couple, quand j’essayais de parler et qu’ils ne m´écoutaient pas. Par moments, j’avais envie de m’éloigner de cette scène violente. Je dirais que je me sentais castré dans ma capacité de penser comme analyste.

J’ai décidé de garder le silence et d’observer la scène, me donnant ainsi le temps de récupérer ma capacité de compréhension tout en attendant une occasion pour intervenir et interpréter.

Pour observer des indicateurs d’un mode de transmission à prédominance intersubjective, je montrerai une séance radicalement différente. Si prédomine dans les séances suivantes le type de communication que cette seconde séance nous montre, nous pourrons dire qu’il y a un processus psychanalytique de couple en cours.

2ème séance

(deux mois plus tard)

Rafael:Et bien, je suis assez content de m’être défait d’une voiture que j’avais depuis  15 ans. Je me suis mis d’accord avec mes parents pour pouvoir commencer à travailler  dans le magasin le matin, j’ai un salaire, je vais faire un travail de comptabilité. Même si ça n’a rien à voir avec ce que je fais, ça me tranquillise un peu, car je ne me sentais pas bien. C’est un travail assez commode parce que je ne dois y aller que le matin et finalement ce n’est pas si grave que ça.

Analyste:Les jeudis cela ne va pas faire interférence avec la thérapie?

Rafael: Non, non. Et pendant l’après-midi je vais continuer avec le studio et avec mes choses, mais je me sens mieux, parce que je me suis défait de la voiture, et avec mes parents je me suis mis d’accord sur le salaire qui me sert pour en acheter une nouvelle et bien d’autres choses encore.

Analyste: Votre voiture?

Rafael: Oui, je l’avais depuis 15 ans. Elle était complètement démolie. Et avec le salaire je me suis rendu compte que je me sens bien, parce que j’étais énervé. Et donc, aujourd’hui je suis allé à Lanús parce que la voiture était patentée en province, et là j’ai commencé à me souvenir de ce que j’avais avec cette voiture. L’histoire de quand j’ai connu Dorotea, l’auto était à nous. Et comme ça, avec toute l’histoire depuis que je l’avais achetée, de quand on s’est connus, ça fait qu’on s’attache à la voiture.

Dorotea: Depuis qu’on s’est connus on a la voiture. Je trouve que c’est bien, que c’est une bonne idée que tu en achètes une nouvelle. Mais il me semble que travailler avec les parents de nouveau, c’est la déprime…

Rafael : Non, ce n’est pas un retour en arrière, c’est un besoin…

( … )

Rafael:L’argent que je peux obtenir du magasin va servir pour arranger le bureau, améliorer l’entrée, des choses qui vont bénéficier le studio.

Dorotea: Ce qui se passe c’est que je ne sais pas…

Rafael: C’est la réalité, je ne sais pas, toi tu me dis, moi, l’argent ne me suffit pas…

Dorotea: C’est la réalité.

Analyste: Il me semble que se sont deux versions différentes d’une même situation. Je crois que le problème que vous avez est de savoir comment faire pour assumer ce qui est différent entre vous, apprendre à tolérer ou accepter cette différence. Admettre que

Dorotea n’est pas d’accord, mais accepter qu’il s’agit de son point de vue, sans que le fait de l’accepter soit la “déprime”. Quant à l’idée du retour en arrière, ce n’en est pas un pour vous. Chacun a une manière différente de voir les choses sur ce thème.

Rafael: Je suis d’accord,  je ne crois pas que cela soit comme un retour en arrière, car ça fait aussi partie de la réalité.

Dorotea:Non, si c’est un pas en arrière pour en faire vingt en avant, non, je pense que non.

Rafael: C’est pour ça, l’argent de l’hypothèque va sortir de là, tu vois? On est en train de payer.

Dorotea: C’est bien.

Rafael:Moi je crois que le projet est …bien présenté, non ? Elle étudie tous les jours au studio, elle va jouer, tu as joué quatre fois cette année. Tu es en train de faire un tas de choses. Moi je suis en train d’écrire, de composer. Je crois que le projet tient debout, si l’argent ne me suffit pas et je dois faire autre chose, je ne sais pas…

Analyste: Je voudrais reprendre l’idée de la voiture, qui est intéressante. C’était  une nouvelle voiture il y a quinze ans. La voiture c’est comme le projet, il y a quinze ans, c’était un projet nouveau. Mais n’importe quel projet, comme celui de travailler, de faire des choses, vieillit avec le temps, et il faut parfois le remettre à neuf.

Rafael: C’est vrai.

Analyste:Vous avez parlé de changer de voiture, je crois qu’il ne s’agit pas seulement de cela, mais aussi de changer le vieux projet du couple.

Commentaire

Dans cette séance nous pouvons noter que les indicateurs de transmission trans-subjective sont absents ou très peu présents,  et qu’il y a prévalence d’indicateurs de transmission intersubjective.

Parmi les indicateurs syntaxiques de transmission intersubjective nous trouvons les  signifiants métaphoriques des liens,  par exemple le signifiant voiture est  explicitement partagé par les deux membres du couple et il possède un autre sens métaphorique car il fait allusion à l’histoire du  lien et au projet du couple. Nous notons aussi l’utilisation fréquente d’expressions qui impliquent le doute, par exemple Rafael et Dorotea utilisent à différents moments des termes tels que : “je crois”, “je ne sais pas”, etc. . On observe également l’utilisation de temps verbaux potentiels.

Quant aux indicateurs sémantiques nous pouvons remarquer qu’il y a compréhensionmutuelle du sens de ce qui est dit par chacun (quand Rafael et Dorotea font allusion à l’histoire de la voiture qui correspond pour tous deux au début de la vie du couple, et quand Dorotea est d’accord sur le fait d’en acheter une nouvelle).

Il y a également des indicateurs pragmatiques de transmission intersubjective, par exemple lorsque Dorotea et Rafael dialoguent, l’un parle et l’autre écoute en silence, mais lorsque celui qui écoutait en silence prend la parole, ce qu’il dit indique qu’il a compris le sens de ce qui a été énoncé juste avant et en plus il y apport de quelque chose d’inédit.

Mais ce qu’il y a de plus frappant c’est la présence d’indicateurs de Temporalité etd’Historisation car nous pouvons remarquer que les deux membres du couple utilisent fréquemment les trois temps verbaux tout au long de ce fragment de séance. Il existe également des récits construits avec des apports de chacun, autour de l’histoire de la voiture, et ils tissent par ailleurs un récit qui fait référence au studio d’enregistrement et au magasin des parents de Rafael.

Ils parlent tous deux d’un projet vital partagé concernant l’avenir du studio, dans lequel chacun s’inclut de manière différente.

Ici surgit l’histoire dans une prospective, c’est-à-dire un pari pour l’avenir de tous les deux. Soulignons qu’ils sont maintenant subjectivés, différenciés l’un de l’autre, par exemple lorsque Dorotea signale que pour elle, aller travailler dans le magasin des parents de Rafael c’était la déprime, mais elle admet que cela puisse être différent pour lui. Le fait que Rafael puisse prendre une distance vis-à-vis de ses parents et en même temps accepter la possibilité d’être aidé par eux, implique l’acceptation de la brèche inter-générationnelle entre ses progéniteurs et lui, ce qui est partagé par Dorotea.

Par ailleurs, l’idée de se défaire de la vieille voiture représente également des aspects du couple dont il est important de se débarrasser pour rendre possible le développement et la complexité croissante du lien, symbolisés par les projets tels que l’achat de la nouvelle voiture, le studio, le développement musical de chacun d’eux.

Soulignons que dans cette deuxième séance le thérapeute est investi par tous deux dans son rôle, il peut donc interpréter symboliquement puisque la structure du lien thérapeutique le permet.

Dans la seconde séance, mes sensations contre transférentielles étaient diamétralement opposées. Je me sentais acceptés dans ma fonction d’analyste, et expérimentait le plaisir de les écouter et de pouvoir penser. Je pouvais construire des interprétations au niveau symbolique en relation avec le matériel (comme l’interprétation où je fais une relation entre l’idée d’acheter la voiture et laisser la vieille voiture, avec un autre niveau symbolique où je me réfère au changement du vieux projet de couple)

Pour terminer, dans cette séance il y a prévalence du langage verbal, de la symbolisation et des processus de pensée, et émergence de fantasmes secondaires propres à chaque sujet, qui coïncident avec l’activité prédominante du Complexe d’Oedipe comme organisateur du lien ; ceci implique l’acceptation du manque et des différences entre les deux membres du couple, et rend possible l’Altérité et la Transmission Intersubjective. Nous avons ici un Appareil Psychique du Lien de Couple à prédominance de son pôle homomorphique, c’est-àdire, discriminé.


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1 Jaroslavsky Ezequiel Alberto, psychanalyste didacta de la Asociación Psicoanalítica Argentina (IPA), Directeur de la Revue sur la

Web: Psicoanálisis e Intersubjetividad,  www.psicoanalisiseintersubjetividad.com

Mail: ejaroslav@intramed.net

International Review for  Couple and Family Psychoanalysis

IACFP

ISSN 2105-1038