REVUE N° 6 | ANNÉE 2009 / 2

Les liens subjectaux et les pathologies transpersonnelles.


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Les liens subjectaux et les pathologies transpersonnelles.

Ce travail approfondit le thème du rapport entre l’intrapsychique et l’interpersonnel dans l’étude et le travail clinique avec les familles et les couples. Il suppose l’existence de plusieurs niveaux de fonctionnement et de compréhension à l’intérieur de ces dispositifs, d’un niveau intrapsychique à un niveau formé par les relations objectales et, enfin, à un niveau constitué par une organisation de liens subjectaux dans laquelle l’individu est immergé dès l’origine de sa vie et qu’il co-construit avec l’autre. Réfléchir sur la réalité clinique en termes de liens subjectaux permet d’appréhender des phénomènes qu’il était difficile de comprendre auparavant, en partant d’une nouvelle perspective de compréhension du fonctionnement mental, et nous éclaire sur la nature transpersonnelle de certaines pathologies, telles que les pathologies psychotiques.

Mots-clé : Liens subjectaux, liens, patohologies transpersonnelles, dissociation.


Los vinculos subjetuales  y las patologias transpersonales

Este trabajo profundiza sobre el tema de la relacion entre lo intrapsiquico y lo interpersonal en el estudio y el trabajo clinico con la familia y con la pareja. Hipotetiza la existencia de mas niveles de funcionamiento y de comprension en este contexto de trabajo, de un nivel intrapsiquico y de un nivel constituido por las relaciones objetales y ademas de otro nivel que esta constituido por una organizacion de “vinculos subjetuales” en los que el individuo esta inmerso desde el origen de su propia vida y que co-construye con el otro. Reflexionar sobre la realidad clinica en terminos de vinculos subjetuales permite explicar fenomenos que son dificiles de comprender.  Desde esta nueva perspectiva para la comprension del funcionamieneto mental,  se puede clarificar la naturalezza trans-personal de cierta patologia, como la patologia psicotica.

Palabras clave: vinculo “subjetual”, vinculo, patologia transpersonal, disociacion.



PANEL

Les liens subjectaux et les pathologies transpersonnelles.

Anna Maria Nicolò[1]

Introduction

On applique souvent à la famille et au couple, malheureusement, des paramètres d’évaluation et des modèles d’intervention propres aux dispositifs individuels ou alors, dans le cas de thérapeutes systémiques ou cognitivistes, on ignore la trame fantasmatique propre à la famille ou au couple, alors que c’est ce qui différencie notre travail de psychanalystes de la famille.

S’il fallait identifier une particularité de cette approche qui la caractérise par rapport au dispositif duel, on pourrait observer que le psychanalyste utilise une perspective d’observation qui met l’accent sur certains aspects tels que l’attention au lien entre les personnes, aux interactions et à l’entrelacement des représentations entre les membres durant la séance. En ce qui me concerne, le focus de l’attention dans mon travail est le rapport entre l’intrapsychique et l’interpersonnel, ainsi que les convergences, les divergences et l’entrelacement entre ces deux niveaux (Nicolò, 2002). C’est sur cet aspect, en particulier, que je cherche à intervenir. Ceci suppose, à mon avis, que ceux qui travaillent avec les familles ou les couples sachent aussi travailler avec l’individu. C’est, en fait, le premier fondement de leur formation, mais cela exige également une approche beaucoup plus complexe sur le plan de l’observation.

Paramètres de l’observation

Que signifie étudier le rapport entre l’intrapsychique et l’interpersonnel ?

Aujourd’hui, de nombreux psychanalystes dans le monde nous proposent un changement d’optique par rapport à la psychanalyse plus traditionnelle. Ils ont compris que pour lire le monde interne du sujet, ils ne peuvent plus s’intéresser seulement aux projections du sujet singulier, mais doivent aussi considérer la réponse de l’autre, auquel la projection est dirigée, et les modifications produites par ces réponses. Il s’ensuit que, même dans un dispositif duel, on peut observer les phénomènes en termes de couple analytique et, laissant de côté le mythe de la neutralité, étudier ses propres vécus et ceux du patient comme étant co-créés dans la relation.

Il s’agit d’un point important et de différenciation par rapport aux autres modèles de travail. On ne saurait toutefois oublier que l’histoire de la psychanalyse contient de multiples références ou intuitions sur ce point[2].

Bion et Winnicott étudiaient le rapport entre la réalité interne du sujet et son influence sur la réalité externe de l’autre. La projection et son effet sur l’autre, l’utilisation de l’objet, la manière dont l’autre est parasité, exploité, colonisé ou, au contraire, utilisé à l’intérieur de soi ou dans la relation, dans l’économie du sujet singulier ou dans l’économie collective : ce sont les perspectives qui nous sont proposées par ces auteurs.

Bien que ces études aient permis d’énormes avancées dans la clinique et la recherche, elle ne suffisent pas à expliquer ce qui arrive dans les organisations fantasmatiques complexes telles que le couple ou la famille. D’où l’attention pour ce que Kaës dénomme la troisième topique, à savoir un espace psychique, caractérisé par une « réalité psychique, commune et partagée, qui inclut l’espace intersubjectif entre les sujets […] et s’organise sur une articulation entre la réalité psychique du lien et celle du sujet singulier» (Kaës, 2009). Kaës continue en affirmant que « La tâche d’une troisième “topique” est de décrire et de rendre intelligibles les relations complexes qui articulent, distinguent et, par certains côtés, opposent l’espace intrapsychique, celui du sujet singulier, et celui de ces espaces pluriels, organisés par des processus et des formations psychiques spécifiques. Tel est l’enjeu épistémologique. » (Kaës, 2009).

Les multiples niveaux de fonctionnement de la famille et du couple

Pour toutes les raisons que j’ai énumérées ci-dessus, notre observation est devenue plus complexe et multidimensionnelle ; elle n’est pas dirigée uniquement aux contenus du monde interne de l’individu, ni d’ailleurs aux projections de chaque sujet sur un objet de sa propre projection (qui est un deuxième niveau d’analyse). Il y a un autre niveau, un méta-niveau qui nous englobe et qui est formé par le réseau de liens dans lesquels nous sommes intégrés et que nous contribuons à construire et à entretenir.

Dans ces liens, les évaluations qui sont utiles au niveau individuel ne suffisent pas. Nous pourrions essayer d’en expliquer le fonctionnement en observant les identifications projectives réciproques effectuées mutuellement par chacun des partenaires de la relation sur l’autre partenaire, l’imbrication réciproque de ces projections, le contrat inconscient dans le couple qui correspond aux besoins de chacun. Ce genre de théorisation a caractérisé les travaux de l’Anglais Dicks, un des pionniers de la psychanalyse du couple et de ses épigones jusqu’à nos jours. Elle est basée sur la théorie des relations objectales, mais nous pourrions nous demander si cette théorie suffit pour expliquer les phénomènes qui se produisent dans le couple et dans la famille ou que nous voyons dans des pathologies telles que la psychose ou la folie à deux.

En se basant sur le travail d’Harold Searles (1979) sur la symbiose thérapeutique, Ogden décrit la co-création, à la fois par l’analyste et par l’analysant, d’une subjectivité « tierce » qui n’appartient à aucun des deux individuellement, mais qui exige qu’ils émergent chacun dans son rôle respectif. Ogden (1997) ne propose donc pas des mondes parallèles en résonance entre les partenaires d’une interaction, mais plutôt la génération d’une subjectivité combinée, constituée de manière unique[3].

Il y a donc plusieurs auteurs qui, en se référant non pas au couple conjugal, mais au couple analytique, ont parlé de la création d’un objet tiers nouveau, qui s’active dans la relation entre les individus. Dans cette perspective, la notion de lien en tant que tiers élément, construit dans la rencontre entre deux ou plusieurs individus, apparaît comme un instrument utile de compréhension et de travail. Je me pencherai, en particulier, sur ce point que je considère comme important pour comprendre les dynamiques dans ces dispositifs.[4]

Pichon-Rivière met en lumière la différence entre lien et relation d’objet. Dans son texte Teoria del vinculo (1980), il s’interroge : « Pourquoi utilisons-nous le terme lien ? En réalité, nous avons l’habitude d’utiliser la notion de relation d’objet dans la théorie psychanalytique, mais la notion de lien est beaucoup plus concrète. La relation d’objet est une structure interne du lien […] Nous pourrions dire que la notion de relation d’objet est l’héritage de la psychologie atomiste, alors que le lien est autre chose qui inclut le comportement. Nous pouvons définir le lien comme un type particulier de relation à un objet ; de cette relation particulière découle une conduite plus ou moins fixe avec cet objet, qui forme un pattern, un modèle de comportement qui a tendance à se répéter automatiquement tant dans la relation interne que dans la relation externe avec l’objet.[5] »

Berenstein est sur la même ligne. Il nous rappelle que la reconnaissance de la présence de l’autre, comme irréductiblement étranger au Soi, avec lequel nous sommes dans une relation aussi bien fantasmatique que réelle, peut être extrêmement créative. En effet, dès lors qu’il est impossible de l’assumer comme nous appartenant, de le refuser ou de l’expulser, à moins de rompre le lien, si celui-ci – pour paraphraser Berenstein – ne se transforme pas en absent ou ne disparaît pas comme étranger, il exige de nous que nous nous modifions comme sujet. Toutes ces considérations ont comme conséquence le fait que la personne de l’autre, pour l’aspect qui est perçu comme externe au Soi et distinct du domaine de nos projections, nous offre un champ d’expérience radicalement différent de l’autre entendu dans le sens subjectif.

Comme nous le rappelle toujours Berenstein, l’incapacité de tolérer cet élément, qui se constitue comme étranger par rapport à l’identification projective réciproque, cette présence irréductible de l’autre comme sujet extérieur à nous peut conduire à la tentative de la nier ou de l’annuler avec diverses modalités telles que l’intrusion dans l’autre ou la colonisation de la psyché de l’autre : cela arrive souvent dans les psychoses où il y a à la fois l’incapacité de reconnaître l’autre différencié, en tant que personne autonome dotée de son propre fonctionnement mental, et une intrusion dans l’espace mental de l’autre de pensées, de fantasmes, de secrets, parfois transgénérationnels.

Pour revenir aux questions que j’ai posées au début, nous pouvons affirmer qu’il existe une grande différence entre la notion de relation objectale et la notion de lien ; je pense que la notion de lien est suffisamment explicative pour indiquer les phénomènes qui existent entre un individu et son partenaire dans les couples significatifs et dans la famille. Nous pouvons donc conclure que la théorie des relations objectales traite de la relation du sujet avec SON PROPRE objet et non pas de « la relation entre le sujet et l’objet qui est une relation interpersonnelle » (Kohon).

L’objet de la relation n’est pas seulement l’objet de la projection, mais aussi « le terme d’un processus d’échange psychique et donc il est comme sujet autre, un autre sujet qui insiste et qui résiste en tant qu’autre » (Kaës, 1994, p. 27). Nous parlons ici d’un lien entre sujets ; d’où le choix de l’expression « liens subjectaux ».

Je pense donc que nous devons supposer l’existence de plusieurs niveaux coexistants dans les dynamiques interpersonnelles. Ces niveaux doivent être intégrés pour permettre une meilleure compréhension. Pour en revenir aux paramètres qui guident notre observation, nous devons donc observer un fonctionnement intrapsychique, puis un deuxième niveau représenté par les différentes relations objectales qui existent entre ce sujet et les personnes-objet de sa projection, puis un troisième niveau que l’on peut dénommer lien, qui existe entre deux ou plusieurs sujets et qui est caractéristique de la relation entre un sujet et un autre sujetautre que soi (Nicolò, 1996, 1997, 2000).

Cas clinique

Je rapporterai à présent le cas clinique de supervision d’un couple de patients en traitement depuis environ deux ans.

Gemma et Francesco se présentent à cause d’une crise conjugale. Gemma a découvert que son mari, un entrepreneur qui voyage souvent pour le travail, a depuis environ cinq ans une maîtresse dans une autre ville. Gemma se sent trahie et, surtout, elle ne supporte pas de ne s’être jamais aperçue de rien. Francesco est un homme très renfermé et peu enclin aux confidences ; il semble parfois mentir, bien qu’étant beaucoup plus en contact que sa femme avec des aspects de son monde interne, encore que contradictoires. Sa femme a souvent en séance une attitude contrôlante et intrusive dans sa tentative de connaître les fantasmes et les pensées cachées de son mari. Leurs deux enfants adolescents sont infantilisés et sous le contrôle de la mère, contrôle que Francesco ne parvient pas à empêcher. Francesco a, du reste, une grande admiration pour les capacités de sa femme et sa prestigieuse famille d’origine.

Après avoir longuement analysé la tendance de Gemma à se poser en victime et au masochisme – ce qui l’avait amenée à subir de nombreux comportements de son mari sans que ce dernier ne le lui ait jamais demandé – et après avoir considéré le sens de la fuite de son mari et la nature de sa relation avec sa maîtresse dans une autre ville, une femme qui l’idéalisait sans rien vouloir en retour, la relation semble maintenant plus libre et affectueuse, bien que de nombreux problèmes subsistent.

Dans une séance peu avant les vacances d’été, Gemma commence en portant ce rêve :

Elle se trouvait dans un lieu indéterminé, peut-être en plein air. Il y avait des présences masculines. Elle aurait voulu les mettre dans trois récipients en verre, comme ceux qu’elle avait achetés quelque temps plus tôt. Il y en avait un qui était plus petit.

La femme dit combien ces trois figures étaient indéfinies et les associe au mari, au fils et au père. Elle associe ensuite ces récipients à ceux qui contiennent les fœtus dans les laboratoires. Francesco associe les récipients, que sa femme décrit dans son rêve, aux serpents conservés dans des pots dans les musées d’histoire naturelle et il évoque le film qu’il avait vu la veille avec sa femme où, dans une scène terrible, on voyait une tête qui avait été placée dans un pot pour être conservée, comme un trophée. Le discours passe ensuite aux relations avec les hommes que Gemma a eues quand elle était jeune fille et à la relation de sa fille avec un garçon dévalorisé qui n’est pas fait pour elle, mais qu’elle défend et cherche à valoriser. Francesco affirme que mettre les hommes dans des pots en verre était une manière de les contrôler et de les voir tout le temps. Ils plaisantent tous les deux à ce sujet, bien que Gemma semble très frappée. Elle affirme toutefois qu’à l’origine de ce contrôle il y a peut-être le comportement de son mari. La thérapeute, après avoir remarqué le sentiment de solitude de la femme dans le rêve, car elle n’a aucune relation avec ces hommes, dit que Gemma parle de ces présences masculines et non pas de vrais hommes, comme si au fond elle avait toujours eu peur d’avoir un contact intime avec de vraies personnes en chair et en os.

Gemma observe qu’en effet mettre dans un pot permet de voir, mais non pas de toucher.

Francesco se demande comment se situer dans ce contexte, comment il a pu accepter cela pendant tant d’années et il dit qu’il a toujours eu l’impression que leur relation était une relation d’escrime, où on touche et on garde les distances. Lui aussi, du reste, a toujours été seul.

La thérapeute dit qu’il semble avoir terminé l’interprétation pour la partie qui le concerne.

Sa femme dit qu’elle a beaucoup d’amis, y compris des hommes, et qu’avec l’un d’eux en particulier, maintenant décédé, elle a eu une relation très importante. Il se pourrait aussi que sa relation aux hommes ait toujours été médiatisée par son père qui avait un lien intense avec sa mère. Ils passaient de nombreux après-midi à bavarder ensemble, ce qu’elle n’a jamais pu faire avec son mari. Elle évoque, à ce propos, la relation qu’elle a eue pendant de nombreuses années avec son premier fiancé, qui demeure pour elle l’homme idéal. « Eh bien, dit la femme, avec Emanuele la relation était tout à fait différente : il y avait non seulement une entente sexuelle parfaite, mais aussi une correspondance sur le plan culturel et politique, et sur la vision de la vie. » Elle le fréquente encore comme ami et elle sent que le lien qu’il y avait entre eux existe toujours, quoiqu’affaibli. A la question que lui pose l’analyste : « Comment se fait-il que vous ne vous soyez pas mariés », la femme répond qu’elle était devenue très jalouse quand il avait fait la cour à une autre femme, ne serait-ce que par jeu, comme elle l’avait compris par la suite. Mais entre-temps, elle s’était fiancée avec son mari.

L’analyste remarque, dans son interprétation, que la femme semble avoir fui dans sa vie les liens qui comportaient une forte intimité : elle a quitté son fiancé précédent et s’est liée à un homme qu’elle sentait plus éloigné.

La femme dit que l’intimité se réalise à deux, que le mari a toujours été un peu contrôlé. Francesco la corrige en déclarant qu’il se sent discret et respectueux, tout au plus non intrusif.

La femme confirme et ajoute qu’encore maintenant, quand elle rencontre Emanuele, un climat particulier s’établit d’emblée avec lui, comme s’il y avait une syntonisation immédiate entre leurs fréquences alors que normalement, avec son mari, elle reste dans le non-dit ou le non-explicité. C’est pour elle comme une sorte de valence disponible à la réception ; avec Francesco, ce serait peutêtre possible, mais elle ne l’écoute jamais. Il semblerait, par contre, qu’Emanuele réussit presque magiquement à l’écouter tout de suite. Cette séance semble fournir une indication sur le lien que les deux époux ont construit au fil des années. Ce contrôle défensif réciproque contre l’intimité afin de garder les distances entre eux est le lien qui les unit et les laisse seuls à la fois, en les poussant à chercher ailleurs une intimité qu’aucun des deux n’a jamais pu donner à l’autre. La peur de l’intimité semble être un des traits distinctifs de ce couple, où chaque partenaire reste en équilibre en utilisant l’autre – la maîtresse dans le cas du mari, le travail et les fantasmes dans le cas de la femme – pour rester distant. Les séances suivantes expliquent le sens et l’avantage, ainsi que l’origine, de ce lien entre eux.

Le rêve[6] que j’ai rapporté a mis en lumière non seulement la défense contre l’intimité mise en œuvre par la femme, mais aussi la réponse correspondante du mari. Ces vécus donnaient lieu, dans la réalité, à des comportements réciproques qui renforçaient les vécus correspondants et généraient des défenses personnelles et transpersonnelles. La fuite de Francesco vers une autre femme était non seulement due à sa tentative de ne jamais s’impliquer personnellement et jusqu’au bout avec qui que ce soit, mais c’était aussi une réponse pour compenser une Gemma contrôlante et évasive.

Que peut-on donc définir par le terme lien ?

Il me semble qu’en réduisant la question aux moindres termes, un lien existe si :

  1. il s’agit d’une construction partagée-tierce, co-construite par au moins deux personnes ;
  2. cette construction n’est pas consciente, à moins de la rendre telle par un travail d’élaboration. Elle s’exprime et on peut l’observer en action à travers les comportements, les vécus, les rêves ou les symptômes ;
  3. il doit être en mesure, une fois construit, d’influencer les acteurs qui l’ont produit ;
  4. habituellement inapparent, il devient évident dans la mesure où et quand il conditionne la liberté d’expression de l’individu ;
  5. le lien est différent de la relation objectale s’agissant d’une construction tierce par rapport aux sujets qui le produisent. La relation objectale, en revanche, même si elle produit dans l’échange un « objet partagé » (Teruel), même si elle est à la base de la collusion dans le couple, fruit de la projection et des identifications projectives réciproques, est la réactualisation d’une relation d’objet interne qui a son origine dans le passé ;
  6. le lien, élément nouveau, co-construit, extrait de chacun des partenaires des versions différentes du Soi qui se réactualisent par rapport à ce lien particulier ;
  7. le lien représente la toile de fond, le décor à l’intérieur duquel peuvent évoluer les différentes relations objectales ; en général, il ne se met en évidence que dans les situations pathologiques. Lorsque ce lien empêche le développement de la personnalité de chacun, il peut devenir compensatoire des problèmes de l’autre ou du couple même, en général des aspects psychotiques ou de dépression grave, des problèmes liés aux dynamiques « vie/mort » ;
  8. les vécus de contre-transfert, les interactions, les gestes, les sensations, certains aspects présents dans les rêves sont très utiles pour lire la qualité et la nature des liens dans le dispositif de couple et de famille.

Le lien et le mécanisme de la dissociation

Raisonner en termes de liens subjectaux ouvre des perspectives innovantes dans la compréhension de la pathologie, mais surtout de la normalité. Nous pouvons sûrement affirmer qu’il existe des situations, telles que la psychose, qu’il est très difficile de comprendre pleinement sans tenir compte de ce que ces troubles sont sous-tendus par une « organisation traumatique de liens » particulière et que la psychose n’est pas la maladie d’un sujet singulier, mais un problème de l’organisation tout entière.

Il est plus difficile de comprendre l’existence des liens du point de vue du fonctionnement que chacun de nous manifeste habituellement dans la vie car je crois que les liens constituent une toile de fond, toujours en fonction, de notre existence et qu’ils ne deviennent clairement visibles que dans des situations de stress ou pathologiques.

Je m’intéresse, depuis plusieurs années, à des phénomènes présents même dans des conditions normales où chacun de nous, soumis à des situations éloignées de celles auxquelles il est habitué, peut manifester des comportements ou des vécus absolument étrangers à ceux qu’il exprime habituellement. Ceci m’a semblé particulièrement vrai en observant les dynamiques des couples ou en voyant le comportement différent que les personnes peuvent avoir avec des partenaires différents21.

Toutes ces observations m’ont amenée à approfondir ce thème dans une série d’articles, dont « Versioni del sé e interazioni patologiche » (Versions du Soi et interactions pathologiques) (Nicolò, 1993), que j’essaierai de résumer car je pense pouvoir souscrire encore aujourd’hui à ces affirmations :

« De nombreux psychanalystes[7] ont commencé à mettre en question la conception d’un Soi unitaire et monolithique, en penchant plutôt pour la présence, en chacun de nous, d’un certain nombre de « personnes », objets ou parties qui sont même, parfois, en opposition ou en conflit les uns avec les autres.23… »

S.A. Mitchell (1982-1992) se penche sur ces thèmes en approfondissant la relation entre le Soi en tant que configuration relationnelle, multiple et discontinue, et un autre aspect du Soi considéré comme « intégral et continu ».

Pour cet auteur, les versions multiples du Soi sont, plus que des

21 En étudiant ces phénomènes, j’ai été frappée par l’affirmation de Meltzer : « Nous avons chacun de multiples relations : certaines sont liées à la partie saine de la personnalité, d’autres à la partie malade, voire même psychotique. C’est pourquoi tous les individus présentent une certaine instabilité du fonctionnement de la personnalité, suivant les rencontres qu’ils font à des moments déterminés » (Meltzer, 1979).

représentations, de véritables manières d’être, des organisations. Dans les travaux que j’ai cités plus haut, je continuais en disant que « l’importance des processus de clivage entre les configurations du Soi différencie les situations normales des processus d’identités multiples des borderline et des psychotiques, ces derniers souffrant d’un sentiment de manque de continuité de l’expérience et d’un manque de cohésion interne. Dans la personnalité normale, les différentes versions sont contiguës, en relation les unes avec les autres et, sous certains aspects, assez semblables, contrairement aux situations franchement pathologiques que la littérature a représentées, de façon admirable, dans le dédoublement entre le Dr Jekyll et M. Hyde. »

« Dans une certaine mesure, chacun de nous se configure différemment en fonction des relations qui existent avec l’autre, à condition qu’il soit significatif. Les relations de couple peuvent s’avérer profondément transformatrices, non seulement parce qu’elles modifient nos expériences internes, mais aussi parce qu’elles activent des versions de nous qui, autrement, demeureraient obsolètes, voire cachées toute la vie. La conception même de l’individu pourrait être revue dans une optique qui met l’accent sur les relations, sur les liens » et sur la dissociation en tant que mécanisme permettant la coexistence de différents aspects du Soi. (Nicolò, 1992)[8].

Les nombreuses études et recherches des dix dernières années sur le traumatisme et sur le fonctionnement des personnalités posttraumatiques ont éclairci davantage ces fonctionnements en décrivant le recours à la dissociation dans ces situations, mais en mettant également en évidence que la présence de ce mécanisme est utile et physiologique dans la personnalité normale. Bromberg affirme, par exemple, que « La dissociation, comme la répression, est une fonction saine et adaptative de la psyché humaine. C’est un processus fondamental qui permet aux états du self individuels de fonctionner de manière optimale (et non seulement de manière défensive) quand l’immersion dans une réalité unique, …….. l’expérience d’être un self unitaire est une illusion acquise et adaptative d’un point de vue développemental. »[9] (cf. Hermans, Kempen, & van Loon, 1992, pp. 29-30; Mitchell, 1991, pp. 127139).

Poursuivant sa réflexion sur ce point, Bromberg considère l’intégration comme étant « essentiellement non différente de tout autre attribut de la personnalité – une construction interpersonnelle forgée conjointement par l’individu et par l’œil du spectateur. Le « spectateur » est souvent une autre personne, mais est toujours, en même temps, une voix dissociée du Soi. « L’intégration » est donc relative au lien avec la réalité externe.

Bromberg décrit ensuite ce champ intersubjectif (the intersubjective field) comme étant capable de conformer la réalité immédiate des participants de la relation « et la manière dont ils se ressentent eux-mêmes et les uns les autres » et il souligne que chaque retrait inattendu du champ perturbe l’état d’esprit de l’autre (« any unsignaled withdrawal from that field by either person will disrupt the other’s state of mind »)[10].

Un exemple clinique intéressant nous est fourni par une séquence clinique d’un couple en traitement. Ce couple m’avait été adressé par l’analyste de la dame qui avait eu l’émergence de symptômes dépressifs à la mort de son père un an plus tôt. Le travail thérapeutique avait amené à développer le fantasme d’une éventuelle séparation. Après une période de traitement, la découverte soudaine de la décision de la femme de se séparer avait créé une situation d’alarme chez le mari. Cet homme, qui n’avait jamais fait de rêves auparavant et qui avait toujours maintenu un contrôle de fer sur toutes ses émotions, entre en crise et porte ce rêve avec lequel il ouvre la première séance après la nouvelle : « Je m’apercevais que je perdais subitement, l’une après l’autre, des parties de mon corps. Je perdais une main, je la recollais, mais entre-temps je perdais l’autre et ainsi de suite avec les jambes, les organes génitaux, les yeux et enfin le cœur. Je me réveillais tout à coup angoissé et, sur le moment, je ne comprenais pas où j’étais. » Il fut facile et presque évident de relier la perte de ces parties du corps à l’angoisse de la séparation d’avec sa femme, et ce fut d’ailleurs lui qui le fit. Le travail continua ensuite de manière plus approfondie. Il me semble toutefois que ce rêve montre bien combien la rupture d’un lien important peut être vécue comme la rupture menaçante de sa propre intégrité.

La confirmation réciproque que les individus participant à l’interaction se donnent de manière spontanée et automatique. C’est un aspect qui mérite également notre attention car il montre la syntonisation réciproque naturelle de chaque individu par rapport à l’autre – comme l’évoquait la patiente ci-dessus – et l’adaptation silencieuse et réciproque des deux psychés qui participent à ce lien au point que le retrait de l’un des sujets perturbe l’état d’esprit de l’autre.

Nous n’avons pas encore compris ce qui déclenche cette syntonie que les théoriciens de l’amour à première vue qualifient parfois de « coup de foudre ». Cette syntonisation réciproque peut également être observée dans les groupes de personnes qui se rencontrent pour la première fois. Ce qui se passe dans la relation entre la mère et le nouveau-né est étonnant à cet égard, comme peuvent en témoigner tous ceux qui se sont occupés d’observation de bébés selon la méthode d’Esther Bick. Il arrive souvent, dans ces situations, de voir une réponse agie ou somatique naturelle de l’enfant à des fonctionnements particuliers de la mère, une réponse réciproque entre les deux qui se traduit peu après par des comportements réciproques répétitifs.[11]

Le corollaire de cette hypothèse est que chacun de nous, dans certaines limites, établit des liens en partie différents avec des personnes différentes, suivant les dimensions dissociées du Soi qui se mettent en œuvre dans ce lien. Dans certaines limites parce qu’un certain degré de continuité, de congruité et de dialogue entre ces divers aspects constitue la base de notre fonctionnement normal.

Nous pouvons donc dire qu’un lien déterminé fait émerger des configurations dissociées du Soi de chacun de nous. Plus les fonctionnements pathologiques en œuvre sont nombreux, plus ces configurations sont éloignées l’une de l’autre et moins il y a de continuité entre elles. Chez certains patients, ceci est très évident : c’est le cas de Magda, une femme de 38 ans qui avait une double vie conjugale. Avec son amant, elle avait découvert naturellement et très rapidement une sexualité libre et multiforme par laquelle elle se sentait emportée. Elle entretenait avec lui un lien à la limite du contrôle sadomasochiste, teinté de cruauté mentale, où l’élément le plus excitant de la relation était la liberté dans l’expression de l’agressivité qu’elle sentait possible et naturelle. Avec son mari, par contre, elle avait établi une relation romantique et même, à certains égards, infantilisée.

Magda admirait beaucoup son mari, un homme d’une grande culture et sensibilité ; avec lui, elle sentait que s’engageait une relation qui « empruntait des chemins faits de délicatesse et de sensibilité ». Le seul bémol était la difficulté sexuelle du mari : il souffrait d’une forme d’éjaculation précoce qui s’était manifestée quelques mois après le mariage, un mariage qui durait depuis dix ans. Magda n’avait pas le sentiment de tromper son mari car ce qu’elle partageait avec lui, elle le gardait avec respect et discrétion dans l’intimité. Elle comparait les deux relations en disant que l’une était dans l’esprit et l’autre dans le corps. Mais elle reconnaissait aussi que quand elle était avec son amant, elle avait des façons de faire plus libres et agressives même avec les autres. Elle avait, par exemple, étonné une de ses amies d’enfance – qui l’avait rencontrée un soir où elle dînait avec son amant – par sa façon de parler directe et décomplexée, très différente de celle à laquelle cette amie, qui l’avait connue à l’intérieur des murs domestiques, était habituée. La différence de comportement, que même son amie avait remarquée, correspondait, je crois, à un fonctionnement dissocié de la patiente qui avait engagé des versions dissociées du Soi et des liens différents avec chacun des deux hommes.

Le lien et les pathologies transpersonnelles

Nous trouvons un autre exemple de tout ceci dans Théorème de Pasolini. Dans ce film, l’arrivée inattendue d’un jeune beau et mystérieux fait émerger différentes pathologies chez les membres d’une famille de la moyenne bourgeoisie italienne, induisant chez chacun des comportements qui finissent par s’avérer autodestructeurs. Il est intéressant d’observer, dans ce film, la rapidité avec laquelle se met en œuvre le lien destructeur qui semble ravir au-delà et au-dehors de tout usage possible de la parole ou de l’explication chacun des membres de la famille, magiquement engagé dans ce lien.

Le film de Pasolini suscite d’emblée une réflexion sur la nature particulière de la pathologie des liens. On y remarque que, à partir du stimulus (la présence de l’étranger), des pathologies s’activent chez chacun des membres de la famille : chez la femme de chambre, une sorte de délire mystique ; chez la mère, une perversion nymphomane et sadomasochiste ; chez le fils, une relation homosexuelle.

Ces pathologies étaient certes l’expression du fonctionnement individuel de chacun, mais elles avaient été compensées, clivées ou dissociées jusqu’au moment où un stimulus spécifique – déterminé par ce lien obscur, idéalisé, survenu de manière soudaine – les avait fait émerger.

Dans le paragraphe précédent, j’ai affirmé qu’il y a des situations qu’il est très difficile de comprendre pleinement sans se référer au concept d’une « organisation traumatique de liens » spécifique. J’ai mentionné la psychose comme exemple de ce type de fonctionnement et la psychose n’est pas la maladie d’un sujet singulier, mais un problème de l’organisation tout entière.

On observe souvent, dans ces familles, que chacun est à la recherche d’un contenant dans lequel évacuer l’angoisse et le sentiment de solitude et d’inexistence, la honte et l’humiliation profondes, et qu’il le fait en ayant recours à différentes stratégies défensives en général transpersonnelles. Lorsqu’on travaille avec ces familles, on observe entre autres des mécanismes de défense qui ne sont pas seulement individuels comme le refoulement ou la négation. Il y a aussi d’autres mécanismes défensifs qui sont construits collectivement. On observe, par exemple, des mécanismes partagés de fusion maligne contre l’autre et d’occupation de l’esprit de l’autre (entraînant l’annulation de la subjectivité de l’autre) ou bien la réfutation de l’autre et de son existence autonome ou de son identité depuis la naissance. On découvre souvent des histoires incroyables qui cachent des secrets indicibles et souvent non dits, tels que : enfants laissés pour morts, filiations et généalogies gardées secrètes et caractérisées par le secret, abus ou autres traumatismes.

Mais quelle est la raison qui nous permet d’affirmer que ces pathologies des liens sont également transpersonnelles ? Qu’est-ce qu’on entend par ce terme ?

Alors que l’espace interpersonnel est le lieu où s’effectuent les échanges avec l’autre, autre que soi, un espace défini par la différenciation et dans lequel se mettent en œuvre des processus de transformation et d’élaboration du groupe familial dans une dimension créative et évolutive, le transpersonnel est le lieu des communications inconscientes primitives, agies ou somatisées, ainsi que le lieu du transgénérationnel et des défenses transpersonnelles. Kaës indique clairement que ce qui se transmet entre les sujets n’est pas (1993, pp. 17-22) du même ordre que ce qui se transmet à travers eux.[12]

Dans les familles psychotiques, les processus d’élaboration échouent et il y a une attaque contre la pensée parce que l’espace interpersonnel se réduit et qu’il est remplacé par la fusion avec l’autre, par le contrôle ou par l’évacuation des émotions dans l’autre. Dans cette situation, le travail sur les dimensions transpersonnelles devient crucial parce que ces dimensions véhiculent des secrets, des contenus concrets ou somatisés, etc. Dans les dimensions transpersonnelles, on observe également des liens défensifs, expressément créés comme défenses transpersonnelles que la famille organise face aux angoisses partagées produites par les événements du cycle vital ou par des traumatismes occasionnels. Il y a, par exemple, des familles où la somatisation devient une réponse privilégiée, transmise transgénérationnellement et utilisée par plusieurs membres de la famille (Nicolò, 1997, 2000).

A mon avis, les défenses transpersonnelles sont un produit collectif assez stable dans le temps et sont souvent activées par un contexte spécifique. Elles sont un produit collectif dans la mesure où elles « vont au devant » des besoins des sujets participant à la relation. Elles ne s’exercent pas si le partenaire de la relation ne se prête pas, fuit ou n’a pas besoin de cette relation. [13]

Se soigner dans l’autre: comprendre les relationssubjectales

La clinique avec les familles et les couples montre, une fois pour toutes, qu’il existe des manières de se soigner et de tomber malade qui utilisent l’autre, qui consistent à se soigner dans l’autre et à tomber malade à la place de l’autre.

Freud, en parlant du mariage, prenait en considération ses aspects spontanément thérapeutiques et, dans sa réponse hypothétique à un mari, il affirmait même que la guérison de la femme aurait pu entraîner la séparation du couple.

Les auteurs qui se sont occupés, en particulier, de pathologies sévères savent bien à quel point la maladie psychique grave est en fait « une folie interactive » (comme l’affirme Racamier), qu’il y a toujours un autre qui interagit avec elle. « Tomber malade dans l’autre » est un des aspects de la pathologie du lien que nous sommes appelés à soigner dans ces contextes.

On peut également ajouter que ces liens activent chez l’autre des niveaux de fonctionnement mental, d’états du Soi, qui s’actualisent en fonction d’un lien déterminé. On assiste, chez les individus, à des changements étonnants lorsque des liens particuliers qui les emprisonnaient sont dénoués, brisés ou résolus à cause d’événements de la vie ou grâce au travail thérapeutique.

L’apparition ou, au contraire, la disparition de graves dépressions, de symptômes claustro-agoraphobiques après la rupture de liens significatifs, par exemple, nous ont beaucoup étonnés. La fragilité des frontières du Soi des individus engagés dans le lien est une des caractéristiques des aires de fonctionnement primitif et représente souvent un des aspects sur lesquels focaliser le traitement.

Pour répondre de manière efficace à tous ces points qui ne sont encore, en partie, que des hypothèses et des questions, il nous faut toutefois mieux comprendre le statut de l’Autre dans notre vie psychique, dépasser les positions qui mettent toujours au centre notre « Soi inaccessible » pour observer non seulement notre inconscient inquiétant, mais aussi l’Autre qui est en nous, les multiples Autres qui nous constituent et dont nous sommes l’expression, dès l’origine de la vie.


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[1] MD., psychyatrist, training analyst SPI – IPA, director of International Review of Psychoanalysis of Couple and Family.

[2] Bion affirmait, par exemple, que nous devons nous occuper non seulement de l’identification projective, mais aussi de ce que cette identification projective « FAIT » à l’autre. Nous devons donc observer l’effet de ce mécanisme de défense sur la réalité de l’autre, c’est-à-dire à quel point le fantasme exprimé au travers de l’identification projective peut se matérialiser dans la réalité de l’autre et le modifier (Bion, 1962).

Winnicott étudiait, lui aussi, l’utilisation de l’objet et la distinguait de la relation à l’objet, en affirmant que la réponse de l’objet capable de survivre au fantasme destructeur de l’enfant fonde la réalité et sa création. Par cette opération, que Winnicott décrit dans ses célèbres travaux sur l’utilisation de l’objet, l’enfant s’autorise à tester la réponse de l’autre à une certaine manifestation de sa part, vécue dans l’imagination comme étant destructive. Si l’objet survit, cette force vitale, cette cruauté, cette « haine-amour » (Bollas, 1987) que le sujet a éprouvées en ce temps-là, à ce moment précis, à ce stade de la vie, lui seront utiles pour se sentir différencié, pour se subjectiver, pour utiliser la réalité.

[3] Ogden affirme : « Je ne considère pas que transfert et contre-transfert soient des entités séparables émergeant en réponse l’une à l’autre ; j’entends plutôt que ces termes renvoient à des aspects d’une totalité intersubjective unique mais vécue séparément (et individuellement) à la fois par l’analyste et par l’analysant. » (Ogden, 1995).

[4] L’élaboration de cette notion a été l’œuvre d’un groupe d’études du Centro di Psicoanalisi Romano dans les années 2001 – 2003, comme l’ont documenté de nombreux articles de la revue Interazioni.

La revue “Interazioni” et le “Centro di Ricerca Psicoanalitica Coppia Famiglia – Firenze” a organisé un congrès sur ce thème en juin 2003, à Florence: « Analizzare il legame nella coppia ».

[5] NDT : traduction libre.

[6] Dans le traitement familial ou de couple, on voit souvent apparaître un rêve présenté par un des membres. Lorsque cela arrive, on a seulement l’expérience d’un rêve qui exprime le monde interne de l’individu, mais on peut observer ce rêve comme le vecteur d’un fonctionnement collectif. Dans certaines situations, le rêve exprime la nature de l’enchevêtrement réciproque des partenaires ou la nature du lien qui les unit. Dans d’autres, un rêve sera présent par rapport à l’agi de l’autre partenaire. Dans certaines familles, un des membres est une sorte de porte-paroles du rêve de tous. Grâce à lui et grâce aux associations du groupe ou du couple, à partir du rêve, on peut observer une réalité complexe formée non seulement par le contenu qui émerge dans le rêve, mais aussi par les défenses personnelles et groupales organisées autour de lui. Pour des raisons d’espace, je ne traiterai pas ce thème ici et je vous renvoie à mes travaux sur ce sujet (Nicolò, 1994, 2001, 2005).

[7] A partir de la théorie des relations objectales de Fairbairn, d’après lequel la personnalité est formée par des Moi subsidiaires et des objets internes, considérés comme des structures dynamiques ayant des caractéristiques particulières, de nombreux auteurs ont élaboré des concepts similaires.

Dans son livre stimulant The Matrix of Mind, Ogden (1986) met en évidence des concepts semblables tirés des travaux d’auteurs importants tels que Winnicott et Bion. Il nous rappelle la bipartition, proposée par Winnicott, en vrai et faux self comme organisations qui fonctionnent l’une par rapport à l’autre à l’intérieur de la personnalité. D’après Ogden, enfin, Bion aussi conçoit l’individu comme étant composé de multiples sous-organisations de la personnalité, dont chacune est capable de fonctionner de manière semi-indépendante, mais capable également de comprendre et d’élaborer les identifications projectives d’un autre (Ogden). 23 Nombreux sont les auteurs qui, directement ou indirectement, évoquent cette idée, de Winnicott avec sa bipartition entre vrai et faux self jusqu’à J. McDougall (1982) qui affirme qu’une « identité cohésive » est atteinte lorsque « de nombreux Moi contenus dans le Moi officiel de chacun s’écoutent l’un l’autre » en dévoilant des paradoxes et des contradictions. De même, Harold F. Searles (1986), à travers une étude soignée de la personnalité borderline, arrive à affirmer que le sens d’identité de l’individu sain est loin d’être unitaire. D’après l’analyste américain, plus une personne est saine, plus elle est consciente des innombrables personnes qui la constituent, dont chacune représente un aspect de son sentiment d’identité.

[8] NDT : traduction libre.

[9] NDT : traduction libre.

[10] NDT : traduction libre.

[11] De nombreuses questions nous viennent alors à l’esprit, dont l’une est l’importance qui doit être attribuée au contexte. C’est lui, en effet, qui nous fournit une première information importante sur la nature et la qualité des liens existant entre les individus, liens qui, souvent, sont manifestés plus par les agis, les climats, les actes concrets que par les narrations ou les récits.

Les psychanalystes ne sont pas habitués à ce concept, utilisé pendant des années avec succès dans les thérapies systémiques. Seul Modell le mentionne. Ce concept se réfère néanmoins au climat dans lequel les liens sont immergés et qu’ils contribuent à créer. Ce même climat influe sur le déclenchement des processus primitifs du fonctionnement.

[12] Le thème de la transmission transgénérationnelle a permis de comprendre plusieurs pathologies graves car, pour exister, il suppose l’absence d’un espace transitionnel entre les membres de la famille, l’espace qui permet la transformation des contenus. Dans la transmission transgénérationnelle, ce qui est transmis n’est pas transformé ; il n’est donc pas introjeté, mais plutôt incorporé. Son origine même, d’après Green, est à partir du négatif, non seulement de ce qui échoue ou qui manque dans la métabolisation psychique, mais aussi de ce qui n’a jamais eu lieu, de ce qui n’a jamais été représenté ou qui n’est pas représentable.

[13] NDT : traduction libre.

Revue Internationale de Psychanalyse du Couple et de la Famille

AIPPF

ISSN 2105-1038