Argumentaire pour le n° 34: MIGRATIONS.
Revue Internationale de Psychanalyse de Couple et de Famille.
Le voyage psychique de la migration : subjectivité, déracinement et la transformation de l’héritage transgénérationnel dans le couple et la famille
Argumentaire psychanalytique
En abordant le thème vaste et complexe des MIGRATIONS, la Revue Internationale de Psychanalyse de Couple et de Famille se propose d’explorer les profondes implications psychiques et relationnelles que ces déplacements ont sur la constitution du groupe familial et du couple.
Toute la communauté intéressée par le thème de la Migration, du Couple et de la Famille sous l’angle psychanalytique est invitée à envoyer des articles aux coordinateurs de ce numéro, dans l’une des trois langues : espagnol, français ou anglais. Les articles doivent être accompagnés d’un résumé dans ces trois langues, ainsi que des mots-clés du travail. La date limite de réception est fixée au 15 mars 2026. Les normes de publication sont disponibles sur le site web de la revue.
Ceci inclut ceux qui migrent en poursuivant un rêve, ceux qui se déplacent pour des dynamiques de travail transnationales, ou ceux qui forment des mariages biculturels. Nous cherchons à maintenir une perspective psychanalytique centrée sur le couple et la famille. Nous prendrons aussi en compte la collusion entre le traumatisme « politique, sociétal » actuel dans certains cas d’immigration « forcée »( persécution politiques, la guerre) et la réminiscence des traumas familiaux antérieurs imprégnés eux aussi de problématiques sociétales ( les cryptes – N. Abraham et M.Torok ). Nous pensons alors aux travaux de R. Kaës sur l’effondrement des métacadres dans le Malêtre. Il y a comme un « collapsus » des enveloppes ( interne -externe ). Nous ne proposerons pas un débat politique ou sociologique, mais nous travaillerons cliniquement le « collapsus » des enveloppes externes et internes.
Nous concevons le processus migratoire comme un véritable voyage psychique, comparable aux moments de crise et de déconstruction de la famille. C’est une crise qui mobilise une régression groupale et qui peut acquérir l’intensité de ce que Berenstein et Puget décrivent comme des transformations traversant le passage du « Un » au « Deux » : le transit d’identités rigides vers un champ du lien où la différence et la co-construction commencent à avoir lieu se produire.
Lorsque ce processus fondateur est interrompu par la migration, la crise nécessaire peut se transformer en une période abusive ou disruptive, un véritable tsunami émotionnel. Le déplacement géographique impose un déracinement et active l’aspect transgénérationnel de manière aiguë. Mais, comme toute crise, cela ouvre aussi des possibilités de réorganisation et de croissance du groupe familial.
La subjectivité et le déracinement : identité, langage, culture, assimilation et adaptation
La décision de migrer implique une profonde mobilisation subjective qui affecte le système familial entier. Le déracinement n’est pas seulement territorial : il implique entraîne une réactivation du patrimoine psychologique transmis entre les générations. En ce sens, Torok et Abraham décrivent comment certains deuils, secrets ou traumas chiffrés peuvent se réactiver lors de déplacements, agissant comme des cryptes silencieuses qui conditionnent l’adaptation.
Le trauma de la séparation et de la rencontre avec de nouvelles coordonnées culturelles intensifie ce mouvement. Les familles doivent affronter simultanément leurs propres marques historiques et les exigences du nouveau milieu. Ce passage requiert une force psychique pour faire face aux anciennes souffrances, pour ouvrir le non-dit et réviser l’hérité.
Dans le nouveau contexte, le couple et la famille se confrontent à des transformations dans le langage, la religion et les coutumes. Ces différences culturelles activent la nécessité de créer de nouvelles identités. Ici, les alliances inconscientes décrites par René Kaës — que ce soit comme supports structurants ou comme défenses restrictives — se manifestent avec une clarté particulière et peuvent faciliter ou entraver le processus d’assimilation et d’adaptation.
Les sujets doivent négocier psychiquement l’intégration dans le nouveau pays, maintenant un équilibre délicat entre adaptation et préservation interne. Cette difficulté se manifeste tant chez ceux qui nient leur origine que chez ceux qui s’y accrochent rigidement.
Le transgénérationnel, les effets symboliques, le biculturel et l’éternel retour
La migration est un puissant activateur de l’inter-, du multi- et du transgénérationnel. La nouvelle famille revisite son héritage pour le réinscrire et le transmettre. Abraham et Torok nous rappellent que la transmission ne se limite pas à des contenus conscients : on hérite aussi de silences, de cryptes, de deuils non élaborés et de pactes secrets.
Les identités fragiles ou les pathologies préalables dans le couple migrant peuvent intensifier cette crise. Dans le lien, Berenstein et Puget soulignent que le couple fonctionne comme un lieu de recomposition symbolique : un espace où l’héritage de chacun doit trouver un moyen de s’articuler avec celui de l’autre pour ouvrir de nouvelles voies.
Les enfants nés dans le nouveau pays, vivant entre les cultures, incarnent cette tension entre le reçu et le nouveau. Ils sont le point où se condense la transformation symbolique et où l’héritage est réécrit.
Les mariages biculturels ouvrent, de plus, des loyautés visibles et invisibles avec la terre d’origine et avec la nouvelle le nouveaux pays. Ces liens peuvent complexifier les processus de séparation, de divorce et les conflits parentaux, surtout lorsque ce qui n’a pas été traité des générations antérieures insiste pour se répéter.
Dans d’autres cas, la migration soutient le fantasme du retour, une défense qui permet au sujet de supporter l’effort psychique qu’implique la reconstruction du patrimoine émotionnel dans un nouveau contexte.
Vers une approche psychanalytique du groupe migrant
L’approche psychanalytique de couple et de famille invite à étudier de quelle manière les liens, les alliances inconscientes, les zones de silence transgénérationnel et les modes de constitution du champ du lien peuvent favoriser ou entraver le transit migratoire.
Il s’agit d’identifier les défenses groupales, les mouvements de distanciation, les échecs de communication et les points où l’héritage transgénérationnel ou les cryptes familiales conditionnent la possibilité de créer un nouveau nous.
Coordinateurs de ce numéro:
Alejandro Tamez: alejandro@tamez.com.mx
Elizabeth Palacios: elipalacios2609@gmail.com