REVUE N° 03 | ANNE 2008 / 1

Processus identificatoires dans les constellations oedipiennes familiales: un cas de relation extraconjugale

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Processus identificatoires dans les constellations oedipiennes familiales: un cas de relation extraconjugale

Thorstensen Sonia * ,Tosta Berlinck Manuel **

Nous présenterons ici l’organisateur oedipien et ses processus identificatoires  comme référence principale dans la thérapie d’un couple dont la plainte est celle d’une liaison extraconjugale du mari et le traumatisme qui en découle.

La littérature concernant la psychanalyse du couple et de la famille est marquée, comme cela ne pourrait manquer de l’être, par les préférences théoriques de chaque auteur. Comme le dit Nestor Braunstein dans son livre Gozo (2007, p.54), la psychanalyse a connu divers moments et chacun d’entre eux correspondra à une modalité différente de la concevoir ; il en est de même pour sa pratique, la place de l’analyste et le processus de sa formation.

Toutefois, comme la structuration oedipienne est le principal organisateur de la famille, l’oedipe sera toujours présent de manière implicite ou explicite dans l’esprit de l’analyste, quand celui-ci se trouvera en face du groupe familial. L’inverse équivaudrait à admettre qu’on devrait donner le même poids aux interventions de tous les membres de la famille. Le sens commun lui-même nous conduit à penser que la parole d’un père, celle d’une mère et celle de l’un de leurs enfants ne peuvent être reçues de manière identique. Dans la famille, chaque membre parle à partir de la position qu’il occupe et qui lui est assignée à l’intérieur de la structure familiale, autrement dit chaque prise de parole de la famille exprime avant tout une position d’où l’on parle. Personnellement, je crois que la tâche principale de l’analyste du couple et de la famille est d’identifier la position d’où chacun parle ; en d’autres termes, de rendre conscients les discours des divers Autres qui, ensemble, constituent cette famille.

Selon Freud (1917, p.333, 337) et Lacan (1938, p.45), la famille s’organise à partir de l’oedipe et de ses vicissitudes. Lacan dit que c’est le complexe d’Oedipe qui définit la forme spécifique de la famille humaine et de toutes ses variations.

Pour Eiguer (1983,p.30) « Différemment des groupes informels, la famille a comme premier organisateur l’oedipe et ses transformations. Ce fait constitue justement la particularité de l’organisation familiale, sa raison d’être sociale ». Et (p.20) « C’est l’oedipe de chaque partenaire qui intervient dans le premier organisateur de la vie familiale inconsciente, le choix de l’objet (choix amoureux), et ce sont les objets parentaux intériorisés qui constituent le noyau de l’inconscient familial ». Cette phrase implique que, lorsque j’accueille un couple, je ne suis pas seulement en contact avec le couple d’individus qui est devant moi, mais avec au moins quatre autres, ou même davantage, selon les situations : leurs géniteurs, quelquefois les géniteurs de ces derniers ou d’autres figures ayant joué un rôle parental. L’expression constellations oedipiennes est pour cela très éclairante car il s’agit en effet d’un entrelacement ou d’une imbrication des parcours oedipiens de chaque membre de la famille. Le noyau de l’inconscient familial, pour utiliser le terme d’Eiguer, est donc formé par l’ensemble de ces fantaisies, ou de cette mythologie, qui constitue ce que nous appelons ici organisateur oedipien. Nous savons que la manière dont l’individu résout l’énigme oedipienne marquera toutes les phases de l’évolution de celui-ci et donc aussi son choix amoureux, la construction de sa vie conjugale, et la constitution de l’oedipe chez ses enfants. Il s’agit en fait d’une transmission transgénérationnelle de positionnements dans la famille au moyen de refoulement, sublimation et identification. Chacun de ses nouveaux membres occupera une place, une position qui lui est destinée, à partir de laquelle il opérera, à sa manière. L’oedipe instaurera la différence sexuelle par l’identification avec le géniteur du même sexe et la répression du désir pour le géniteur du sexe opposé. Simultanément, la différence générationnelle s’établira par la détermination de l’ajournement de la possibilité de la réalisation sexuelle génitale. Nous réfléchirons sur la manière dont la famille ou le couple se comporte en face du complexe d’Oedipe – s’ils le répriment, l’éludent ou l’excluent (forclusion) –  et donc également comment ils se comportent par rapport à la différence sexuelle et générationnelle, même si la famille est monoparentale dans les diverses formes que celle-ci présente (abandon, « production indépendante », mort). Dans ces divers cas, il peut ne pas y avoir la figure réelle du père, mais le vide constitué par l’absence de celle-ci aura un sens et provoquera une réaction. Selon Eiger, la famille, de même que l’individu, s’organise selon un mode névrotique, pervers ou psychotique (Eiguer, 1983, p.33) ce qui entraîne des conséquences aussi bien pour le setting que pour le choix des concepts théoriques nécessaires à la compréhension de ce pathos familial spécifique.

Parler d’organisation oedipienne implique de parler de processus identificatoires. Selon Freud (1921), identification primaire et résolution de l’oedipe sont corrélées. Jean Florence (1994, p.118) parlant de l’importance des indentifications dans la formation du symptôme dit : « Il n’y a pas de symptôme qui ne soit motivé par un roman, c’est-à-dire un ensemble de relations entre des personnages, entre une pluralité de personnages. L’identité névrotique est une identification romanesque ; elle est un mode de pensée inconscient qui modifie le moi. Le moi subit les effets du désir sexuel que représentent les personnes qui agissent dans le roman hystérique. Ce langage situe le moi comme une scène où s’opère une pantomine déterminée ailleurs, sur une Autre scène. Le désir sexuel est l’agent, l’acteur, le sujet actif des scènes qui métamorphosent le moi. Prendre au pied de la lettre le mot identification (Identifizierung) ne va pas manquer d’entraîner de sérieuses conséquences. Le moi vole en éclats, devient malléable et corvéable, soumis à la passion de l’autre, à celle du multiple, de la libido inconsciente, marionnette d’un drame dont il ne peut arriver à deviner les véritables motifs sinon en suivant le jeu des identifications. Celles-ci conduisent à un roman représentatif des pulsions et des défenses inconscientes. Double jeu qu’autorise le romanesque, jeu dramatique étant donné que le désir se met en scène, diffracté en une série de personnages d’emprunt, d’aspects contradictoires ». Ce passage de Florence, décrivant les processus identificatoires complexes et dramatiques qui se produisent dans la formation du symptôme chez l’individu, permet d’augurer la complexité encore plus grande du fonctionnement familial, qui est luimême, comme nous le verrons, la résultante de l’entrelacement, ou de l’imbrication, des processus identificatoires individuels.

Dans le cas que nous allons maintenant relater, il est possible d’établir un rapport entre la formation des symptômes présentés par le couple et les diverses constellations oedipo – identificatoires concernées. J’ai choisi en effet de vous présenter maintenant quelques séquences de séances qui m’ont semblé fondamentales pour la compréhension de l’entrelacement des symptômes individuels et de ceux du couple. Mes interventions cherchent à interrompre la chaîne répétitive des représentations individuelles sur le lien, ouvrant ainsi un espace à de nouvelles représentations et à de nouvelles dynamiques conjugales.

Le cas

Alberto a 43 ans, Beatriz 42, et ils exercent l’un et l’autre une profession libérale. Ils ont une fille adoptive de 11 ans, Luciana. Beatriz me raconte qu’ils sont venus me consulter parce qu’Alberto a eu une liaison extraconjugale avec une collègue de travail, l’année précédente. Outre qu’il l’a trahie, dit-elle, il lui a menti, car il a nié toutes les évidences que Beatriz avait relevées peu à peu et, finalement, après qu’il avait été pris en flagrant délit avec sa maîtresse, elle « l’avait mis à la porte ». Alberto était resté un mois chez ses parents, quand il s’est aperçu de la « bêtise qu’il avait faite ». Il a immédiatement essayé de la reconquérir. Il est alors revenu à la maison, et Beatriz et lui ont décidé de chercher une aide, condition qu’elle a posée pour qu’ils puissent recommencer à vivre ensemble.

Beatriz, d’un ton accusateur, bien que contenu, rapporte en détail tout ce qui est arrivé : les attitudes de l’ex-maîtresse, les dénégations de son mari, l’isolement affectif où ils se trouvaient, chacun de leur côté ; sa souffrance et celle de leur fille. Elle conte également que leurs rapports l’un avec l’autre se dégradaient depuis longtemps déjà.  Comme femme, elle se sentait moins que rien, il ne s’intéressait plus à elle, la laissait de côté, ne prenait pas en considération ce qu’elle disait. Il lui reprochait en outre de ne pas contribuer suffisament à l’économie domestique, ce qui l’humiliait beaucoup. Quelquefois, pour des questions d’argent, sa colère éclatait et il lui disait des paroles dures. Beatriz relate encore qu’elle a connu deux fortes dépressions et qu’elle avait eu envie de mourir, qu’elle restait couchée (elle n’a sollicité l’aide de personne) et qu’elle n’est sortie de tout cela qu’à cause de sa fille.

Alberto, qui l’écoute, se recroqueville sur lui-même dans son fauteuil, pâlit. Il a les traits décomposés mais il est d’accord avec ce qu’elle dit, que les choses se sont bien passées de cette manière, qu’il sait qu’il a mal agi, qu’il faut qu’il change, spécialement par rapport à la difficulté qu’il a de communiquer avec elle et avec sa fille. Il ajoute qu’il est déjà en train de changer et qu’il est venu ici disposé à réparer son erreur. Il raconte qu’il lui a été nécessaire d’aller habiter avec ses parents pour s’apercevoir que les rapports qu’ils avaient entre eux étaient mauvais : une mère qui veut tout régenter, y compris son mari, une soeur bien perturbée, et le père retraité qui ne supporte pas de rester à la maison avec les deux femmes et passe de nombreuses heures par jour à travailler comme prestataire de services en sous-traitance. Je lui demande de m’expliquer pourquoi son père ne supporte pas les femmes à la maison. Il explique que sa mère a toujours été dominatrice et que lui-même, quand il était petit, n’écoutait pas ce qu’elle disait, ni les reproches qu’elle lui faisait ; il n’y prêtait aucune attention et vivait dans son monde à lui. Il me raconte un souvenir de son enfance encore très vivant, où il joue avec sa petite auto, cachê derrière le sofá de la salle de séjour pour se mettre à l’abri des interventions possibles de sa mère. Celle-ci est, jusqu’à maintenant, fortement hypocondriaque et toujours en quête de médecins et de médicaments. Ils habitaient alors un petit appartement et lui passait la plus grande partie de son temps devant la télévision. Comme il était très bon élève, ils le laissaient tranquille. Maintenant il se rendait compte de la mauvaise qualité des rapports entre ses parents et ne voulait pas de cela pour lui.

Beatriz est une femme d’apparence très jeune, jolie et soignée de sa personne. Il semble que ses parents l’aiment beaucoup, qu’ils lui donnent leur appui. Elle s’identifie à sa mère, celle-ci se présentant comme quelqu’un qui agit « comme il faut ». Elle, comme fille unique, est très consciente de sa fonction, qui est de correspondre aux attentes de ses parents à son égard. De son côté, Alberto, comme il le dit lui-même, semble faire en ce moment un grand effort en direction d’une plus grande complexité émotionnelle. J’émets une première hypothèse de travail (à mon usage) à savoir que possiblement la mère envahissante a engendré des dissociations importantes dans sa vie psychique, ce qui a produit chez lui isolement, aliénation et pauvreté affective. Je le sens « peu raffiné » émotionnellement. Il ne disposait pas d’un modèle paternel lui permettant de faire face à l’invasion de la mère ; le père s’enfuit de la maison et lui, jeune garçon, se réfugie dans la télévision et les études. Lacan (1938, p.104) dit : « dans les formes diminuées de l’image paternelle, il y a une déviation de l’énergie de sublimation de la direction créative vers sa réclusion en un idéal quelconque d’intégrité narcissique ». Alberto se réfugie dans l’isolement affectif, développe peu ses habiletés relationnelles et de communication ; plus tard, sa femme dira « il ne me parle pas, il n’écoute pas ce que je lui dis ». A d’autres moments, il s’identifie à la mère envahissante. La femme me dit : « Quand nous nous sommes mariés, il est devenu mon propriétaire ». Alberto, devant les frustrations inhérentes à la relation, oscille entre l’identification au modèle aliéné du père et l’identification à la mère dominatrice et autoritaire. Dans mon travail auprés de ce couple, j’ai dû tenir compte de la problématique pré-oedipienne d’Alberto dans son rapport avec as mère, qui l’amené à se retirer dans um isolement affectif pour se proteger contre une éventuelle invasion par les contenus susceptibles de conduire à la  folie, qui étaient ceux de sa mère.Dans le transfert qu’il opère sur moi et latéralement sur Beatriz, nous sommes toutes les deux identifiées avec la mère pertubatrice et il se replie sur luimême, pâlit d’anxiété, car cette fois-ci il ne peut se dérober, comme il l’a toujours fait, comme son père, au risque de perdre son épouse. À la fin des premières séances, il declare soulagé “J’ai survécu, du moins pour ce qui est d’aujourd’hui ».

Quand je leur demande à quel moment ils sentent que les problèmes ont commencé, ils répondent qu’au début les choses allaient bien, que tous les deux travaillaient beaucoup pour pouvoir acheter l’appartement, lui en particulier ; ils ne pensaient pas à avoir un enfant. C’est alors qu’on décèle chez Beatriz un problème gynécologique et qu’elle commence à suivre un traitement. C’est à ce moment qu’elle apprend l’existence d’un bébé nouveau-né, une petite fille, abandonnée, en attente d’adoption. Elle est très sensibilisée, va voir cette enfant, et ce fut, selon elle, « le coup de foudre ». Quand elle fait part à Alberto de son désir d’adopter le bébé, celui-ci réagit de manière extrêmement négative. L’impasse va durer un mois, elle allant voir l’enfant tous les jours et se renseignant sur la possibilité juridique de l’adoption. Finalement, elle obtient la garde provisoire de l’enfant.

Albert dit que, dès que l’enfant a surgi dans sa vie, Beatriz a été perturbée et, le jour où le bébé est arrivé, il a senti ceci : « le matin, j’ai pris congé de ma femme pour retrouver le soir une mère. Elle n’est jamais redevenue ce qu’elle était avant ». Beatriz raconte que ce n’est qu’au bout de très longtemps que son mari a fini par accepter le bébé, il disait qu’on ne connaissait pas ses antécédents. Ces propos l’avaient blessée et elle s’était attachée encore davantage à son bébé. « Nous étions toutes les deux contre lui ». Alberto, de son côté, dit : « Je ne pensais pas du tout à avoir un enfant, ma femme était en traitement, c’était quelque chose pour plus tard ». Beatriz ajoute que Luciana régurgitait beaucoup, qu’elle lui faisait passer des nuits blanches, alors que justement elle essayait de maintenir ses activités professionnelles dans la journée et, par ailleurs, elle avait pris pour garder son enfant une femme qui se faisait passer pour la mère de l’enfant, ce qui la mettait dans une colère folle. Et il lui fallait encore faire face à l’attitude de rejet de son mari à l’égard de l’enfant.

En entendant cela, Alberto se fait tout petit, se sent coupable. Il est livide. Il dit « Ça a dû être horrible pour elle ». Je lui dis qu’il lui a fallu de son côté avaler des couleuvres de bonne taille ». « Ah ! oui, vous l’avez bien dit, » répond-il  un peu soulagé. Je lui demande à elle si elle sentait combien elle avait peu tenu compte de son désir à lui. Elle me regarde, un peu surprise, répond que l’enfant était très mignonne, qu’elle s’est prise d’affection pour elle immédiatement, que c’était un véritable songe, un « présent du ciel ». Comment aurait-elle pu ne pas la garder ? Je lui demande si c’était qu’elle craignait de ne pas pouvoir avoir d’enfants. Elle me dit que non, que jamais son médecin ne lui a dit qu’elle ne pourrait pas en avoir. Je lui demande à lui pourquoi alors ils n’en ont pas eu. Alberto répond : «Impossible! On n’arrivait déjà pas à élever une fille, une seule ! Imaginez un peu s’il y en avait eu d’autres ! Payer l’école, les cours d’informatique, d’anglais…Pas question ». J’ajoute « Si une fille vous avait déjà fait perdre votre femme, qu’en aurait-il été si vous en aviez eu plusieurs, n’est-ce pas ? ».  Il rit beaucoup.

On perçoit que la relation de Beatriz avec Luciana est beaucoup indifférenciée et, qu’il devait déjà s’être produit au début de ses rapports avec Alberto quelque chose qui ne la satisfaisait pas, sans que toutefois elle en ait eu conscience ; peut-être ce à quoi j’ai donné le nom de « faible raffinement émotionnel » de sa part à lui, et qui, s’ajoutant au lien qu’Alberto avait avec sa mère, reléguait Beatriz à la position de tiers exclu. D’un autre côté, Alberto lui-même dit que, avec l’arrivée du bébé, il a perdu sa femme et qu’il était donc devenu le tiers exclu de ces rapports entre Beatriz et Luciana, une situation à laquelle quelques années plus tard, il a, inconsciemment, voulu donner une réponse à la hauteur en prenant une maîtresse. Il semble bien que, aussitôt après leur mariage, Alberto ait adopté envers sa femme l’attitude dominatrice de sa mère envers son père, en inversant les rôles. Beatriz essaiera bien de le contenir dans certaines limites mais ce ne sera pas suffisant, pour des motifs que nous verrons plus loin.

Lors de l’une des séances, Beatriz dit mieux comprendre le pourquoi de tout ce qui est arrivé, mais qu’elle n’accepte pas d’avoir été trompée de la sorte ni la manière arrogante dont il l’a traitée ; c’est une chose qu’elle n’arrive pas à lui pardonner, pas plus qu’elle n’arrive à se pardonner à elle même d’avoir supporté cette situation. Lui se fait tout petit sur sa chaise et change de couleur, elle module le ton de l’accusation pour l’épargner. Je signale cette caractéristique qui est la leur, qu’ils ont le souci de se ménager l’un l’autre dans leur relation. Elle dit qu’elle est furieuse et qu’elle sent qu’elle ne peut pas tout déverser sur lui.

Lors d’une autre séance, elle arrive tout en colère, contant qu’ils étaient allés chez sa belle-mère, que celle-ci avait fait des remarques cruelles sur son compte et     qu’Alberto, comme toujours, n’avait pas ouvert la bouche. Elle dit qu’il n’avait rien retenu de ce que nous étions en train de discuter pendant les séances et qu’elle ne voyait aucune solution pour améliorer leurs rapports. Alberto admet que l’attitude de sa mère a été injuste mais qu’il n’a pas eu la présence d’esprit de « mettre des limites ». Il se montre abattu en raison de cette « faiblesse ».

Beatriz met alors à plat toute cette histoire triangulaire ; elle explique que sa belle-mère se posait en propriétaire de son fils et de la maison du couple, et que, sous prétexte d’aider, elle envahissait tout et imposait son propre style. Elle ne cessait de répéter que son « pauvre » fils était obligé de travailler très dur pour assurer la vie du couple « quelle perle, le mari que je t’ai donné » ; une fois, elle lui a dit qu’il n’était pas question qu’elle se mette en tête de faire un enfant tout de suite. Beatriz a senti cette phrase comme une intrusion dans leur vie sexuelle. Quand on le lui demandait, elle (sa belle-mère) s’occupait de sa petite fille mais ne manquait pas de faire remarquer qu’elle leur faisait une grande faveur. Au moment de la crise du couple, elle a dit à son fils que, pour commencer une liaison avec una autre femme, il devait rompre avec la première, comme si elle n’avait aucune considération pour Beatriz. Alberto confirme cet épisode et, au rappel de cette passivité d’Alberto face à sa mère, Beatriz devient de plus en plus furieuse.

Je signale à Alberto qu’il est maintenant en train de prendre conscience de ces aspects de sa relation avec sa mère et qu’il n’aura pas de réponse toute prête à opposer aux invasions de celle-ci, parce que son père ne lui a pas montré comment réagir d’une autre manière. Mettre des limites à sa mère, à la différence de ce qui arrivait dans l’aliénation antérieure, est une habileté qu’il lui faudra désormais acquérir.

Je signale également que nous passons de la situation triangulaire avec la maîtresse à une situation triangulaire avec la mère. Beatriz énumère alors diverses occasions où, leur liaison déjà terminée, l’exmaîtresse de son mari continuait à lui téléphoner et lui ne lui imposait aucune limite claire, et, la dernière fois, elle lui avait pris des mains le portable et avait dit elle-même son fait à cette femme ; et comment l’attitude qu’elle avait dû prendre l’avait frustrée. Lui se défend « Je me suis aperçu peu à peu que cette femme était complètement folle et j’ai eu peur qu’elle fasse une bêtise ». Moi, plaisantant « Et oui ! dire non à des femmes folles et envahissantes, ce n’est pas sa spécialité ! » Elle, en colère : « Et pourquoi avec moi a-t-il toujours été autoritaire et exigeant ? » Moi, sur le même ton que précédemment : « Il semble que pour vivre ensemble, il avait choisi une femme plus douce, non ? » Je me dis que, probablement, dans son marriage il a trouvé que la meilleure solution était de s’identifier à la mère autoritaire et envahissante plutôt qu’au père, passif face à la mère, mais je n’ai pas trouvé prudent de faire cette interprétation à ce moment-là. Je me suis également demandé pourquoi il avait choisi une maîtresse folle et envahissante ou si c’était seulement parce qu’il était en quête d’une relation fusionnelle exclusive.

Plus tard, à l’anniversaire de sa belle-soeur, Beatriz, bien qu’elle ait encouragé sa fille à accompagner son père, refuse d’y aller elle-même. Elle entend rester à distance de sa belle-mère. Sa mère le lui reproche alors fortement, et elle de son côté impose des limites à sa mère « Ne t’occupe pas de ça, ces choses-là, je les résous moi-même ».

À la séance suivante, Beatriz se dit très angoissée. Elle demande une séance de couple extra, dit qu’elle se sent de plus en plus loin d’Alberto, qu’elle a perdu le goût de se pomponner pour l’attendre et d’être à sa disposition comme elle l’avait toujours été. Les souvenirs de l’époque de la relation extraconjugale la poursuivent, voilà un an que tout cela est arrivé et elle croit qu’elle ne va jamais arriver à surmonter le traumatisme de cet épisode. Au début de notre travail ensemble elle se sentait plus proche de lui qu’elle ne l’est maintenant. Je lui demande quand elle a commencé à s’éloigner de lui. Elle conte que cet éloignement remonte à l’incident avec sa belle-mère, lors duquel il ne l’a pas défendue et qu’elle n’a aucun espoir qu’il change. Il se montre assez angoissée.

Je sens que la complémentation névrotique des deux est déjà évidente et peut être signalée. Cela signifie qu’elle passera de la condition d’accusatrice à celle d’impliquée dans la situation conjugale dans laquelle ils vivent.

Je lui signale que, comme fille unique, très aimée par ses parents, elle a adopté l’attitude de la bonne fille qui cherche à leur faire plaisir, à correspondre à leurs attentes à son égard, de celle qui fait tout impeccablement comme sa mère le lui a appris, et qui se sent coupable dès qu’elle s’écarte de ce modèle. Elle se met à pleurer et dit qu’Alberto lui fait des reproches à tout propos, rejette sur elle la responsabilité des dépenses du couple alors qu’en fait tout est décidé en commun et qu’elle ne fait qu’exécuter. Et pourtant, quand ils sont à court d’argent, il l’accuse d’être dépensière. Elle se trouvait complètement nulle, se faisait un tas de reproches, oubliait les responsabilités à lui sur cette question. M’adressant alors à lui, je lui dit qu’arrivant à la maison la tête pleine de problèmes de travail il est possible qu’il décharge sur elle sa mauvaise humeur, il a pu se faire qu’elle ait interprété son irritation comme une accusation. Elle crie presque « Mais cela arrive sans arrêt ». Je lui fais remarquer que sa dépression peut avoir été provoquée par cet emmurement où elle se trouve prise entre les auto-exigences qu’elle s’impose, parce que fille des attentes de ses parents, et les accusations dues à la mauvaise humeur d’Alberto, ce qui fait d’elle une coupable au carré. Elle confirme, très révoltée. Il est tout intimidé sur sa chaise et se met à pleurer. Elle, prévenante, lui passe un mouchoir. Il dit : «  C’est arrivé souvent. Comme tout cela est difficile, je ne vais jamais comprendre comment ces choses-là fonctionnent ». Je lui dit qu’il est actuellement dans une phase de grandes modifications, qu’il est en train d’apprendre à se familiariser avec une plus grande complexité émotionnelle.

J’ajoute que de la même manière une grande modification est en train de s’opérer en elle, aussi bien quand elle refuse d’aller à l’anniversaire de sa belle-soeur que lorsqu’elle ne laisse pas sa mère lui faire de reproches à ce sujet. Et qu’avant tout, il lui faut veiller à ne plus donner dans le piège de la femme parfaite, répondant ainsi aux attentes de ses propres parents et reconsidérer sa passivité face aux accusations injustifiées de son mari. Elle dit qu’il y a longtemps qu’elle savait que leur vie de couple ne la satisfaisait pas, mais qu’il n’écoutait pas ses plaintes, qu’elle cherchait à faire des efforts pour que ça marche bien et qu’elle se jugeait coupable de ce qui n’était pas bon.

Je lui dis que c’est peut-être de là qu’a surgi l’envie compulsive de l’adoption, Luciana apparaissant comme le salut pour la carence affective qu’elle vivait dans la relation avec Alberto, le rôle de mère suppléant aux lacunes du mariage. De même que, dans le passé, l’arrivée de Luciana était venue combler un vide, l’insatisfaction à elle, la relation extraconjugale était venue, quelques années après, combler un autre vide : les insatisfactions à lui, et spécialement son ressentiment devant l’entrée du bébé au milieu de leur couple.

A la session suivante, il commence à se dire très impressionné par ce qu’il a appelé son côté macabre, la manière dont il décharge sur elle ses insatisfactions de toute sorte, spécialement ses insatisfactions professionnelles, sa difficulté à percevoir le côté émotionnel, ce qui le fait passer à côté de ce que Beatriz sentait. Elle en profite pour relater, en colère, qu’il l’avait offert un très beau cabinet de travail et qu’ensuite, quand la situation financière était devenue critique, il s’était mis à l’accuser d’avoir un cabinet bien meilleur que le sien, ce qui l’avait fortement culpabilisée. Beatriz manifeste déjà son ressentiment de manière plus directe et, devant cette attaque, Alberto, comme il l’a toujours fait, s’enfonce dans son fauteuil, livide.

Je sens qu’il me faut équilibrer la situation et je me tourne du côté de Beatriz pour la sonder, sans avoir aucune idée de ce que j’allais rencontrer. Je lui demande comment il pouvait se faire qu’une femme moderne comme elle ait pu se laisser prendre dans un tel engrenage : être accusée injustement, se sentir culpabilisée, rester muette au point de connaître deux dépressions sérieuses. Beatriz hésite, conte quelques faits épars. Subitement, elle se souvient et raconte d’une seule traite, par phrases entrecoupées, que l’aîné des beaux-frères de sa mère avait abusé sexuellement d’elle (sa mère), que celle-ci s’en était plainte à sa propre mère (la grand-mère de Beatriz) et qu’elle se serait entendu dire qu’on ne pouvait rien faire, sans quoi sa soeur serait obligée de se séparer de son mari. Son père, le grand-père de Beatriz, mis au courant, n’avait pas agi davantage. Dans l’enfance et l’adolescence de Beatriz, ce même oncle avait, à plusieurs reprises, pratiqué sur elle des attouchements. Elle s’en était plainte à sa mère, qui lui avait répondu que ce qui lui arrivait n’était rien auprès de ce qui lui était arrivé à elle-même dans le passé. Du coup, subitement, Beatriz, hors d’elle-même, déclare toute furieuse : « Si un homme s’avise de toucher à ma fille, je lui saute à la gorge et je le tue ». Alberto lui aussi est perturbé et dit qu’il n’avait jamais entendu parler de cette histoire, qu’il ne s’attendait pas à ça. Il pensait qu’elle allait plutôt conter combien elle était bouleversée quand ses parents se querellaient. Une fois il l’avait trouvée, accroupie à même le sol et en pleurs, dans la chambre voisine de celle où ses parents se disputaient.

Tous les deux ont été secoués par tout ce qui a surgi. Je dis que maintenant on peut comprendre pourquoi Béatrice se taisait quand elle se sentait injustement attaquée par Alberto, étant donné que c’est ce qu’elle avait appris auprès de sa mère, que les problèmes à l’intérieur de la famille devaient être passés sous silence pour qu’il n’y ait pas de séparation.

Je commence à mieux comprendre les dépressions de Beatriz, son attitude réservée en face de la trahison de son mari, sa retenue quand elle exprime sa colère et surtout son angoisse dans les dernières séances. Beatriz se trouve, sans en avoir conscience, prisonnière de normes familiales peu explicites et non remises en question, qui se réfèrent à l’attitude de la femme en face de l’homme et sa jouissance. J’utilise à dessein le terme jouissance et non désir parce que c’est de cela qu’il s’agit ici : la jouissance sexuelle non-castrée du beau-frère de la mère, la jouissance agressive des déplacements verbaux du mari de mauvaise humeur (« Mon côté macabre » comme il dit). Beatriz a reçu comme héritage de sa famille une norme inconsciente, à savoir que pour conserver le désir qu’éprouve l’homme pour elle, et donc maintenir la famille unie, la femme doit s’offrir à sa jouissance. C’est le prix à payer. On réprime sa rage pour le bien de la famille et c’est la dépression qui surgit pour la remplacer. Dans le travail thérapeuthique, la répression de la colère s’affaiblit et, avant d’avoir pu symboliser la norme, elle dit, furieuse, « si un homme s’avise de toucher à ma fille, je le tue ». Probablement que l’amertume de Beatriz vient surtout du fait qu’Alberto n’est pas capable de sauter à la gorge de ses agresseurs (dans le cas, sa belle-mère) pour la défendre et la sauver de la prison que constitue son héritage familial.

Le concept de transmission psychique transgénérationnelle est fondamental pour comprendre le fonctionnement de la famille aussi bien que celui de l’individu. Freud l’avait déjà mentionné d’innombrables fois et dans des sens différents (voir Inglês – Mazzarela, 2006, p.39). Ce concept est très utilisé aujourd’hui spécialement comme transmission des non-dits, des tabous réprimés par la famille, qui demeurent comme un héritage et qui surgiront comme symptômes, en général à la troisième génération (voir Inglês – Mazzarela, 2006, p. 110). Lacan (1938, p.49) affirme clairement que la transmission transgénérationnelle se produit de manière très ample, sous une forme consciente et inconsciente,  et entraîne la transmission de complexes, d’imagos, de sentiments et de croyances, ce qui implique que la construction de la subjectivité se produit non seulement à partir d’élaborations intrasubjectives mais aussi du relationnel ou de l’intersubjectif.

Quelques considérations finales

Bien que l’oedipe soit l’organisateur principal de la famille, d’autres organisateurs y sont également impliqués. Dans son travail de 1938, Lacan parle déjà de trois complexes familiaux : les complexes maternel, fraternel et oedipien, qui fonctionnent ensemble, aussi bien dans la constitution de l’individu que dans celle de la famille. Nous dirons toutefois, à la suite de Lacan, que c’« est le complexe d’Oedipe qui définit la forme spécifique de la famille humaine et de toutes ses variations ». Les individus s’unissent, inconsciemment en quête d’une nouvelle rencontre avec les bonnes parties des objets primordiaux auxquels ils ont renoncé dans le passé. Les diverses manières dont ils réagissent aux frustrations inhérentes au brisement de cette illusion constituent le symptôme du couple.

C’est ainsi que, victime d’une illusion fusionnelle, Alberto ne supporte pas que Beatriz s’écarte du rôle de mère idéalisée et inconditionnellement sienne et qu’elle interpose sa fille entre eux deux. D’ un autre côté, il ne réussit pas à se rapprocher d’elle affectivement ni à prêter l’oreille à ses plaintes concernant leur relation. En effect, l’isolement affectif qu’il a dû construire entre lui et sa mère l’empêche de se sentir proche de sa femme et de sés besoins. Elle dit “Il ne m’écoute pas”. Avoir une maîtresse pour être découvert (dans son propre milieu de travail) est l’expression d’un désir, celui que Beatriz se sente exclué,  comme lui-même s’est senti exclu par l’arrivée du bébé. Beatriz, de son côté, rêve d’une relation idyllique, sans les heurts qui marquent celle de ses parents et, pour cette raison, réprime la colère découlant des frustrations de sa relation, en s’identifiant selon le mode oedipien avec sa mère « surtout pas de vagues » ; elle s’efforce de remplir le rôle de mère « adéquate », conjointement avec une relation « adéquate », au prix de deux dépressions importantes. Quand on réussit à écarter le refoulement qui cachait le réel de l’abus sexuel, elle peut entrer en contact avec sa colère, sortir du rôle de fille du désir de sa mère et agir pour son propre compte. Du même coup, elle cesse de complémenter de manière masochiste la jouissance sadique d’Alberto et ses déchargements vindicatifs à son égard. Lui, craignant de la perdre, fait un gros effort pour échapper à son enfermement narcissique, de sorte qu’il puisse mieux la distinguer de lui-même, revoir ses nécessités fusionnelles et accepter de la partager avec sa fille.

Quand le symptôme de l’un des partenaires « s’imbrique » dans le symptôme de l’autre, se forme le symptôme du couple ; le cercle vicieux de la répétition s’installe, rendant impossible la solution créative des problèmes qui surgissent dans la relation. Dans le cas ici rapporté, le démontage de cette imbrication de symptômes se produit par la prise de conscience des intertransferts conjugaux. J’appelle intertransferts conjugaux les transferts réciproques que les partenaires effectuent entre eux, en projetant sur l’autre les affects, les attentes et les conflits originaires oedipiens aussi bien que pré-oedipiens. Le vigueur et la clarté avec lesquelles surgissent ces  intertransferts semblent bien confirmer l’importance des vécus primordiaux dans le choix amoureux adult (citation de Eiguer à la page 1 de ce texte).

Les symptômes du couple sont donc compris comme un entrelacement de symptômes individuels qui, lorsqu’ils se fixent de manière complémentaire, provoquent la stagnation de la relation, dans un cercle répétitif et sans issue. À mesure que les symptômes individuels et leurs origines antérieures à la relation sont compris par les deux partenaires, peut surgir une complicité affective et s’établir un cercle vertueux dans la relation.

Il est également important de souligner que, lorsque nous parlons d’organisateur oedipien, nous suivons la pensée lacanienne sur l’oedipe structurel (Bleichmar, H.1980, 1e partie). Nous nous référons donc à une fonction symbolique à exercer à l’égard de l’enfant, ce qui lui permettra en quelque sorte, si tout marche bien, de renoncer à son premier objet, une étape dont, tout au long de sa vie, il portera inévitablement les marques. Nous ne parlons pas de la personne du père en elle-même mais de celui ou de ce qui remplit cette fonction. Ce peut être le père biologique, le beau-père, le père intérieur de la mère, son travail, sa religion. Quelqu’un qui puisse capturer le désir de la mère et qui fasse en sorte qu’elle transmette à son bébé que celui-ci ne la complète pas. C’est cette fonction interdisant la jouissance de la complétude primordiale du bébé avec sa mère que nous appelons fonction du père et qui permet le surgissement du sujet du désir. Il se peut que cette fonction ne soit pas remplie ou le soit seulement partiellement, qu’il y ait ou non présence physique du père.

Dans ce sens, il ne convient pas de dire que le paradigme oedipien établi par Freud, à partir de la famille bourgeoise du XIX e siècle, ne sert pas à comprendre la famille contemporaine, si différente dans sa forme de celle-là. Comme le dit Mezan (2007, p.37), « l’oedipe est l’oedipe : le sujet, l’objet de son désir, la puissance qui l’interdit. Et la figure empirique qui occupe l’une des pointes du triangle ne se réduit pas obligatoirement au père biologique ». Quand donc nous nous référons aux familles contemporaines « alternatives », nous pourrons aussi bien parler d’une famille où s’est produite la structuration oedipienne, qu’elle ait ou non un format différent du format traditionnel, que d’une famille qui a éludé l’oedipe ou l´a exclu (par forclusion), ce qui entraîne des conséquences très importantes pour le mode d’intervention de l’analyste.

Dans le cas présenté ici, j’ai cherché à montrer comment, em donnant la priorité dans notre travail aux transferts réciproques d’un partenaire sur l’autre, s’était mis en marche un processus de changement.

– Traducteur : Jean Briant


Références indiquées

Bleichmar, H. 1980. Introduction al estudio de las perversiones. La teoria del Edipo en Freud y Lacan. Buenos Aires : Ed Nueva Vision.

Braunstein, N. 1990. La jouissance : un concept lacanien. Ed. Point

Hors-Ligne. En portugais 2007. Gozo. São Paulo: Editora Escuta

Eiguer, A. 1983. Um divan pour la famille. Paris. Éditions du Centurion. En portugais, 1985. Um divã para a família. Porto Alegre: Artes Médicas.

Florence,J. 1987. Les identifications in Manonni, M. et al Les identifications: confrontations de la clinique et de la théorie de Freud à Lacan. En portugais 1994. As identificações. Rio de Janeiro: Ed Relume Dumará

Freud, S. 1917.  Introductory Lectures on Psycho-Analysis (Lecture 21, vol XVI) Standard Edition. London: The Hogarth Press.

Freud, S.1921. Group Psychology and the analysis of the Ego. (cap VII, vol XVIII) Standard Edition. London: The Hogarth Press.

Inglês-Mazzarella, T. 2006. Fazer-se herdeiro: a transmissão psíquica entre gerações. São Paulo: Editora Escuta.

Mezan,R. 2001 in Levisky,D. Um monge no divã. São Paulo: Casa do Psicólogo

Lacan, J. 1938. La família. Buenos Aires: Ed Homo Sapiens.(1977)   * Sonia Thorstensen psychologist, psychoanalyst.

Stanford University’s Masters Degree (1972).

Clinical work in private practice with couples, families and adults, since 1972.

Working in a second Masters Degree at the Catholic University of São Paulo; my dissertation will be on Family Psychoanalysis.


** sociologyst, psychoanalist, Ph.D. (Cornell University, Ithaca, NY,

USA), Professor at the Catholic University of Sao Paulo – PUC-SP,

Brazil, director of the Laboratory of Fundamental Psychopathology

(PUC-SP,Brazil), president of the University Association for Research in

Fundamental Psychopathology, editor of Pulsional Revista de

Psicanálise (Pulsional Journal of Psychoanalysis) and of the Revista Latinoamericana de Psicopatologia Fundamental (LatinAmerican

Journal of Fundamental Psychopathology), director of the Escuta Press.

Revue Internationale de Psychanalyse du Couple et de la Famille

AIPPF

ISSN 2105-1038