REVUE N° 5 | ANNÉE 2009 / 1

Quant l’adoption peut échouer (Palacio Espasa, Salvatore Grimaldi)


Lenguaje : Française
SECTIONS : INTERVIEW


INTERVIEW/DEBAT

Quand L’adoption Peut Échouer

Gabriela Tavazza

« En premier, si une adoption se passe bien elle devient  une normale histoire humaine. Il faut donc nous familiariser  avec tous les décours des histoires humaines dans leur  variantes  infinies, si nous voulons comprendre les problèmes  qui  regardent l’adoption en particulier »

(D.W. Winnicott, p.122, Bambini, 1997,

Raffaello Cortina Editore)

Dans des différents pays du monde, des opérateurs sanitaires – centre de consultations pour les familles, Services de Neurologie Infantile, Services de la période évolutive – ont engagé, à divers titres, de nombreux changements sur l’approche au processus d’adoption et non, comme aux  Services Sociaux, Tribunaux des Mineurs, Organisations privées pour l’Adoption Internationale.

L’attention privilégie souvent les phases initiales ou les difficultés du couple dans l’iter préadoptif. On a beaucoup écrit en ce sens, retraçant des parcours de réflexion pour le travail psychologique avec les familles et les enfants, et privilégiant toujours comme domaine d’observation, cette phase du processus d’adoption qu’on pourrait appeler initial : quand la famille réalise le rêve de l’adoption et que « l’enfant se matérialise ».

Avec les années d’expérience, il est devenu possible de commencer à s’interroger sur « l’après » adoption, et de réfléchir au nombre significatif de familles qui confrontées à de graves difficultés psychologiques en arrivent à rediscuter le projet d’adoption jusqu’à parvenir à un véritable désistement de celui-ci.

On se trouve devant un échec adoptif : l’interruption de la relation réelle entre les parents et l’enfant adopté, avec l’impossibilité de maintenir un lien quelconque dans le temps.

Il n’existe pas à ce propos des données précises : les statistiques parlent d’un pourcentage variable entre 1% et 1,8% mais cette donnée ne parait pas fournir une photographie correcte de l’ampleur du phénomène. En effet habituellement en Italie la praxis juridique prévoit que l’enfant une fois adopté soit considéré comme fils légitime du couple, donc lors « d’un échec adoptif » sa réinsertion en institution sera assimilée à celle d’un enfant éloigné de sa famille biologique. Se perd ainsi la trace du parcours adoptif non réussi.

Pour avoir sur le plan phénoménologique, une idée plus correcte du phénomène il faut s’en remettre aux recherches développées sur le sujet : J.Galli et F. Viero en 2000 ont effectué une enquête dans 45 structures résidentielles pour mineurs de la Région Veneto qui au moment de la recherche accueillaient 425 mineurs. 52 d’entre eux, soit 12,3%, provenaient d’expérience d’échec d’adoption. Le même chiffre semble émerger d’un échantillon plus restreint dans la ville de Naples où 11% des enfants en institution étaient là à cause d’un échec adoptif.

Mais le « chiffre » est difficile à interpréter et l’interférence statistique est relative.

En effet, le « chiffre », peut être comparé métaphoriquement à une photographie instantanée, qui, dans sa représentation fidèle mais statique, ne nous permet pas de penser les raisons de la rencontre psychique manquée de ce couple parental « spécifique »  avec cet enfant « spécifique ».

La rencontre entre l’enfant et les nouveaux parents représente la rencontre entre leurs modalités de fonctionnement mental et leur histoire respectives : celle de l’enfant qui, devant l’interruption de la relation primaire, porte le « fantasme » d’un parent qui lui a donné la vie pour l’abandonner ensuite, et celle des parents qui concerne le projet et les fantaisies préalables à la décision explicite d’adopter. Comme Giannotti nous rappelle (1986) « La relation adoptive s’instaure en réalité sur la base d’un double échec, un relatif à la relation primaire de l’enfant, et l’autre dans la grande majorité des cas à celui de la capacité parentale du couple ».

Mais quand les adoptions vont-elles mal ? Quelle en est la signification ? Quelles interventions pourraient-elles,  autant que possible, limiter le risque d’échec ?

Les psychothérapeutes d’enfants, de formation psychanalytique, sont depuis des années en première ligne pour accueillir une demande d’aide diffuse concernant l’adoption, tout en étant vigilant à l’existence de pathologies spécifiques  à l’adoption.

D.W. Winnicott avait l’habitude de rappeler  que « quand on consigne un enfant à deux patents on n’offre pas seulement un sympathique diversif, mais on altère toute leur vie. Si tout se passe bien, ils passeront les prochaines 20 années à chercher à résoudre le problème que nous lui avons posé. Si au contraire les choses ne se passent pas bien – et très souvent se passent fort mal – , nous les aurons engagés sur le difficile chemin de la délusion et de la tolérance de l’échec » (1977).

Des contributions cliniques, de plus en plus nombreuses, dans le domaine psychanalytique –

extraites de l’analyse d’enfants et adultes adoptés – il émerge de façon significative combien sont élevés les coûts internes que les échec adoptifs comportent pour tous ceux qui y sont impliqués.

Les contributions, ici présentées, veulent plus qu’apporter un bilan sur l’adoption, elles ouvrent une réflexion sur un champ encore obscur des adoptions : l’échec.

Nous avons soumis quelques questions qui pourraient solliciter une réflexion sur ce sujet au Prof. Palacio Espasa, psychanalyste, analyste de formation de la Société Suisse de Psychanalyse, chef de service de la Clinique Universitaire de Neuropsychiatrie Infantile de Genève et au Prof. Grimaldi, neuropsychiatre infantile, psychanalyste AIPSI, président ASNE, superviseur ASNE-SIPsIA. Tous les deux ont une longue expérience du travail dans ce secteur,.

Nous reportons ci-dessous les questions de l’enterview.

  1. Nous voudrions que vous vous exprimiez sur une évaluation générale sur le thème de l’échec dans l’adoption.
  2. Sur la base de votre expérience clinique, en qualité de thérapeute comme de superviseur, peut-on identifier des nœuds problématiques spécifiques dans le traitement des cas de patients adoptifs ou de parents adoptifs.
  3. Retenez-vous que le contre-transfert, dans le traitement des patients adoptifs ait des qualités particulières ?
  4. Un autre aspect crucial concerne la demande de la part des adoptés de rechercher des informations sur leurs origines.

Comment estimez-vous, en termes psychodynamiques, la demande d’un patient adopté de chercher ses propres origines ? Ce comportement est-il toujours symptôme d’un malaise avec le couple adoptif ?

Les diverses contributions au développement, sous forme d’article de la part du prof. Grimaldi, plus ponctuelles de la part du prof. Espasa, nous aident à pénétrer dans ce domaine problématique, en indiquant certains points critiques qui peuvent préluder l’échec du projet adoptif.

Francisco Palacio Espasa

  1. Nous voudrions que vous vous exprimiez sur une évaluation générale sur le thème de l’échec de l’adoption.
    Ce qui émerge de façon plus fréquente dans notre expérience de consultation peut être schématiquement résumé en deux points : 1) un premier élément, qu’entre autres, je considère important, est représenté par les conditions psychiques antérieures des enfants en adoption, qui souvent proviennent de pays où ils ont été, pour des périodes plus ou moins longues, dans des conditions de graves carences relationnelles. Il s’agit d’enfants qui depuis qu’ils sont petits ou très petits (six mois) manifestent déjà, selon différentes modalités relationnelles, une carence affective significative. Ils ont subi une situation de privation émotive et relationnelle très intense, déjà à trois ou quatre ans, celle que les américains appellent myltisystem development disorder, ou aussi des troubles plus graves du développement. De plus, comme le confirme notre expérience clinique, ces enfants, quand ils sont plus grands (sixsept ans), peuvent présenter un trouble de la personnalité comme continuation du trouble plus ou moins sévère du développement ; ce sont les troubles que nous appelons borderline et qui sont le fruit des grandes privations tant sur le plan émotionnel que relationnel, que les enfants adoptés présentent dès le début. À ceux-ci peuvent parfois s’ajouter des troubles génériques et/ou organiques (grossesse de femmes alcooliques, toxicodépendance, séropositivité etc…). Tels sont les facteurs, à mon avis, les plus significatifs qu’il faut tenir présents dans l’évaluation d’un échec de l’adoption.
  2. Le deuxième élément concerne les troubles de la parentalité présents chez les parents adoptifs, qui peuvent être amplifiés à cause d’un deuil relatif à leur propre fertilité. Quand ce deuil n’a pas été suffisamment élaboré, il vient renforcer les deuils spécifiques des troubles de la parentalité. La fonction parentale pour un parent adoptif est rendue plus complexe par l’amplification de l’aspect protecteur ; si le fils « ne correspond pas » aux attentes, on attribue avec plus de facilité, l’absence de réussite à son origine, au « sang mauvais » du parent biologique. S’il est donc vrai que la dimension protectrice, est innée dans toute relation affective, l’absence de consanguinité amplifie cet aspect et facilite surtout la projection négative ; l’enfant devient facilement le dépositaire des projections des parents relatifs à leur propre incapacité et aux sentiments d’impuissance pour leur propre infertilité.
    2) Sur la base de votre expérience clinique, en qualité de thérapeute comme de superviseur, peut-on identifier des nœuds problématiques spécifiques dans le traitement des cas de patients adoptés ou de parents adoptifs ?
    Le problème qui affleure majoritairement est l’accroissement de l’angoisse d’abandon, un sentiment qui fait partie de nous tous en tant que sentiment universel, mais les vécus d’indignité qui l’accompagne (« ils me laissent  parce que je suis méchant ») sont très forts chez les enfants adoptés (« mes parents biologiques ne m’ont pas gardé parce que j’étais méchant »).
    Ce que j’ai vérifié dans mon expérience clinique est que certains enfants deviennent très agressifs et revendicatifs pour se faire aimer malgré leur mauvais comportement. Ce sont des enfants qui, d’une façon ou d’une autre, ont vécu des sentiments de privation affective, et de ce fait les sentiments agressifs se sont renforcés. Cette caractéristique de l’enfant, quand elle rencontre la spécificité du parent adoptif, peut déterminer une condition conflictuelle qui n’est pas facilement élaborable : en effet, souvent le parent adoptif, à cause de ses difficultés biologiques et du deuil auquel il doit faire face, a un intense besoin d’amour et de reconnaissance de la part de l’enfant adopté. Expérimenter une carence affective et relationnelle accompagnée de sentiment d’indignité engendre chez les parents une revendication affective et agressive sous différentes formes. Il y a l’attente implicite que la présence de l’enfant les soulage d’un deuil et atténue le sentiment d’indignité pour leur stérilité, et il y a aussi le besoin d’être aimé et reconnu comme un parent « parfait ». Ceci contribue à l’attente d’enfants dociles capables de procurer des gratifications, alors que souvent les enfants adoptés se comportent de façon exactement inverse.
    Beaucoup de parents sont ainsi déçus, parfois de façon irréversible, par l’agressivité des enfants, ce sont ceux qui ne peuvent pas supporter un enfant avec des troubles de la personnalité et ne réussissent pas à accepter l’idée que l’enfant puisse avoir des revendications agressives et que celles-ci se manifestent envers le parent lui-même. D’autres parents se rendent compte au contraire que l’enfant a vécu des privations et qu’il est en train de revendiquer ce qui lui est arrivé dans le passé.
    Il existe quand même une difficulté du parent adoptif à tolérer la frustration d’un enfant qui n’est pas comme  il le voudrait mais présente par contre une affirmation de soi et une agressivité beaucoup plus significative que celle d’un enfant « normal » qui n’aurait pas vécu des frustrations et privations analogues. Les parents adoptifs ne tolèrent pas l’agressivité de l’enfant ; ils s’attendent à un comportement affectif empreint de reconnaissance de l’amour donné, alors que ce qui se passe peut  paraître paradoxal du fait que plus l’enfant se sent aimé plus il risque d’affirmer son agressivité en sollicitant la projection du parent. L’enfant que se sent aimé se laisse aller à la relation affective et ceci le fait sentir autorisé à se laisser aller à ses revendications agressives relatives aux privations du passé. L’enfant s’affirme par son agressivité et de cette façon, il blesse le parent qui ne s’y attend pas et devient projectif de façon agressive, se sentant persécuté par l’enfant qui est absolument antisociale : mais si le parent utilisait sa propre agressivité pour lui mettre des limites, comme le font les parent normaux, cela pourrait aider l’enfant adopté.
    Certains parents semblent toutes fois incapables d’utiliser leur propre agressivité pour mettre des limites, ils se sentent tellement menacés par les revendications agressives de l’enfant qu’ils en arrivent à formuler la demande de restitution au service social, au tribunal ou à une autre institution. Cette difficulté du parent adoptif pour utiliser sa propre agressivité a à faire avec l’image idéalisée de vouloir être un parent « parfait », comme négation de sa propre limite de ne pas avoir été capable d’engendrer.
    Nous sommes toujours en train de parler de cas d’échec de l’adoption ; et vu que la majeur partie des parents adoptifs doit faire les comptes avec un échec génératif, étant peux nombreux les parents qui adoptent un enfant ayant des enfants biologiques, ce qui fait échouer ou réussir l’expérience d’adoption d’un enfant est souvent en relation avec la façon dont est élaborée la quantité d’agressivité liés à l’échec génératif. En fait les parents qui réussissent à faire front aux revendications de l’enfant, en les comprenant et les circonscrivant, réussissent à développer des attitudes interactives familiales normales.
    Les enfants adoptés et privés émotivement ont donc un potentiel de revendications hostile qui émergera d’autant plus quand l’enfant se sentira plus accueilli, et tout ceci va s’entremêler avec le potentiel revendicatif que le parent adoptif conserve par rapport à son propre parent originaire. En effet, si le parent adoptif a en partie résolu la quête de revendications que tout fils nourrit envers son propre parent, peut-être alors il réussira-t-il à mieux tolérer les revendications de l’enfant adoptif. Ceci est ce que nous appelons les conflits de la parentalité : jusqu’à quel point se sont résolus les conflits de son propre passé avec les parents ? Deuils qui dans une question de stérilité peuvent trouver un renforcement de la propre revendication (« vous m’avez fait stérile »).
    Par exemple, dans une consultation d’il y a quelques jours, j’ai rencontré un couple de parents très en colère avec le service social qui leur avait donné en adoption un enfant de 5 ans hyper-actif, qui à l’âge de 11 ans avait développé un comportement agressif et antisocial. Le couple accusait le service social de ne pas les avoir avertis que l’enfant serait devenu comme ça ; ils ne réussissaient pas à comprendre que le garçon avait aussi à faire avec leurs projections agressives, et que celles-ci avaient contribué au développement des graves troubles interactifs de l’enfant et renforcé le trouble probable de la personnalité qu’il présentait déjà au moment de l’adoption. Ainsi ce couple, face aux difficulté décrites, avait-il pensé pouvoir interrompre l’adoption, replaçant l’enfant aux services sociaux.
  3. Retenez-vous que le contre-transfert, dans le traitement des patients adoptés ait des qualités particulières ?
    Cette question est étroitement liée avec ce que nous sommes en train de dire.  En effet l’enfant adopté dans le contre-transfert active au début beaucoup de sollicitude pour ensuite, une fois stabilisée la relation, évoquer une réponse plus agressive dans la mesure où en se montrant plus revendicatif il provoque le refus ; paradoxalement l’enfant tend à réactualiser la dimension du refus de la même façon que certains parents adoptifs arrivent à le faire. À son tour, l’analyste dans le contre-transfert fera inévitablement les comptes avec les fantasmes du refus parce que l’enfant/adulte adopté a la tendance à répéter cette expérience en engageant avec le thérapeute une relation souvent colorée d’aspects fortement revendicatifs. Ce concept a été très bien élaboré par Winnicott dans ses écrits sur la haine dans la relation contre-transférentielle
  4. Un autre aspect crucial concerne la demande de la part des adoptés de rechercher des informations sur leurs origines.
    Comment estimez-vous, en termes psychodynamiques, la demande d’un patient adopté de chercher ses propres origines ? Ce comportement est-il toujours symptôme d’un malaise avec le couple adoptif ?
    La demande qu’en grandissant l’enfant adopté fait de chercher ses propres « origines », est parfois purement masochiste, en ce que dans la majorité des cas, dans cette recherche il  re-expérimentera le refus ; en effet le parent biologique souvent ne veut pas se confronter à nouveau avec un choix qui déjà dans le passé a probablement déterminé la douleur. Ceci peut porter le parent biologique à refuser de nouveau le fils ou même à l’agresser ; le plus souvent, la seule chose que les enfants adoptés retrouvent est un nouveau refus. Dans les cas où au contraire la recherche se passe bien, ce que les adoptés  recherchent est de comprendre pourquoi ils ont été abandonnés, et ceci permet de réduire leurs propres sentiments d’indignité, dont j’ai parlé précédemment. S’ils comprennent que les parents ne pouvaient pas les garder parce que, par exemple, la mère était trop jeune, ou bien qu’il y avait une situation de grave pauvreté économique,  ils se sentent soulagés (« ça n’a pas à voir avec ma méchanceté » mais c’était l’autre qui ne pouvait pas.). Cette découverte d’habitude renforce le lien avec les parents adoptifs qui au contraire les ont choisis.
    Par rapport au fantasme diffus que cette recherche serait un symptôme de non-fonctionnement de la relation entre le parent adoptif et l’enfant, et prélude d’un possible abandon, en réalité, dans la plus part des cas, cette recherche renforce la relation avec les parents adoptifs, puisqu’ils sont les parents qui les ont choisis et qui se sont occupés d’eux, libres d’un lien biologique. Pour le parent adoptif souvent s’évoque le fantasme d’abandon, émerge l’idée du rappel du sang, mais en réalité, ce qui compte ce sont les attaches, si elles n’ont pas été construites elles ne peuvent certes pas être construites sur un rien du tout. Pour un parent adoptif, il s’agit de se confronter avec sa propre angoisse d’abandon qui, si elle ne peut pas être gérée, peut déterminer une fermeture de la demande du fils de rechercher ses origines, en renforçant en lui l’aspect idéalisé de ce qui n’est pas connu. C’est pour cela que nous conseillons aux parents adoptifs de faire faire aux enfants cette expérience de recherche et, selon l’age de l’enfant, même  de l’accompagner dans ce parcours.
    En réalité je crois fermement que cette recherche est une tentative d’élaboration du sentiment profond d’indignité, de vulnérabilité, et non un symptôme de malaise de la relation avec le parent adoptif.

En réfléchissant encore….

Salvatore Grimaldi

« Elio, fais attention à mes discours, ceux avec lesquels, déjà dans le passé, tu fus éduqué sans me repayer d’une manière adéquate des bénéfices reçus.

En premier lieu, adore le dieu et rend honneur au roi : gouverner est un acte presque divin.

Aime qui t’a adopté autant que tu aimerais tes parents : ces derniers, il faut les bénéficier déjà naturellement, à qui par contre aime pour un propre choix on doit rendre honneur et reconnaissance double… » Esope parla ainsi et s’en congédia.

Elio, affligé pour le tort commis et les paroles entendues, se laissa consumer par l’inanition et mourut.

L’antique discours du père adoptif peut sembler dépassé (même si parfois nous l’écoutons encore) ou peut indiquer une attitude sur l’adoption entendue comme œuvre bénéfique et donc qui demande de la gratitude.

Mais ce qui m’intéresse surtout  de souligner c’est la réaction émotive de l’enfant adopté incroyablement – ou avec perspicacité ? – décrite dans le sens d’une intolérance émotive à l’évènement : » il se laissa consumer par l’inanition et mourut ».

À partir de cette perspective, on aurait déjà indiqué, dans la défaillance parentale et la vulnérabilité émotive du sujet adopté, les possibles causes de l’échec de certaines adoptions.

Ceci dit, je voudrais cependant situer les vicissitudes adoptives dans le cadre global ou général de la parentalité et du rapport complexe parents enfants, en sauvegardant bien sûr les différences et les spécificités.

Ce sont des faits de la vie et comme tels il faut les considérer !

Évidemment on doit aussi considérer les caractéristiques personnelles et individuelles des acteurs : parents et enfants.

Il faut aussi dire que la parentalité – y compris celle adoptive – offre des modalités variées de s’exprimer et que, dans la plus grande partie des cas, elle se révèle propice à la croissance des enfants et qu’on ne devrait pas de façon simpliste déduire ou généraliser de la psychopathologie.

Il me semble opportun au contraire de souligner combien nous pouvons apprendre de notre travail thérapeutique pour développer nos connaissances en faveur tant du savoir scientifique que de la possible application opérative.

Il me parait utile de rappeler que le sujet qui affronte le processus de croissance a besoin d’un contexte qui se dédie à un tel processus avec une adaptation et un dévouement entier, global et absolu, qu’on peut réduire avec justesse uniquement progressivement lorsque le sujet a atteint des capacités de création et d’assurances  personnelles.

Dans ce rapport complexe, il faut distinguer toutes les composantes des acteurs intéressés, en gardant la certitude que le sujet en croissance doit rejoindre cette maturité, indépendance et autonomie, que le parent est supposé avoir déjà acquis.

Je voudrais indiquer quelques situations qui me semblent primordiales à l’adoption et qui regardent tant le couple parental que le sujet adopté et afin de rappeler quelques ponctuelles et significatives observations de Winnicott.

Dans ces situations, les difficultés intrinsèques  des adoptions, les problématiques inhérentes et les possibles causes des soi-disant échecs me semblent bien évidentes.

Winnicott dit – quand il souligne la condition spécifique des enfants adoptifs :

« … les enfants adoptifs, une fois grandis, ont comme unique but celui de faire des recherches sur la propre origine et ne sont pas tranquilles tant qu’ils ne réussissent pas à trouver un ou les deux parents réels »

et encore combien il est difficile pour le sujet qui a subi le traumatisme de l’abandon (qui provoque la fracture de la continuité et donc n’a pas permis que s’instaure la fiabilité affronter, après les très douloureuses déceptions (les agonies primitives dont parle Winnicott) des ultérieures conditions de dépendance :

« quand le désespoir a ces origines-là, l’enfant ne peut pas se permettre le risque d’établir de nouveaux liens et cherche à tout prix d’éviter des émotions profondes et de nouvelles situations de dépendance »

Et il nous illumine en nous faisant comprendre les processus qui sont à la base des comportements d’opposition ou de refus :

« il peut sans doute être utile citer ici le cas de l’enfant sans parents. Cet enfant passe le temps à chercher inconsciemment ses parents.

Il est connu qu’il ne suffit pas de prendre avec soi cet enfant et l’aimer. Il arrive après un certain temps que dans l’enfant ainsi adopté naisse l’espoir, et il commence à mettre à l’épreuve le milieu qu’il a trouvé et à chercher la confirmation que ses parents adoptifs sont capables de détester objectivement. Il semble qu’il puisse croire d’être aimé seulement après avoir réussi à être détesté ».

Je pense avoir introduit les arguments de l’interview ou débat et j’essayerai maintenant d’approfondir certains concepts.

Il apparaît en effet essentiel devoir admettre que l’abandon de la part des propres parents, quelque soit la cause qui la détermine, provoque chez l’enfant une situation traumatique, même si elle n’est pas inguérissable, et l’oblige à l’élaboration de son état ; ceci ne peut faire abstraction de la famille qu’il pourra trouver.

Il est donc important reconnaître, de la part des parents adoptifs, ce processus élaboratif qui est étranger au sujet et lui a été imposé – comme partie intrinsèque de la vie de l’enfant adopté.

Comme il est aussi juste de considérer le parent adoptif comme un parent à part entière, à condition qu’il sache contenir toute l’histoire de l’enfant adopté en contribuant à reconstruire la fondamentale et basale continuité, qui a été interrompue.

J’ai défini cette situation comme celle de « parents sous-entrés » dans la vie de l’enfant ; en entendant ainsi que les parents adoptifs doivent considérer et se charger de tout le vécu de l’enfant.

Winnicott est très clair quand il dit que l’enfant adopté cherche inconsciemment ses parents en voulant dire qu’une telle « recherche » ne doit pas être nécessairement convoquée dans la réalité ; mais qu’elle consiste à reconnaître à l’enfant la première partie de sa vie, qui – ne l’oublions pas – est une histoire de perte. Parfois, les parents adoptifs parlent des parents naturels comme étant incompétents  ou même morts ; et ils ne réussissent pas à accepter que l’enfant ne retienne même pas la mort pour une justification suffisante.

Il me semble plutôt que ce soit une façon de ne pas aider l’enfant adopté à affronter et à soutenir la réalité de la perte et de l’abandon.

En d’autres termes, les parents adoptifs devraient supporter la réalité et la douleur comme si eux-mêmes les avaient produits;  ceci permet d’offrir à l’enfant adopté la possibilité d’exprimer librement ses sentiments sans avoir de préoccupations de rétorsion.

De ce point de vue, ne nous étonnons pas si, à l’adolescence, telle recherche devient insistante et parfois provocatrice, presque à vouloir nier toute fonction jusqu’à maintenant explétée par les parents adoptifs.

Nous ne pouvons pas oublier que Freud a parlé du roman familial comme phénomène universel, qui correspond à la nécessité de penser aussi à des parents différents de ceux à disposition pour pouvoir affronter le désinvestissement à leur égard et résoudre la relative dépendance.

On peut comprendre – pas justifier ! – les équivalentes phrases du « je ne t’ai pas demandé de me faire naître ! » adressé aux parents naturels et « vous m’avez volé ou vous êtes seulement pleins d’argent » du sujet adopté.

De ce point de vue donc l’adoption consiste à affronter la réalité du traumatisme de l’abandon, le réparer jusqu’à pouvoir affronter le risque de nouvelles relations et de nouvelles dépendances affectives.

Pour ces motifs, il est utile (la loi italienne n°184 le retient et la Convention Internationale de l’Aja souscrites par notre pays le prévoit) que ceux qui aspirent à adopter soient soutenus par des services spécialisés préparés et compétents.

Désormais, il est accepté que l’adoption soit une forme parentale difficile, qui comporte une grande confiance aux processus de croissance entachés par l’abandon dans le but – seulement après que les processus réparatifs aient été engagés – de pouvoir jouir d’un développement satisfaisant.

Je ne suis pas si ingénu pour ne pas considérer que les aspirants parents sont, spécialement au début, surtout déterminés par l’idée excitante d’avoir un enfant, spécialement si il y a des problèmes de stérilité, ils sont donc raisonnablement peu disposés à s’engager dans des considérations contraignantes.

Mais les déterminantes du couple ne devraient pas retomber sur les enfants adoptés sinon dans la même mesure que les composants de toute relation humaine, qui n’est pas parfaite !

Ce sont exactement ces aspects qui représentent le rôle difficile de « consultation » – non de jugement – que doivent développer les spécialistes convoqués à remplir une telle tache !

Mais je ne voudrais pas traiter cet argument maintenant.

Voilà pourquoi l’histoire d’Elio devient emblématique !

Mais nous devons admettre que si les enfants adoptés – même si à cause de leurs plus grandes difficultés de croissance – sont souvent amenés en psychothérapie c’est aussi parce que leurs parents acceptent de devoir intégrer leur action avec celle d’un professionnel, qui n’est pas en compétition avec eux.

Parfois en effet il arrive que des parents soient réticents pour se faire aider et ce n’est absolument pas une erreur si cela correspond à la recherche en eux-mêmes des forces et des possibilités pour se confronter à la réalité qu’ils ont choisie par l’acte adoptif, qui est, malgré tout, toujours une décision intentionnelle.

C’est peut-être quand, pour différents motifs le recours à l’aide psychologique pour eux-mêmes ou pour l’enfant arrive avec un retard excessif, que nous devrions évaluer les dynamiques en jeu qui ont provoqué de tels retards.

Dans ces cas, lors de psychothérapies avec des enfants adoptés, nous avons contre-transférentiellement la sensation de demandes d’aide trop longtemps négligées et nous sommes même aussi chargés de ressentiment vers ceux qui n’ont pas accepté ou ne peuvent pas accepter la douleur de leurs enfants.

La psychothérapie d’un enfant adopté nous provoque et active une implication émotive majeure, qui de toute façon ne devrait pas provoquer de notre part des agirs ou d’excessives violations du setting.

Nous pouvons en effet constater qu’il serait simpliste, ou complètement erroné, de penser qu’une adoption trop conflictuelle serait seulement la conséquence de l’attitude parentale et non aussi de la composante propre à l’enfant, soit pour des problèmes personnels ou aussi pour l’histoire prolongée d’abandon et de négligence qu’il a véçue avant d’être adopté.

La convergence des déterminantes de l’enfant adopté et de ses parents se rencontre obligatoirement dans ce que nous appelons la recherche des origines.

J’ai déjà rappelé le phénomène dans les citations de Winnicott, mais je voudrais maintenant le considérer comme un point crucial et plus significatif que dans les autres situations.

Aussi la référence au « roman de la famille » peut-il s’insérer dans la recherche des origines.

Mais il y a aussi de l’autre dans l’adoption, qui correspond à l’acceptation complète et l’accueil de l’autre comme différent de soi : ceci aussi est un phénomène universel.

Peut-être que le sujet adopté pour les aspects « réels » de sa vicissitude a encore plus besoin de recevoir une reconnaissance spécifique et déclarée, mais je le répète, je le considère comme un phénomène universel.

Comme le besoin d’être reconnu – pour pouvoir reconnaître – « autre de l’autre » avec ce que nous définissons altérité qui dans le cas de l’adoption acquiert une exaspération spécifique : l’exaspération de l’altérité !

Être autre est le statut de tout enfant, mais surtout de l’enfant adopté, qui à travers la reconnaissance de sa spécificité et individualité idiomatique atteint la possibilité d’un exaltant processus de croissance, qui porte sur la créativité de sa propre contribution à la vie.

Ce processus exaltant, même s’il est parfois difficile et problématique, est la constatation, elle aussi, exaltante de potentialité exprimée et non bloquée.

J’ai commencé par une référence littéraire et je voudrais terminer par un autre souvenir.

« Enlevez-moi une curiosité, petit papa : mais comment explique-ton tout ce changement imprévu ? » lui demanda Pinocchio en lui sautant au cou et en le couvrant de baisers.

« Ce changement imprévu dans notre foyer est entièrement ton mérite », dit Geppetto. « Pourquoi mon mérite ?… »

« Parce que quand les enfants, de méchants deviennent gentils, ils ont la vertu de faire prendre un aspect nouveau et souriant aussi à l’intérieur de leur famille ».

« Combien j’étais bizarre, quand j’étais une marionnette ! ».

Ceci est la dernière page de Pinocchio. Et il me semble qu’on ne pourrait mieux décrire la façon dont se complète un processus de croissance.

Quand le sujet devient capable de fonctionner de façon autonome et de se critiquer objectivement, avec l’aide et l’approbation du parent qui lui reconnaît la contribution spécifique qu’il a donné dans ce processus tant à lui-même et qu’à la famille qui l’accueille.


Bibliographie

Galli I., Viero F., ( a cura di ), Fallimenti adottivi.Prevenzione e riparazione. Armando, Roma, 2001

Giannotti A., et altri,Il fallimento di una doppia riparazione,in Atti XII Congresso Nazionale della Società Italiana di Neuropsichiatria Infantile 1986

Winnicott, DW., L’odio nel controtransfert in Dalla pediatria alla psicoanalisi, Martinelli, Firenze,1975

Winnicott, DW., Ai patrigni e matrigne, in Colloqui con i genitori,, Cortina,  Milano, 1993

Winnicott  DW. , Bambini,.Cortina, Milano, 1997

ùWinnicott DW., Due bambini adottati, in Bambini, Cortina, Milano,      1997

Traduction Dott.ssa Brigitte Bolli;

Revisée par le docteur Jean Maurice Blassel


Psychologue clinicienne, psychanalyste, membre associé de la SPI; responsable de l’Unité opérationnelle pour la prévention du malaise psychique et l’éducation à la santé mentale, Département de Santé mentale ASL RM D, Rome. Rédacteur en chef de la revue « Interazioni », « professeur à contrat » de Psychologie clinique du cours en Sciences infirmières, Université de Tor Vergata, Rome; « professeur à contrat » de Psychologie sociale du Master de Santé publique, Université de Tor Vergata; professeur de « Théorie et technique du couple parental » du Master pour conseillers familiaux de l’Université de Teramo.

Revue Internationale de Psychanalyse du Couple et de la Famille

AIPPF

ISSN 2105-1038